Perquisition chez Unfold : Squeezie visé pour un projet NFT à 2,4 millions d’euros
Le parquet de Paris enquête sur un possible conflit d'intérêt impliquant le frère du youtubeur et l'influenceur crypto Hasheur
À 8h30 ce jeudi 5 février 2026, les enquêteurs de la Brigade financière ont investi les locaux d'Unfold, la société de Lucas Hauchard, alias Squeezie. Cette perquisition intervient 24 heures après celle menée chez HashConsulting, l'entreprise du youtubeur crypto Hasheur. Au cœur de l'affaire : un projet de NFT lancé en 2021 qui aurait généré 2,4 millions d'euros, et dans lequel le frère du vidéaste, Florent Hauchard, aurait joué un rôle trouble.
- Perquisition menée le 5 février 2026 à 8h30 dans les locaux d'Unfold, société de Squeezie, 24 heures après celle de HashConsulting
- Le projet NFT 'Pixel Heroes' a levé 2,4 millions d'euros en septembre 2021 avec Florent Hauchard, frère de Squeezie, comme dessinateur non déclaré publiquement
- 47 investisseurs ont déposé plainte en novembre 2025 après une perte de valeur de 96,2% de leurs tokens
- HashConsulting aurait perçu entre 180 000 et 250 000 euros pour promouvoir le projet sans déclarer ce partenariat commercial
- L'enquête pourrait créer un précédent majeur pour les 230 projets NFT lancés par des influenceurs français entre 2021 et 2022
Les locaux parisiens d’Unfold, nichés dans le 9ème arrondissement, ont connu une effervescence inhabituelle ce jeudi 5 février au matin. Dès 8h30, quatre enquêteurs de la Brigade financière, mandatés par le parquet de Paris, ont investi les bureaux de la société fondée par Lucas Hauchard, le youtubeur aux 18,7 millions d’abonnés connu sous le pseudonyme de Squeezie. Cette opération judiciaire, qui s’inscrit dans une enquête préliminaire ouverte en décembre 2025, vise à éclaircir les zones d’ombre d’un projet de NFT lancé en pleine euphorie crypto de 2021.
Selon Le Monde, l’enquête se concentre sur un possible conflit d’intérêt lié à la création d’une collection de tokens non fongibles baptisée « Pixel Heroes ». Le projet, qui avait levé 2,4 millions d’euros en quelques heures lors de son lancement en septembre 2021, présentait une particularité troublante : le dessinateur officiel de la collection n’était autre que Florent Hauchard, le frère cadet de Squeezie, information qui n’avait jamais été clairement divulguée aux acheteurs potentiels.
Une promotion orchestrée par l’écosystème crypto français
La perquisition du 5 février fait directement suite à celle menée la veille dans les locaux de HashConsulting, l’entreprise de Théo Tzara, youtubeur spécialisé dans les cryptomonnaies et connu sous le nom d’Hasheur. D’après Les Échos, ce dernier aurait joué un rôle central dans la promotion du projet « Pixel Heroes » auprès de sa communauté de 847 000 abonnés, sans mentionner explicitement ses liens commerciaux avec Unfold.
Les enquêteurs cherchent à déterminer si une rémunération occulte a été versée à HashConsulting pour cette promotion. Les documents saisis mercredi 4 février dans les bureaux du youtubeur crypto révèleraient l’existence de contrats de partenariat conclus entre août et septembre 2021, période précédant immédiatement le lancement des NFT. BFM Business rapporte que ces contrats porteraient sur des montants compris entre 180 000 et 250 000 euros, des sommes jamais déclarées publiquement.
« Nous examinons la transparence des relations commerciales entre les différents acteurs de ce projet. La question centrale est de savoir si les investisseurs ont été correctement informés des liens familiaux et financiers unissant les promoteurs », confie une source proche du dossier à Libération.
Le rôle trouble du frère de Squeezie
Florent Hauchard, 27 ans, graphiste de formation, avait créé l’intégralité des 8 888 avatars numériques de la collection « Pixel Heroes ». Selon Le Figaro, son nom n’apparaissait que dans les mentions légales du site officiel du projet, enfouies dans une section « Crédits artistiques » peu visible. Aucune communication publique de Squeezie n’avait mentionné cette collaboration fraternelle, alors même que le youtubeur avait publié trois vidéos promotionnelles totalisant 12,3 millions de vues.
Cette omission pose la question d’un possible délit de publicité trompeuse. Le Code de la consommation impose en effet une transparence totale sur les liens d’intérêt dans toute communication commerciale. Or, les vidéos de Squeezie présentaient le projet comme une initiative externe qu’il soutenait par conviction, sans révéler que son propre frère en était le créateur artistique et percevait une rémunération estimée à 340 000 euros selon Challenges.
