Portugal : la « loi burqa » franchit une etape cle au Parlement
La commission des Affaires constitutionnelles a valide le 9 juillet l'interdiction de la dissimulation du visage, porte par Chega et remanie par le PSD.
Le Parlement portugais a approuve ce 9 juillet, en commission, un projet de loi interdisant de se cacher le visage dans l'espace public. Le texte, initie par le parti Chega, a ete remanie par le PSD au pouvoir pour se concentrer sur la securite. La gauche parlementaire a vote contre.
L’essentiel
- Le vote : la commission des Affaires constitutionnelles a approuve le 9 juillet 2026 l’interdiction de la dissimulation du visage dans les espaces publics.
- Les partis : PSD, Chega, Iniciativa Liberal et CDS-PP ont vote pour ; la gauche parlementaire a vote contre.
- Les amendes : de 150 a 750 euros en cas de negligence, de 400 a 3 000 euros en cas d’intention averee.
- Le calendrier : le texte avait deja ete approuve en premiere lecture en octobre 2025, avant de rester bloque huit mois en commission.
Ce qui a ete vote ce 9 juillet
La commission des Affaires constitutionnelles de l’Assembleia da Republica a donne son feu vert, mercredi, a la proposition de loi interdisant de dissimuler son visage dans les lieux publics au Portugal, selon le Diário de Notícias. Le texte, surnomme localement « lei das burcas », a recueilli les voix du PSD (le parti du Premier ministre), de Chega, d’Iniciativa Liberal et du CDS-PP. La gauche parlementaire, dans son ensemble, s’y est opposee.
Une loi Chega recyclee par le PSD
Le projet initial venait du parti populiste de droite Chega, qui en a fait un cheval de bataille depuis plusieurs annees. Mais c’est le PSD, formation dominante de la coalition au pouvoir, qui a remanie le texte via des propositions d’amendement, selon l’Observador. Objectif affiche : recentrer la justification de la loi sur la « securite et l’ordre public » plutot que sur des motifs identitaires ou religieux, pour limiter le risque d’inconstitutionnalite pointe par des juristes. Le titre officiel du texte a d’ailleurs ete modifie en consequence, devenant une interdiction de la dissimulation du visage « pour des raisons de securite et d’ordre public », toujours selon l’Observador.
Chega a de son cote accepte, dans le cadre de ce compromis, une reduction du bareme des amendes initialement envisagees, rapporte l’Observador. Un elu de la formation, Joao Lopes Aleixo, a revendique la mesure comme une victoire politique sur X, evoquant « la securite, la transparence dans l’espace public et la dignite des femmes ».
Amendes et champ d’application
Le texte adopte en commission prevoit une amende de 150 a 750 euros en cas de negligence, et de 400 a 3 000 euros lorsque la dissimulation du visage est jugee intentionnelle. Ces montants restent, selon les chiffres communiques, sensiblement plus eleves que ceux appliques dans d’autres pays europeens ayant adopte des dispositifs similaires.
Vu de France : un debat deja tranche en 2010
Pour un lecteur francais, la sequence rappelle un debat clos depuis longtemps dans l’Hexagone. La France avait adopte en 2010 une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, entree en vigueur l’annee suivante, avec une amende de 150 euros pour la personne qui se voile integralement le visage. Le Portugal arrive donc sur ce terrain avec plus de quinze ans de decalage, et avec un dispositif de sanctions financierement plus lourd. La difference tient aussi au contexte : au Portugal, le port du voile integral reste marginal, ce qui nourrit une partie des critiques sur l’opportunite politique du texte.
Amnesty International et la gauche denoncent une « panique morale »
Amnesty International Portugal a critique fermement l’initiative, la jugeant discriminatoire et potentiellement attentatoire aux libertes fondamentales. Les partis de gauche, qui ont vote contre en commission, ont pour leur part denonce une « panique morale » construite par la droite, rappelant que le port du voile integral demeure tres rare dans le pays, selon le Diário de Notícias. La chaine SIC a resume le rapport de forces politique lors du vote :
Contexte au Portugal
Le blocage de huit mois qu’a connu ce texte en commission, entre son approbation en premiere lecture en octobre 2025 et le vote de ce 9 juillet, illustre les tensions internes a la majorite de droite sur la formulation juridique retenue. Le compromis trouve avec le PSD, qui a impose l’angle securitaire plutot que l’angle identitaire porte par Chega, montre les limites que la formation d’Andre Ventura rencontre encore pour imposer ses textes sans l’aval du parti dominant au Parlement.
Le texte doit encore franchir l’etape du vote final en seance pleniere avant de devenir loi.