Piscines Tournesol : l’héritage du programme « Mille piscines » toujours en débat en 2026
Lancé en 1969 après les JO de Mexico, le programme « Mille piscines » a donné naissance aux célèbres coupoles Tournesol. Cinquante ans plus tard, leur avenir divise collectivités et défenseurs du patrimoine.
Entre rénovations patrimoniales et projets de remplacement, les piscines Tournesol, héritage du programme « Mille piscines » des années 1970, restent un sujet brûlant pour les communes françaises. De Lambesc à Six-Fours, les choix divergent.
L’essentiel
- 1969 : Lancement du programme national « Mille piscines » par Joseph Comiti, secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, après l’échec des nageurs français aux JO de Mexico en 1968.
- 183 : Nombre de piscines Tournesol effectivement construites entre 1972 et 1982, sur les objectifs du plan gouvernemental.
- 2024 : La piscine Tournesol de Saint-Paul-lès-Dax reçoit le label « Architecture Contemporaine Remarquable ».
- 2025-2026 : Rénovation thermique à Lambesc (Bouches-du-Rhône) et lancement d’un nouveau centre aquatique à Six-Fours-les-Plages (Var), actant le remplacement de sa coupole.
Elles sont reconnaissables entre mille : une coupole métallique, des coques en polyester percées de hublots, et un toit qui s’ouvre à 120 degrés en été. Les piscines Tournesol, conçues par l’architecte Bernard Schoeller et l’ingénieur Thémis Constantinidis, incarnent l’ambition du programme « Mille piscines » lancé en 1969. Un demi-siècle plus tard, leur avenir est au cœur des discussions entre communes, associations patrimoniales et usagers.
Un programme né de l’échec olympique
En 1968, les résultats décevants des nageurs français aux Jeux Olympiques de Mexico poussent le secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, Joseph Comiti, à lancer un vaste plan de construction d’équipements aquatiques : le programme « Mille piscines ». L’objectif est clair : permettre à chaque Français d’apprendre à nager et de pratiquer la natation dans des conditions modernes.
Parmi les modèles retenus, la piscine Tournesol se distingue par son architecture futuriste. Sa coupole s’ouvre électriquement pour transformer le bassin en piscine de plein air l’été, une double fonctionnalité alors novatrice. Le pari est architectural et industriel : des coques en polyester, légères et faciles à assembler, doivent permettre une construction rapide et économique. Lire aussi : Patrimoine : les piscines Tournesol bientôt classées ?
Un modèle architectural unique mais coûteux
Le programme prévoyait la construction de mille piscines. Au final, seules 183 unités de type Tournesol sortent de terre entre 1972 et 1982, principalement dans des communes de taille moyenne. Si l’audace du design a marqué les esprits, les contraintes techniques et énergétiques se sont révélées importantes au fil des décennies. L’isolation thermique, notamment, est souvent pointée du doigt : sous la coupole métallique, la déperdition de chaleur est élevée, ce qui alourdit les factures d’énergie pour les collectivités.
C’est précisément ce qui motive aujourd’hui des projets de rénovation d’envergure. En novembre 2025, la municipalité de Lambesc (Bouches-du-Rhône) a officialisé la concrétisation de la rénovation de sa piscine Tournesol, après plusieurs années de mobilisation locale. Les travaux doivent porter sur l’isolation, le système de chauffage et la ventilation.
À l’inverse, d’autres communes font le choix du remplacement. À Six-Fours-les-Plages (Var), le conseil municipal a acté le lancement d’un nouveau centre aquatique en 2026, mettant fin à la carrière de la coupole Tournesol ouverte en 1979. « Les coûts de mise aux normes et d’exploitation étaient devenus trop élevés », expliquait la mairie dans la presse locale en février dernier. Lire aussi : Six-Fours : un centre aquatique pour remplacer la Tournesol
Contexte national : un patrimoine en sursis
L’avenir des piscines Tournesol reflète les tensions plus larges entre modernisation des équipements sportifs et préservation du patrimoine architectural de la seconde moitié du XXe siècle. En France, plusieurs dizaines de ces ouvrages sont encore en activité, mais leur état est variable. Certaines bénéficient d’un intérêt patrimonial reconnu : en 2024, la piscine de Saint-Paul-lès-Dax a obtenu le label « Architecture Contemporaine Remarquable » (ACR), décerné par le ministère de la Culture. Une distinction qui pourrait en sauver d’autres, mais qui ne règle pas la question énergétique.
Au Petit-Quevilly (Seine-Maritime), un projet de rénovation thermique globale est également à l’étude. Selon les informations de la communauté d’agglomération, les travaux viseraient à réduire la consommation d’énergie de 40 %, sans toucher à la structure emblématique de la coupole.
La question est d’autant plus délicate que le parc aquatique français vieillit : selon une enquête de l’Association des maires de France publiée en 2025, 43 % des piscines publiques ont plus de quarante ans, et leur mise aux normes représente un investissement colossal pour les collectivités locales.
Entre mémoire et pragmatisme
Les défenseurs de ces piscines soulignent leur valeur architecturale unique. « Ce sont des œuvres de Bernard Schoeller, qui a su marier fonctionnalité et esthétique futuriste », rappelle une historienne de l’architecture interrogée par nos confrères de Chroniques d’architecture. Opposés à une démolition systématique, ils militent pour des rénovations respectueuses de l’identité du bâtiment.
Mais pour les maires, la priorité est souvent budgétaire. Remplacer une coupole vieillissante par un centre aquatique aux normes actuelles peut sembler plus rentable à long terme qu’une rénovation lourde. Le choix de Six-Fours-les-Plages illustre cette tendance : le nouveau complexe comprendra un bassin de 25 mètres, une pataugeoire, des toboggans et un espace bien-être, avec l’objectif d’attirer un public plus large et de générer des recettes.
La prochaine étape pour le dossier des piscines Tournesol pourrait être une reconnaissance nationale. Une proposition de résolution parlementaire déposée en 2024 visait à inscrire ces équipements à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel. Le texte n’a pas encore été examiné en séance. En attendant, les communes avancent, chacune avec sa stratégie, entre mémoire et pragmatisme.
Sources
- X : Tweet d'AlexXplore sur le programme Mille piscines
- Ministère de la Culture : Ministère de la Culture - label Architecture Contemporaine Remarquable
- Région Nouvelle-Aquitaine : Région Nouvelle-Aquitaine - label ACR Saint-Paul-lès-Dax
- Le Petit Varois : Le Petit Varois - Six-Fours nouveau centre aquatique