Pogačar et Vingegaard contrôlés en pleine nuit : la colère monte
Réveillés à 2h et 5h du matin avant une étape de montagne, les deux leaders du Tour dénoncent un timing inadapté
Jonas Vingegaard contrôlé à 2h du matin, Tadej Pogačar réveillé à 5h les contrôles antidopage nocturnes du Tour de France 2026 passent mal. Leurs équipes dénoncent un manque de respect.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Jonas Vingegaard contrôlé à 2h du matin, Tadej Pogačar réveillé à 5h la nuit précédant la 15e étape
- Matteo Jorgenson dénonce un « manque de respect total », les équipes UAE et Visma critiquent le timing
- Les contrôles nocturnes sont légaux depuis 2016, autorisés entre 23h et 6h par l'AMA
- Vingegaard a mis 40 minutes à se rendormir, Pogačar n'a pas pu se rendormir
- Environ 600 tests prévus sur le Tour 2026, conservation des échantillons pendant 10 ans
La nuit du samedi au dimanche - dans les hôtels du Tour de France - deux chambres s’allument. Jonas Vingegaard entend frapper à 2h du matin. Tadej Pogačar à 5h. Contrôle antidopage inopiné. Les deux hommes qui se disputent le maillot jaune, à quelques heures de la 15e étape - doivent uriner dans un flacon. Vingegaard met 40 minutes à se rendormir. Pogačar, lui, ne se rendort pas.
Le lendemain, les réactions fusent. Matteo Jorgenson - coéquipier de Vingegaard, qualifie ces horaires de « manque de respect total pour les coureurs ». Les équipes UAE et Visma dénoncent un timing inadapté, en pleine montagne. Pascal Chanteur - président de l’Union Nationale des Cyclistes Professionnels français et vice-président du syndicat international des coureurs, dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas: « Légal, certes. Mais entre deux étapes de montagne, difficile de ne pas s’interroger. »
Vingegaard, lui, reste mesuré. Il trouve le contrôle « un peu excessif » - « pas l’idéal » - reconnaît que ça « pousse un peu les limites ». Mais il soutient les tests. Pogačar, déjà contrôlé plusieurs fois sur ce Tour, il peut subir jusqu’à trois contrôles en une seule journée, ne se plaint pas publiquement. Son équipe, elle, gronde.
Un cadre légal, mais contesté
Ces contrôles de nuit sont légaux depuis 2016. L’Agence mondiale antidopage (AMA) autorise les prélèvements entre 23h et 6h du matin. L’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) exige toutefois un consentement entre 5h et 6h. Pogačar, réveillé à 5h, était pile dans cette zone grise. A-t-il consenti? Aucune information publique.
L’Union Cycliste Internationale (UCI) a délégué ses activités antidopage à l’International Testing Agency (ITA) depuis 2021. C’est l’ITA qui décide des horaires, de la fréquence, des cibles. Environ 600 échantillons de sang et d’urine sont collectés sur le Tour cette année - auxquels s’ajoutent 350 autres hors compétition le mois précédant. Les échantillons peuvent être réanalysés pendant 10 ans.
Vingegaard: entre 60 et 70 tests en 2023
Les meilleurs sont les plus testés. Vingegaard aurait subi entre 60 et 70 contrôles en 2023. Pogačar peut en enchaîner trois dans la même journée. Cette multiplication des tests vise à dissuader, à fermer les fenêtres de tricherie. Mais elle épuise aussi. Les coureurs ne savent jamais quand on viendra frapper. Ils dorment avec leur téléphone allumé, remplissent l’application Adams pour signaler où ils se trouvent, heure par heure.
Avant 2016 - les contrôles nocturnes étaient généralement interdits. L’UCI avait manifesté son intention de durcir les règles dès 2015. L’argument: certains produits sont détectables surtout la nuit, quand le métabolisme ralentit. Mais les coureurs, eux, voient surtout la perte de sommeil. Et le sommeil, en montagne, c’est de la performance.
Ce que personne ne dit: le message derrière le timing
Vingegaard contrôlé à 2h, Pogačar à 5h, la même nuit, à la veille d’une étape pyrénéenne: ce n’est pas un hasard. L’ITA cible les leaders, au moment où ils sont le plus vulnérables physiquement, au moment où un produit pourrait théoriquement être détecté. Mais c’est aussi un message: personne n’est intouchable. Pas même le maillot jaune. Pas même le double vainqueur du Tour.
Sauf que ce message a un coût. Vingegaard a mis 40 minutes à se rendormir. Pogačar est resté éveillé. Entre deux géants qui se disputent chaque seconde, chaque watt, cette nuit peut peser lourd. Si la forme vacille dans les Pyrénées, on parlera des jambes, pas du réveil à 5h. Mais les coureurs, eux, le sauront.
Une histoire ancienne
Les contrôles antidopage sur le Tour existent depuis 1966 - systématiquement depuis 1968. À l’époque, les coureurs avaient fait grève, « humiliés » par ces tests. Aujourd’hui, personne ne conteste le principe. Mais l’exécution, elle, divise toujours. Le dopage a failli tuer le cyclisme. Les contrôles nocturnes, eux, fatiguent les coureurs propres autant que les tricheurs potentiels.
Dans le peloton, ce dimanche matin, on roule. Vingegaard a les yeux cernés. Pogačar garde son poker face. Personne ne parle de la nuit. Mais tout le monde y pense.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (7)
« Vingegaard a précisé avoir mis environ 40 minutes pour se rendormir après le contrôle. »
leparisien.fr ↗ ↩
« Pour sa part, Tadej Pogačar n'a pas réussi à se rendormir après son contrôle à 5h du matin. »
leparisien.fr ↗ ↩
« Bien que les contrôles antidopage nocturnes soient légaux depuis 2016, l'Agence mondiale antidopage (AMA) autorisant les prélèvements entre 23h et 6h, l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) exige un consentement pour les contrôles effectués entre 5h et 6h du matin. »
fr.uci.org ↗ ↩
« Bien que les contrôles antidopage nocturnes soient légaux depuis 2016, l'Agence mondiale antidopage (AMA) autorisant les prélèvements entre 23h et 6h, l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) exige un consentement pour les contrôles effectués entre 5h et 6h du matin. »
fr.uci.org ↗ ↩
« Bien que les contrôles antidopage nocturnes soient légaux depuis 2016, l'Agence mondiale antidopage (AMA) autorisant les prélèvements entre 23h et 6h, l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) exige un consentement pour les contrôles effectués entre 5h et 6h du matin. »
structures.ffc.fr ↗ ↩
« Environ 600 échantillons de sang et d’urine sont collectés sur le Tour de France cette année »
ledevoir.com ↗ ↩
« et 350 autres hors compétition pendant le mois précédant l’épreuve par l’ITA »
ledevoir.com ↗ ↩
