Pogačar veut déplacer le Tour : « Je n’organiserais pas de courses en juillet-août dans les régions chaudes »
Le double tenant du titre demande une refonte complète du calendrier UCI face aux températures extrêmes
Après une première semaine à 35-40°C quotidiens, le maillot jaune réclame une révolution du calendrier cycliste bannir juillet-août des zones chaudes et partir à 8h du matin.
- Pogačar réclame l'interdiction des courses en juillet-août dans les régions chaudes après une première semaine du Tour 2026 à 35-40°C quotidiens.
- Il propose des départs à 8h-9h du matin, avec un réveil à 5h, pour éviter les pics de chaleur.
- Le syndicat des coureurs (CPA) soutient la demande et réclame la protection de la santé des athlètes.
- Le Tour 2026 a dû raccourcir une étape de 30 km pour cause de vigilance rouge canicule, une première historique.
- L'UCI reste muette. Le vrai pouvoir appartient aux organisateurs privés (ASO, RCS, Unipublic) qui ne réagissent pas.
Première semaine du Tour 2026. Chaque jour, 35 à 40°C. Les coureurs roulent dans un four. Le maillot jaune sort de selle à la 9e étape, 40 degrés en ressenti - et balance: « Je n’organiserais pas de courses en juillet et en août dans les régions chaudes ». Tadej Pogačar vient de dire tout haut ce que le peloton redoute depuis plusieurs saisons.
Le Slovène ne réclame pas un ajustement. Il demande une révolution. Déplacer le Tour? Refaire tout le calendrier UCI? « Je changerais tout », assume-t-il. Son plan: bannir juillet et août des zones chaudes, avancer les départs à 8 ou 9 heures du matin - voire plus tôt. Concrètement, ça signifie se réveiller à 5 heures et rouler avant que le bitume ne devienne une plaque chauffante.
Le Tour a déjà cédé
Cette année, les organisateurs ont raboté une étape de 30 km à cause de la vigilance rouge canicule. Première fois dans l’histoire du Tour qu’une étape est raccourcie pour raisons météo. Le signal est clair: le calendrier actuel n’est plus tenable.
Le syndicat des coureurs (CPA) s’est emparé du sujet en appelant à revoir les horaires des courses estivales pour « protéger la santé des athlètes ». Pogačar n’est donc pas seul. Mais il est le premier maillot jaune en activité à exiger publiquement une refonte complète.
Ce que personne ne dit ouvertement
Le problème n’est pas que météorologique. C’est un problème de modèle économique. Le Tour en juillet, c’est des contrats TV calés sur les vacances scolaires, des villes-étapes qui réservent leurs budgets deux ans à l’avance. Déplacer le Tour en mai ou septembre, c’est déchirer tout l’écosystème financier du cyclisme. Les sponsors paient pour juillet. Les chaînes programment pour juillet. Les spectateurs prennent leurs congés pour juillet.
Pogačar le sait. Il propose quand même. Parce qu’à terme, ce ne sera plus des températures acceptables. Et là, on ne raccourcira plus les étapes de 30 km. On les annulera.
Réchauffement: la fin du calendrier traditionnel
Les températures extrêmes ne sont pas une extrapolation lointaine. Le raccourcissement historique de 30 km n’est qu’un avant-goût: à terme, ce sont des étapes entières qu’il faudra supprimer, faute de conditions acceptables pour les coureurs. Pogačar anticipe cette impasse climatique en proposant de déplacer les courses avant que la nature ne les annule.
L’UCI reste muette, les organisateurs privés verrouillent
L’Union cycliste internationale n’a pas réagi aux déclarations de Pogačar. Officiellement, elle « suit l’évolution des conditions climatiques ». Officieusement, elle sait qu’elle n’a aucun levier pour imposer un nouveau calendrier à ASO, RCS Sport et Unipublic, les trois organisateurs privés qui possèdent les grands Tours.
Le vrai pouvoir est là: chez les organisateurs. Et pour l’instant, ils ne bougent pas. Raccourcir une étape pour raisons de sécurité immédiate, c’est une chose. Déplacer le Tour de deux mois, c’est une autre planète.
On se souvient qu’ASO, propriété de la famille Amaury, détient les droits exclusifs du Tour de France et signe des contrats télévisuels pluriannuels calés sur la fenêtre estivale. Modifier cette fenêtre reviendrait à renégocier des centaines de millions d’euros de droits, à réviser les budgets des collectivités locales et à repenser la logistique des villes-étapes qui réservent leurs infrastructures deux ans à l’avance. L’UCI ne peut qu’inciter, pas imposer. Le calendrier appartient aux détenteurs des droits, et ceux-ci n’ont aucune raison économique de bouger tant que les coureurs continuent à pédaler sous 40°C.
Les coureurs en première ligne
Pogačar roule en tête. Il a les micros. Mais derrière, tout le peloton subit la même fournaise. Les domestiques encore plus: ils passent cinq heures en plein cagnard à protéger leur leader, puis finissent l’étape 20 minutes après le vainqueur, épuisés, déshydratés. Eux n’ont pas de tribune. Le CPA parle pour eux, mais sans le poids médiatique d’un double vainqueur du Tour.
Ce qui rend la sortie de Pogačar aussi efficace, c’est son timing: en pleine course, maillot jaune sur les épaules, après une étape à 40 degrés. Pas dans une interview d’intersaison. En direct du brasier.