Pays-Bas : le plan chaleur réactivé après 480 décès en juin
Face à un nouvel épisode caniculaire attendu ce week-end, les autorités sanitaires néerlandaises relancent leur dispositif d'alerte moins de deux semaines après une première vague historique.
Les Pays-Bas réactivent leur Plan national chaleur à partir du 11 juillet, alors que les températures doivent approcher 32°C dans sept provinces. Cette deuxième alerte de l'été intervient après une canicule de fin juin qui a provoqué environ 480 décès excédentaires, principalement chez les personnes âgées.
L’essentiel
- Activation : le Plan national chaleur entre en vigueur le 11 juillet à 8h00 dans 7 provinces néerlandaises
- Températures : jusqu’à 32°C attendus ce week-end, après des records proches de 40°C fin juin
- Bilan humain : environ 480 décès excédentaires enregistrés lors de la canicule du 24 au 27 juin
- Populations ciblées : personnes de 80 ans et plus principalement touchées dans l’est et le sud du pays
Le thermomètre remonte aux Pays-Bas. L’Institut national de la santé publique et de l’environnement (RIVM) a annoncé le 10 juillet la réactivation du Plan national chaleur à partir du lendemain, 8h00. Sept provinces du sud, du centre et de l’est du pays - dont la Zélande, le Brabant-Septentrional et l’Overijssel - sont concernées par cette alerte, avec des températures prévues autour de 32°C.
Cette deuxième activation en moins de quinze jours intervient après une première vague de chaleur historique qui a marqué les esprits et les corps. Entre le 18 et le 29 juin dernier, les Pays-Bas ont enregistré leur canicule la plus intense, avec des pics frôlant les 40°C et un bilan humain lourd : environ 480 décès excédentaires, selon les données du RIVM.
Un bilan humain sans précédent en juin
La canicule de fin juin a révélé la vulnérabilité du système de santé néerlandais face aux épisodes de chaleur extrême. Les 480 décès excédentaires enregistrés entre le 18 et le 29 juin ont touché en majorité les personnes âgées de 80 ans et plus, concentrées dans l’est et le sud du pays. Ces chiffres, communiqués par le RIVM début juillet, dépassent largement les bilans des étés précédents.
L’institut météorologique national KNMI a mesuré des températures record pour un mois de juin, avec des valeurs approchant 40°C dans plusieurs stations. Le World Weather Attribution, réseau scientifique international spécialisé dans l’attribution climatique, a qualifié cet épisode de vague de chaleur la plus intense jamais enregistrée en Europe occidentale.
Les hôpitaux et les maisons de retraite ont été submergés par les admissions pour déshydratation et coups de chaleur. Le gouvernement néerlandais a reconnu que le plan chaleur, activé tardivement lors de l’épisode de juin, n’avait pas permis de prévenir tous les décès évitables.
Vigilance jaune dans sept provinces
Pour ce nouvel épisode, l’institut météorologique KNMI a émis une vigilance « code jaune » pour chaleur persistante dans les provinces concernées. Ce niveau d’alerte, le plus bas de l’échelle néerlandaise, signale un risque modéré mais réel pour les populations fragiles.
Le Plan national chaleur mobilise l’ensemble de la chaîne sanitaire : médecins généralistes, pharmaciens, personnel des EHPAD et aidants à domicile sont appelés à surveiller l’hydratation et le refroidissement des personnes à risque. Le dispositif cible en priorité les nourrissons, les personnes âgées, les travailleurs en extérieur et les individus atteints de pathologies chroniques.
Contrairement à l’épisode de juin, les autorités ont anticipé : le plan est activé dès le 11 juillet au matin, avant le pic de chaleur attendu dans l’après-midi et durant le week-end. Les communes des sept provinces ont reçu pour consigne de mettre à disposition des espaces climatisés (bibliothèques, centres commerciaux, mairies) et de distribuer de l’eau dans les lieux publics.
Contexte aux Pays-Bas
Les Pays-Bas, pays de 17,5 millions d’habitants, ne sont historiquement pas habitués aux canicules prolongées. Le climat océanique tempéré qui caractérise le royaume limite habituellement les épisodes de chaleur extrême. Mais l’été 2026 rompt avec cette norme : les deux activations du plan chaleur en un mois constituent un record depuis la création du dispositif.
Le royaume compte environ 3,5 millions de personnes de plus de 65 ans, dont près d’un million a dépassé 80 ans. Cette population vieillissante est particulièrement exposée aux risques sanitaires liés à la chaleur. Les provinces de l’est et du sud, plus continentales, subissent des températures systématiquement plus élevées que la façade maritime de l’ouest.
Le parc immobilier néerlandais, conçu pour retenir la chaleur en hiver, est mal adapté aux vagues de chaleur. Environ 25 % des logements disposent d’une climatisation, selon les dernières données du bureau national des statistiques CBS. Les maisons de retraite, dont beaucoup datent des années 1970-1980, peinent à maintenir des températures acceptables lors des pics caniculaires.
La canicule vue de France
Pour la France, le cas néerlandais offre un aperçu de ce qui pourrait advenir cet été. Les deux pays partagent un climat comparable sur leur façade atlantique, et les masses d’air chaud qui affectent les Pays-Bas traversent souvent le nord de la France dans la foulée.
Le plan canicule français, mis en place après la surmortalité de l’été 2003 (14 802 décès), présente des similitudes avec le dispositif néerlandais : alerte précoce, mobilisation des professionnels de santé, numéros d’urgence dédiés. Mais le bilan néerlandais de juin - 480 décès pour 17,5 millions d’habitants - rappelle qu’aucun système n’est infaillible face à des températures extrêmes.
La France surveille également de près les analyses du World Weather Attribution, qui attribue l’intensification des canicules au réchauffement climatique d’origine anthropique. Les projections pour l’Europe occidentale annoncent une multiplication des épisodes de chaleur extrême dans les décennies à venir.
Adaptation en cours
Le gouvernement néerlandais a annoncé début juillet un plan d’investissement pour climatiser les établissements accueillant des personnes âgées d’ici 2028. Le ministère de la Santé travaille également avec les communes pour cartographier les « îlots de chaleur urbains » et identifier les quartiers les plus vulnérables.
Les autorités sanitaires revoient par ailleurs les seuils d’activation du plan chaleur. Actuellement, le dispositif est déclenché lorsque le KNMI prévoit au moins trois jours consécutifs au-dessus de 27°C, dont deux au-dessus de 30°C. Le RIVM étudie la possibilité d’abaisser ces seuils pour anticiper davantage, à la lumière du bilan de juin.
Les provinces concernées par l’alerte du 11 juillet ont d’ores et déjà mobilisé leurs stocks d’eau et ouvert leurs centres de rafraîchissement. Les prévisions du KNMI annoncent un retour à des températures plus clémentes - autour de 25°C - à partir de mardi 14 juillet. Mais les autorités néerlandaises ne cachent pas leur inquiétude : si deux canicules majeures ont déjà frappé en début d’été, rien ne garantit que juillet et août seront épargnés.