Pont Morandi : 12 ans de prison pour l’ex-PDG d’Autostrade
Le tribunal de Gênes condamne Giovanni Castellucci pour l'effondrement meurtrier de 2018 qui avait coûté la vie à 43 personnes
Quatre ans après l'ouverture du procès, la justice italienne a tranché. Giovanni Castellucci, ancien PDG d'Autostrade per l'Italia, écope de 12 ans de prison pour homicide involontaire. 32 prévenus condamnés, 25 acquittés le verdict du 16 juillet 2026 met un terme judiciaire au drame du pont Morandi.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Giovanni Castellucci, ex-PDG d'Autostrade per l'Italia, condamné à 12 ans de prison le 16 juillet 2026 pour l'effondrement du pont Morandi.
- 32 prévenus condamnés à des peines cumulées de près de 200 ans de prison, 25 autres acquittés ou classés sans suite.
- Le pont Morandi s'était effondré le 14 août 2018 à Gênes, causant la mort de 43 personnes.
- Les sociétés Autostrade per l'Italia et SPEA ont évité le procès pénal en 2022 grâce à un accord transactionnel de 30 millions d'euros.
- La défense de Castellucci dénonce un bouc émissaire et annonce faire appel du jugement.
Le 16 juillet 2026, le tribunal de Gênes a rendu son verdict dans l’un des procès les plus suivis d’Italie. Giovanni Castellucci, ancien PDG d’Autostrade per l’Italia (ASPI), a été condamné à 12 ans de prison pour homicide involontaire par négligence. La décision fait suite à l’effondrement du pont Morandi le 14 août 2018, qui avait fait 43 morts à Gênes.
Au total, 32 prévenus ont été condamnés à des peines cumulées de près de 200 ans de prison, selon l’agence ANSA. Parmi eux, Michele Donferri Mitelli, ex-numéro trois d’Autostrade, a écopé de 11 ans, et Antonino Galatà de 5 ans et 6 mois, rapporte Quotidiano.net. Vingt-cinq autres personnes ont été acquittées ou ont vu leur dossier classé, notamment en raison de la prescription, indique The Guardian.
Un procès de quatre ans
Le procès avait débuté en 2022 et a mobilisé la justice italienne pendant quatre ans. L’accusation reprochait aux dirigeants d’Autostrade et aux responsables publics d’avoir négligé l’entretien de l’ouvrage malgré des signaux d’alerte répétés. Mauro Coletta, ancien directeur de la vigilance des concessions routières au ministère des Infrastructures, a été condamné à 5 ans de réclusion, selon le Corriere della Sera.
Les sociétés Autostrade per l’Italia et sa filiale de maintenance SPEA ont échappé au procès pénal en 2022 grâce à un accord transactionnel de plus de 89 millions d’euros, rapporte l’agence Xinhua. Cet arrangement avait suscité la colère des familles des victimes, qui y voyaient une forme d’impunité pour les personnes morales.
Giovanni Castellucci, un parcours déjà entaché
Castellucci a déjà été en prison pour l’accident d’autocar de 2013 qui avait tué 40 personnes en Italie, selon l’agence Anadolu. Cette nouvelle condamnation vient alourdir un casier judiciaire qui illustre, selon l’accusation, une gestion défaillante des infrastructures sous sa direction.
La défense de l’ex-PDG a fustigé le verdict. Ses avocats dénoncent la recherche d’un bouc émissaire et ont annoncé leur intention de faire appel, rapporte Il Fatto Quotidiano. Ils estiment que les responsabilités sont partagées et que la condamnation de leur client ne reflète pas la complexité des défaillances systémiques.
Les familles des victimes saluent une victoire
Du côté des familles, le soulagement domine. Egle Possetti, présidente du comité des familles des victimes, a déclaré à l’AFP que « l’essentiel de l’acte d’accusation a tenu devant les juges ». Pour elle, ce verdict représente une reconnaissance de la vérité et de la responsabilité des acteurs publics et privés dans la catastrophe.
Les proches des 43 victimes ont milité pendant huit ans pour que justice soit rendue. Ils ont multiplié les manifestations et les prises de parole publiques, rappelant que le pont présentait des signes de dégradation depuis des années sans qu’aucune mesure corrective d’ampleur ne soit prise.
Une faillite systémique de la maintenance
Le dossier du pont Morandi a mis en lumière les carences dans la gestion des infrastructures italiennes. Construit dans les années 1960, le viaduc de 1 182 mètres de long était connu pour son état de vétusté. Des rapports techniques internes à Autostrade avaient signalé dès 2017 la nécessité de travaux de consolidation, mais ces alertes n’avaient pas été suivies d’effet.
L’effondrement de l’ouvrage en plein été, au moment où des dizaines de véhicules circulaient, a provoqué un choc national. Les images du pont éventré et des décombres ont fait le tour du monde, transformant Gênes en symbole d’une gestion défaillante des concessions autoroutières.
Contexte en Italie
L’Italie compte environ 30 000 ponts et viaducs, dont une grande partie date de la période d’expansion économique des années 1950 à 1970. Selon les estimations du ministère des Infrastructures, près d’un tiers de ces ouvrages nécessite des travaux de rénovation ou de mise aux normes. Le drame du pont Morandi a déclenché un vaste audit national et accéléré les programmes de sécurisation des infrastructures.
Gênes, ville portuaire de Ligurie comptant environ 560 000 habitants, a été profondément marquée par la catastrophe. Le pont était un axe vital reliant l’est et l’ouest de la ville, et son effondrement a bouleversé la vie quotidienne des habitants. Un nouveau pont, conçu par l’architecte Renzo Piano et inauguré en 2020, a remplacé l’ancien viaduc.
Vu de France : un écho aux débats sur les infrastructures
Le verdict de Gênes résonne en France, où l’état des infrastructures fait l’objet de débats récurrents. La catastrophe du pont Morandi a été suivie de près par les autorités françaises, qui ont lancé plusieurs audits sur l’état des ponts nationaux. Selon un rapport de 2019 du Sénat français, environ 25 000 ponts en France nécessitent des travaux de réparation ou de surveillance renforcée.
La question de la responsabilité des concessionnaires privés, comme Autostrade en Italie ou Vinci en France, est également au cœur des préoccupations. Les syndicats et les associations d’usagers plaident pour un contrôle public plus strict des infrastructures confiées au secteur privé.
Prochaine étape : l’appel
La défense de Giovanni Castellucci a déjà annoncé qu’elle ferait appel du verdict. La procédure pourrait durer plusieurs années supplémentaires. En attendant, l’ex-PDG reste en détention pour purger sa peine précédente de 6 ans. Les familles des victimes espèrent que les condamnations prononcées en première instance seront confirmées en appel, afin d’éviter que le temps ne vienne effacer les responsabilités établies par le tribunal de Gênes.