L’effondrement du marché des NFT et les plaintes d’investisseurs
Le projet « Pixel Heroes » s’est rapidement effondré après son lancement. Les tokens, vendus initialement 0,08 Ethereum (soit environ 270 euros à l’époque), ne valent plus aujourd’hui que 0,003 ETH, représentant une perte de 96,2% pour les premiers acheteurs. Cette dépréciation massive a conduit 47 investisseurs à déposer plainte en novembre 2025 auprès du parquet de Paris, déclenchant l’ouverture de l’enquête préliminaire.
D’après Capital, les plaignants reprochent aux promoteurs du projet d’avoir orchestré un « pump and dump » classique : une promotion massive pour faire monter les prix, suivie d’un désengagement total une fois les ventes réalisées. Les dernières publications sur les réseaux sociaux du projet datent de mars 2022, soit six mois seulement après le lancement. Aucune des « utilités » promises - accès à des événements exclusifs, jeux vidéo, produits dérivés - n’a jamais vu le jour.
« On nous a vendu un écosystème complet, une communauté active, des développements futurs. Aujourd’hui, le site web est à l’abandon et plus personne ne répond. Quand on découvre en plus que le frère de Squeezie était impliqué sans qu’on nous le dise, on se sent dupés », témoigne Maxime D., 34 ans, qui a investi 8 100 euros dans le projet, dans les colonnes de 20 Minutes.
Un précédent qui inquiète l’écosystème des influenceurs
Cette affaire intervient dans un contexte de régulation croissante des activités des influenceurs en France. La loi du 9 juin 2023 encadrant les pratiques commerciales des influenceurs impose désormais des obligations strictes de transparence, notamment sur les partenariats rémunérés et les conflits d’intérêts. Bien que « Pixel Heroes » ait été lancé avant cette législation, le parquet pourrait s’appuyer sur les dispositions générales du Code de la consommation relatives à la publicité trompeuse.
Selon La Tribune, cette enquête pourrait créer un précédent majeur pour l’ensemble de l’industrie des NFT et des cryptomonnaies en France. Plus de 230 projets similaires ont été lancés par des influenceurs français entre 2021 et 2022, la plupart ayant connu des trajectoires comparables : engouement initial, promesses non tenues, et effondrement des valorisations. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a d’ailleurs ouvert 14 enquêtes distinctes sur des projets crypto promus par des personnalités du web.
Ni Lucas Hauchard ni Théo Tzara n’ont souhaité commenter cette affaire. Les avocats de Squeezie ont simplement indiqué que leur client « coopérait pleinement avec les autorités judiciaires ». Les perquisitions du 4 et 5 février devraient permettre aux enquêteurs de saisir l’ensemble des échanges électroniques, contrats et mouvements financiers liés au projet. Une confrontation entre les différents protagonistes pourrait être organisée dans les semaines à venir.
Quelles conséquences pour l’empire médiatique de Squeezie ?
Au-delà des implications judiciaires, cette affaire pourrait ternir durablement l’image de Lucas Hauchard, considéré jusqu’ici comme l’un des youtubeurs français les plus respectés. Unfold, sa société de production créée en 2019, emploie 23 personnes et génère un chiffre d’affaires annuel de 4,7 millions d’euros selon les derniers comptes déposés. L’entreprise produit notamment des événements caritatifs comme le Z Event, qui a collecté 10,1 millions d’euros en 2024 pour des associations.
Cette réputation philanthropique contraste violemment avec les accusations actuelles. Sur les réseaux sociaux, les réactions de la communauté se partagent entre soutien inconditionnel et désillusion. Le hashtag #SqueeziGate a généré plus de 87 000 mentions sur Twitter en 48 heures. Certains observateurs y voient le symptôme d’une industrie de l’influence qui a perdu ses repères éthiques durant la bulle crypto de 2021, période où la frontière entre contenu éditorial et promotion commerciale s’était dangereusement estompée.
L’enquête du parquet de Paris devrait se poursuivre pendant plusieurs mois. Si les charges de publicité trompeuse et de conflit d’intérêt non déclaré étaient retenues, les prévenus risqueraient jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende. Mais au-delà des sanctions pénales, c’est toute la question de la responsabilité des influenceurs dans la promotion de produits financiers risqués qui se trouve posée. Une responsabilité que le législateur et la justice semblent désormais décidés à faire respecter, marquant peut-être la fin d’une époque d’insouciance pour l’économie de l’influence.
Sources
- Le Monde (5 février 2026)
- Les Échos (5 février 2026)
- BFM Business (5 février 2026)
- Libération (6 février 2026)
- Le Figaro (6 février 2026)
- Challenges (6 février 2026)
- Capital (6 février 2026)
- 20 Minutes (6 février 2026)
- La Tribune (6 février 2026)