Pont Morandi : 12 ans de prison pour l’ex-PDG Castellucci

Le tribunal de Gênes a condamné mercredi l'ancien patron d'Autostrade per l'Italia pour la catastrophe de 2018 qui avait fait 43 morts

Pont Morandi : 12 ans de prison pour l'ex-PDG Castellucci
Illustration Marco Bianchi / info.fr
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Huit ans après l'effondrement meurtrier du viaduc Morandi à Gênes, la justice italienne a rendu un verdict historique. Giovanni Castellucci, ex-PDG d'Autostrade per l'Italia, écope de 12 ans de prison pour homicide involontaire et négligence. Au total, 32 des 57 accusés ont été condamnés.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Giovanni Castellucci, ex-PDG d'Autostrade per l'Italia, condamné à 12 ans de prison le 16 juillet 2026 par le tribunal de Gênes
  • L'effondrement du pont Morandi le 14 août 2018 avait fait 43 morts à Gênes
  • 32 condamnations sur 57 accusés, dont 11 ans pour Michele Donferri Mitelli et 5 ans pour un cadre du ministère des Transports
  • Les juges ont pointé l'absence de maintenance du pilier 9 depuis 1967 malgré la fragilité connue des câbles
  • Le procès a duré quatre ans avec 284 audiences 25 accusés ont été acquittés ou prescrits
5 faits vérifiés 3 sources mis à jour le 17 juillet à 08:05

Le 16 juillet 2026, le tribunal de Gênes a prononcé une condamnation sans précédent dans l’histoire judiciaire italienne des catastrophes d’infrastructure. Giovanni Castellucci, ancien administrateur délégué d’Autostrade per l’Italia (ASPI) et du groupe Atlantia, a été condamné à 12 ans de prison pour sa responsabilité dans l’effondrement du pont Morandi survenu le 14 août 2018.

Cette tragédie avait coûté la vie à 43 personnes lorsqu’une section de 250 mètres du viaduc autoroutier s’était effondrée en plein été, précipitant des véhicules dans le vide. Selon l’AFP, le procès-fleuve initié en 2022 s’est conclu par la condamnation de 32 personnes sur les 57 accusés initialement poursuivis, tandis que 25 ont été acquittés ou ont bénéficié de la prescription pénale.

Un verdict qui pointe la négligence systémique

La sentence de 12 ans prononcée contre Castellucci, inférieure aux 18 ans requis par le parquet, reste la plus lourde de ce procès. Michele Donferri Mitelli, ancien haut dirigeant d’Autostrade, a écopé de 11 ans de prison, Paolo Berti de 5 ans et demi. Un ancien cadre du ministère italien des Infrastructures et des Transports chargé de la supervision a reçu une peine de 5 ans.

Les juges ont pointé le manque de maintenance minimale sur le pilier numéro 9 depuis 1967, alors que la fragilité de ses câbles était pourtant connue depuis des décennies. Selon les médias italiens, le tribunal a retenu l’aggravante d’homicide routier et considéré que le pont s’était effondré par avidité : aucun travail d’entretien n’avait été réalisé pour économiser les coûts.

Un patron déjà condamné pour un autre drame

Giovanni Castellucci, qui dirigeait Autostrade per l’Italia et Atlantia au moment des faits, purge déjà une peine de six ans de prison confirmée en 2025 par la Cour de cassation pour un autre accident meurtrier. En 2013, un autocar avait quitté l’autoroute A16 près d’Avellino, causant la mort de 38 personnes.

L’ancien PDG, qui clame son innocence, conteste les accusations de négligence. Ses avocats ont annoncé leur intention de faire appel du jugement rendu par le tribunal de Gênes.

Quatre ans de procès, 284 audiences

Le procès, qui aura duré quatre ans et compté 284 audiences selon La Stampa, a mobilisé magistrats, experts en génie civil et familles de victimes. Les débats ont mis en lumière un système d’entretien défaillant au sein d’Autostrade per l’Italia, concessionnaire privé de l’autoroute A10 reliant Gênes à la frontière française.

Les enquêteurs ont démontré que les rapports d’inspection signalaient depuis 1990 la dégradation des câbles porteurs du pilier 9, composés de fils d’acier enfermés dans du béton et exposés à la corrosion marine. Aucune intervention structurelle n’avait été entreprise malgré ces alertes répétées.

Contexte en Italie

Le drame du pont Morandi a provoqué un séisme politique et économique en Italie. Le gouvernement a révoqué la concession autoroutière d’Autostrade per l’Italia en 2020 et a nationalisé une partie du réseau. Un nouveau viaduc, conçu par l’architecte Renzo Piano et baptisé pont San Giorgio, a été inauguré en août 2020, deux ans jour pour jour après la catastrophe.

L’affaire a également relancé le débat sur l’état du réseau autoroutier italien, dont de nombreux ouvrages datent des années 1960 et nécessitent des investissements massifs. Selon des données officielles citées par les médias transalpins, plusieurs centaines de ponts et viaducs du pays présentent des signes de vieillissement préoccupants.

Pour les familles de victimes, ce verdict marque une reconnaissance judiciaire de responsabilités individuelles dans une tragédie longtemps présentée comme une fatalité technique. Des associations de proches réclament désormais des indemnisations complémentaires et des réformes structurelles de la gestion des infrastructures routières.

Ce que cela signifie vu de France

L’effondrement du pont Morandi et son procès résonnent particulièrement en France, où plusieurs rapports parlementaires et d’audit ont pointé le vieillissement du réseau autoroutier. L’axe A10 italien, où se situait le viaduc, est un maillon clé de la liaison routière entre la France et l’Italie via la Riviera ligure.

Les autorités françaises ont renforcé les protocoles d’inspection après 2018, notamment sur les ouvrages d’art gérés par des concessionnaires privés. Le verdict de Gênes établit un précédent en matière de responsabilité pénale des dirigeants d’entreprises concessionnaires, un modèle que la France observe attentivement dans le cadre de sa propre gestion déléguée des autoroutes.

Les prochaines étapes judiciaires

Giovanni Castellucci et plusieurs condamnés ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel. La procédure pourrait s’étendre sur plusieurs années supplémentaires avant un jugement définitif. En Italie, une condamnation en première instance ne devient exécutoire qu’après épuisement des voies de recours, sauf dans certains cas de détention provisoire.

Les familles des victimes et les associations de défense attendent également les conclusions des procédures civiles en indemnisation, distinctes du volet pénal, qui devront déterminer les montants de réparation dus par Autostrade per l’Italia et ses anciens dirigeants.

Marco
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Sources

Marco Bianchi

Marco Bianchi

Marco Bianchi est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondant à Rome. basé sur place, Il couvre l'actualité de l'Italie pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Il pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays, et…

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