Paris : un mois de grève au Samusocial face à 861 nuitées supprimées
Depuis le 23 juin, agents et familles occupent le siège dans le 13e arrondissement pour dénoncer les remises à la rue quotidiennes
Les agents du Samusocial de Paris franchissent ce 23 juillet le cap d'un mois de grève reconductible. Depuis le 15 juillet, ils occupent avec l'association Utopia 56 le parvis du siège situé dans le 13e arrondissement, où campent environ 200 personnes sans abri, dont de nombreux enfants.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Les agents du Samusocial de Paris sont en grève reconductible depuis le 23 juin 2026, soit un mois au 23 juillet.
- Une occupation du siège (13e arrondissement) a débuté le 15 juillet avec environ 200 personnes sans abri et l'association Utopia 56.
- L'État a supprimé 861 nuitées journalières d'hébergement d'urgence, mettant environ 1 200 personnes en situation de précarité.
- Un vœu de soutien aux grévistes a été déposé au Conseil de Paris le 20 juillet 2026.
- Les revendications portent sur l'arrêt des remises à la rue, l'augmentation des places d'hébergement et le renforcement des effectifs.
Le mouvement est parti le 23 juin. Un mois plus tard, la grève des agents du Samusocial de Paris se poursuit sans interruption. Depuis le 15 juillet, le parvis du siège situé 15 rue Jean-Baptiste Berlier (13e) est occupé jour et nuit par les grévistes, l’association Utopia 56 et environ 200 personnes sans abri, dont plusieurs dizaines d’enfants en bas âge, selon l’association.
Suppression de 861 nuitées quotidiennes par l’État
La mobilisation vise une décision de l’État : la réduction de 1 200 nuitées journalières d’hébergement d’urgence. Cette coupe place environ 1 200 personnes dans une situation de précarité extrême, selon la CGT Santé Action Sociale. Les familles déboutées du 115 se retrouvent remises à la rue sans solution de relogement.
Les grévistes dénoncent l’impossibilité matérielle de répondre aux appels. Le 115, numéro d’urgence sociale, est saturé. Les agents travaillent dans des conditions dégradées, avec des effectifs insuffisants face à l’ampleur de la demande.
Occupation du siège depuis le 15 juillet
L’occupation a démarré le 15 juillet. Des tentes ont été montées sur le parvis. Des familles entières, dont des nourrissons de quelques mois, dorment dehors devant le bâtiment qui gère l’hébergement d’urgence parisien. L’association Utopia 56, spécialisée dans l’aide aux exilés et aux sans-abri, coordonne l’action aux côtés des syndicats.
La scène est paradoxale : des dizaines de personnes campent devant l’institution censée leur trouver un toit. Les grévistes parlent d’une « mise en lumière » de l’échec du système d’hébergement d’urgence.
Revendications : moyens, effectifs et arrêt des expulsions
Les agents réclament l’arrêt immédiat des remises à la rue de familles. Ils exigent des moyens supplémentaires pour le 115, l’augmentation du nombre de places d’hébergement et le renforcement des effectifs. Les salaires, jugés insuffisants, font également partie des revendications, selon la CGT CASVP.
Le communiqué syndical publié sur le site de la CGT Santé Action Sociale détaille les conditions de travail des agents : surcharge, impossibilité de traiter tous les appels, usure professionnelle. Le syndicat dénonce un « abandon » des populations les plus fragiles.
Mobilisation au Conseil de Paris le 20 juillet
Le mouvement a franchi les murs du siège. Le 20 juillet, les élus communistes ont déposé un vœu au Conseil de Paris concernant la situation des conservatoires et des festivals, et non spécifiquement sur le Samusocial pour soutenir les grévistes. L’intervention, publiée sur le site du groupe communiste, appelle la Ville et l’État à débloquer des moyens d’urgence.
La question de l’hébergement d’urgence dépasse le cadre du Samusocial. Dans le département voisin de Seine-Saint-Denis, le ministère a débloqué des subventions gelées pour des associations locales, mais les tensions budgétaires pèsent sur l’ensemble du secteur social en Île-de-France.
Contexte dans Paris
Paris concentre une part importante de l’hébergement d’urgence francilien. Le Samusocial de Paris gère plusieurs milliers de places, entre hôtels sociaux, centres d’hébergement et dispositifs de maraude. Selon les chiffres de la Ville, le chiffre de 30 000 personnes hébergées chaque nuit en Île-de-France par le 115 n’est pas confirmé par les données actuelles de 2026.
La capitale compte environ 2,05 millions d’habitants. Les associations estiment à plusieurs milliers le nombre de sans-abri dans les rues parisiennes, un chiffre en augmentation depuis plusieurs années. La tension sur l’hébergement d’urgence s’accroît à chaque vague de froid ou canicule.
Le mouvement actuel intervient en plein été, période traditionnellement plus calme pour le 115. Les grévistes redoutent la rentrée et l’hiver, quand la demande explose.
Prochaine étape
Aucune négociation officielle n’a été annoncée à ce stade. Les grévistes maintiennent l’occupation du parvis et appellent à des rassemblements de soutien. Le mouvement entre dans sa cinquième semaine sans perspective de sortie de crise.