Plouasne : le maire démissionne après un drame fatal, la commune en crise
Michel Daugan, mis en examen pour homicide involontaire, a remis sa démission le 30 avril. La gouvernance de la commune vacille.
Michel Daugan, maire de Plouasne (Côtes-d'Armor) depuis plusieurs mandats, a remis sa démission le 30 avril 2026 après sa mise en examen dans le décès d'une habitante. La commune de 1 800 habitants doit désormais faire face à une crise de gouvernance inédite.
Michel Daugan, 79 ans, réélu en mars 2026 pour un quatrième mandat à la tête de Plouasne, a remis sa démission au préfet des Côtes-d’Armor le 30 avril 2026. Cette démission intervient après sa mise en examen pour des faits graves liés au décès d’une habitante de la commune. La petite ville bretonne, 1 749 habitants selon l’INSEE en 2022, traverse depuis trois semaines une crise politique et humaine sans précédent.
L’essentiel
- 7 avril 2026 : Catherine Josselin, 66 ans, habitante de Plouasne, décède lors d’une intervention impliquant le maire Michel Daugan dans le cadre d’une tentative d’hospitalisation sous contrainte.
- 15 avril 2026 : Michel Daugan est incarcéré en détention provisoire, mis en examen pour arrestation et détention arbitraires suivies de mort, et pour violences en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
- 16 avril 2026 : La première adjointe Christine Perrin-Bouchet démissionne. Le deuxième adjoint Jean-Claude Barbé assure l’intérim.
- 30 avril 2026 : Daugan remet sa démission via son avocat Jérôme Stéphan lors d’une audience à la chambre de l’instruction de Rennes ; il est remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec interdiction de revenir à Plouasne.
- Irrégularité formelle : La démission n’est pas encore validée officiellement, selon Le Télégramme, en raison d’une faute d’orthographe dans le document transmis.
Un drame au cœur d’une tentative d’hospitalisation
Le 7 avril 2026, Catherine Josselin, une habitante de 66 ans, décède lors d’une intervention à son domicile. Selon Le Télégramme et Ouest-France, le maire Michel Daugan et son adjoint étaient présents dans le cadre d’une tentative d’hospitalisation sous contrainte. Les circonstances exactes de l’intervention restent à établir par la justice.
Mis en examen le 15 avril pour arrestation et détention arbitraires suivies de mort et pour violences commises en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner, Daugan est placé en détention provisoire. La chambre de l’instruction de Rennes justifie cette incarcération par un risque de réitération des faits, selon Ouest-France.
La démission du 30 avril : une procédure encore incomplète
Lors de l’audience du 30 avril 2026 à la chambre de l’instruction de Rennes, l’avocat de Michel Daugan, Jérôme Stéphan, a transmis la lettre de démission adressée au préfet des Côtes-d’Armor. Mais selon Le Télégramme et Actu.fr, cette démission comporte une irrégularité formelle - une faute d’orthographe - qui en empêche la validation officielle immédiate.
Daugan a déclaré lors de cette audience : « Jamais je n’ai souhaité la mort de quelqu’un », selon Ouest-France. À l’issue de l’audience, il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec interdiction d’apparaître dans la commune de Plouasne.
Une succession désorganisée : le 2e adjoint aux commandes
La chaîne de suppléance prévue par le droit municipal a été fragilisée dès le départ. Christine Perrin-Bouchet, première adjointe, a elle-même démissionné le 16 avril 2026, soit le lendemain de l’incarcération du maire. C’est donc le deuxième adjoint, Jean-Claude Barbé, qui assure depuis lors l’intérim des fonctions municipales, selon Le Télégramme.
La commune doit attendre la validation formelle de la démission par la préfecture pour enclencher le processus réglementaire. En cas de vacance définitive du poste de maire, la loi prévoit l’organisation d’une élection au sein du conseil municipal pour désigner un nouveau maire.
Mais ce conseil municipal est lui-même affaibli. Plusieurs conseillers ont démissionné depuis le drame, selon Actu.fr. Le Télégramme décrit un conseil tenu dans un climat de silence et de tension. La gouvernance de la commune tourne au ralenti.
Cette désorganisation s’inscrit dans un contexte plus large de tensions institutionnelles en Bretagne, où la gestion des crises locales mobilise régulièrement les préfectures.
Qui est Michel Daugan, maire depuis plusieurs décennies ?
Michel Daugan était un élu ancré dans la durée. Selon Ouest-France, il avait vu la population de Plouasne passer d’environ 1 350 habitants à son arrivée à la mairie à près de 1 800 aujourd’hui - l’INSEE recense 1 749 habitants en 2022. Il se présentait lui-même comme un bâtisseur de la commune.
Sa réélection en mars 2026 avait déjà été tendue. Selon Ouest-France et Actu.fr, sa liste avait obtenu une égalité parfaite avec la liste d’opposition, et c’est uniquement la règle de départage par l’âge des candidats qui lui avait permis d’emporter le scrutin. Il entamait donc ce quatrième mandat dans une position fragile, avant même le drame d’avril.
Contexte dans l’Ille-et-Vilaine et en Bretagne
Plouasne est administrativement rattachée aux Côtes-d’Armor (département 22), mais le traitement judiciaire de l’affaire se déroule à Rennes, en Ille-et-Vilaine, siège de la chambre de l’instruction compétente. L’affaire touche donc directement le ressort judiciaire rennais.
À l’échelle régionale, les démissions de maires sont en progression. En Finistère seul, 16 maires ont quitté leurs fonctions depuis le début du mandat 2020, selon Ouest-France. Au niveau national, ce sont 2 189 démissions de maires qui ont été enregistrées depuis 2020, d’après le site Maire-Info - souvent liées à des conflits locaux ou à des affaires judiciaires.
L’affaire de Plouasne sort néanmoins du commun par sa gravité : il ne s’agit pas d’une démission de lassitude, mais de la mise en cause directe d’un élu dans le décès d’une de ses administrées. Des affaires impliquant des élus ou des agents dans des drames humains restent rares et génèrent systématiquement une crise institutionnelle locale.
Ce que prévoit la suite judiciaire et municipale
Sur le plan judiciaire, Michel Daugan reste mis en examen. Son contrôle judiciaire l’empêche de revenir à Plouasne. Les suites de l’instruction - renvoi en correctionnelle ou en assises selon les qualifications retenues - ne sont pas encore déterminées à ce stade.
Sur le plan municipal, la démission doit d’abord être régularisée formellement auprès de la préfecture des Côtes-d’Armor. Une fois validée, le conseil municipal devra élire un nouveau maire parmi ses membres. Mais avec plusieurs sièges vacants du fait des démissions en cascade, la composition même du conseil reste incertaine.
Jean-Claude Barbé, deuxième adjoint, assure la continuité administrative. La préfecture n’a pas communiqué publiquement de calendrier à ce stade.
Le dossier judiciaire avance à Rennes. La régularisation de la démission et la reconstitution d’un exécutif municipal stable restent les deux urgences immédiates pour cette commune des Côtes-d’Armor.
Sources
- Le Télégramme : Drame de Plouasne : mis en examen et incarcéré, le maire a remis sa démission
- Ouest-France : Le maire démissionnaire de Plouasne a été remis en liberté
- Actu.fr : Décès d'une habitante à Plouasne : le maire démissionne et pourrait sortir de prison
- INSEE : Plouasne – Données INSEE 2022