Présomption de légitime défense policière : le texte voté, direction le Sénat
L'Assemblée nationale a adopté le 7 juillet une loi qui inverse la charge de la preuve en cas de tir policier, entre soutien du gouvernement et fronde des ONG
Le 7 juillet 2026, les députés ont adopté en première lecture une proposition de loi instaurant une présomption simple d'usage légitime des armes pour les forces de l'ordre. Le texte, porté par la droite et soutenu par le gouvernement, doit désormais passer devant le Sénat.
L’essentiel
- Vote : l’Assemblée nationale a adopté le texte le mardi 7 juillet 2026, par 313 voix pour, 199 contre et 5 abstentions
- Origine : proposition de loi déposée le 3 décembre 2024 par le député Éric Pauget (La Droite républicaine) et 37 cosignataires
- Mobilisation : une pétition citoyenne contre le texte a dépassé 500 000 signatures
- Bilan : 66 morts lors d’interventions policières en 2024, 49 en 2025, selon les chiffres cités par les opposants au texte
- Suite : le texte a été transmis au Sénat le 7 juillet 2026
Un vote net à l’Assemblée nationale
Les députés ont tranché le mardi 7 juillet 2026 en adoptant, en première lecture, une proposition de loi instaurant une présomption simple d’usage légitime des armes pour les forces de l’ordre, selon l’Assemblée nationale et l’AFP. Le scrutin s’est soldé par 313 voix pour, 199 contre et 5 abstentions, selon les données publiées par Index NGO. Le texte a réuni les groupes du Rassemblement national, de La Droite républicaine, de l’UDR ainsi que le bloc central Ensemble pour la République.
La proposition initiale avait été déposée le 3 décembre 2024 par le député Éric Pauget, membre du groupe La Droite républicaine, et cosignée par 37 autres parlementaires, selon Vie-publique.fr. Le texte modifie les conditions d’usage des armes à feu prévues dans les cinq cas définis par l’article L. 435-1 du code de la sécurité intérieure.
De la « légitime défense » à l’usage légitime de l’arme
Le titre du texte a évolué au fil de son examen. La formule initiale de « présomption de légitime défense » a été remplacée par le gouvernement par celle de « présomption d’usage légitime de l’arme », selon des informations recoupées par Vie-publique.fr, LCP et Index NGO. Ce glissement sémantique n’a pas suffi à apaiser les critiques : pour ses opposants, le fond du texte reste inchangé, qu’il s’agisse de sa formulation initiale ou de la version amendée.
Concrètement, la loi renverse la charge de la preuve en cas de tir d’un agent des forces de l’ordre. Jusqu’ici, c’était à la justice de démontrer que l’usage de l’arme était légitime. Avec ce texte, c’est à la victime, ou à sa famille, qu’il reviendra de prouver que le tir n’était pas justifié, selon des analyses convergentes du Club des juristes et du Syndicat de la magistrature.
Un renversement de la charge de la preuve contesté
Ce mécanisme a valu au texte un avis critique de la Défenseure des droits, Claire Hédon, rendu le 26 juin 2026. Elle y estime que la mesure risque d’affaiblir le contrôle judiciaire sur l’usage des armes et de nuire aux droits des victimes, selon la décision publiée par son institution et relayée par Le Club des juristes.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu le texte en insistant sur son caractère réversible : selon lui, la présomption pourra être écartée par un procureur si les circonstances de l’intervention ne sont pas réunies, comme il l’a rappelé sur BFMTV.
Une mobilisation portée par les ONG et le barreau
Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature, le Barreau de Paris et la Commission nationale consultative des droits de l’homme ont dénoncé un texte qu’ils qualifient de « permis de tuer » et d’atteinte à l’État de droit, selon les communiqués publiés par ces organisations.
Une pétition citoyenne lancée par Issam El Khalfaoui, père d’une victime de violences policières, a dépassé les 500 000 signatures, selon la plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale et l’agence Anadolu. Ce seuil ouvre la voie à un possible débat en séance publique à l’Assemblée, une procédure prévue par le règlement de l’institution. Le débat sur l’usage des armes intervient alors que plusieurs départements, comme les Ardennes qui recrutent des gardiens de la paix jusqu’au 27 juillet, poursuivent en parallèle leurs campagnes de recrutement dans la police.
Contexte : ce que la loi de 2017 avait déjà changé
Le débat de 2026 s’inscrit dans la continuité d’une loi de 2017 qui avait déjà élargi les conditions d’usage des armes à feu par les forces de l’ordre, notamment lors de refus d’obtempérer. Selon les chiffres cités par Amnesty International, le Syndicat de la magistrature et la plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale, les tirs mortels de policiers visant des véhicules ont été multipliés par cinq depuis cette réforme. Les décès survenus lors d’interventions policières se sont élevés à 66 en 2024 et 49 en 2025, selon les mêmes sources. C’est sur cette base que les opposants au nouveau texte estiment qu’une présomption supplémentaire en faveur des agents accentuerait un phénomène déjà documenté, plutôt que de l’encadrer.
Prochaine étape : l’examen au Sénat
Le texte a été transmis au Sénat le 7 juillet 2026, selon l’Assemblée nationale, pour la suite de son parcours législatif. Aucune date d’examen en commission ou en séance n’a encore été communiquée par la chambre haute à ce stade.
La discussion se poursuivra donc devant les sénateurs, dans un climat où la mobilisation associative ne montre pas de signe d’essoufflement.
Sources
- Assemblée nationale : Adoption de la proposition de loi en première lecture
- Vie-publique.fr : Suivi de la proposition de loi Pauget sur l'usage des armes
- Amnesty International : Réaction sur la présomption d'usage légitime des armes
- Le Club des juristes : Analyse de l'avis de la Défenseure des droits