Procès du ‘dentiste-boucher’ de Lozère : 45 victimes et 330 000 € d’escroquerie à la Sécu
José Pereira Mendes jugé à Mende les 6 et 7 mai pour violences, mutilations sur 45 patients et fraude massive à l'Assurance maladie
Un ex-dentiste de 61 ans, José Pereira Mendes, comparaît devant le tribunal correctionnel de Mende pour des mutilations présumées sur 45 patients entre 2018 et 2021 à Badaroux. Il est également poursuivi pour escroquerie à hauteur de 330 000 euros au préjudice de la Sécurité sociale. L'accusé nie les faits.
Un ex-dentiste de 61 ans, José Pereira Mendes, comparaît devant le tribunal correctionnel de Mende pour des mutilations présumées sur 45 patients entre 2018 et 2021 à Badaroux. Il est également poursuivi pour escroquerie à hauteur de 330 000 euros au préjudice de la Sécurité sociale. L’accusé nie les faits.
L’essentiel
- 45 parties civiles : autant de patients qui se portent victimes de violences ayant entraîné mutilation ou infirmité permanente.
- 330 000 euros : préjudice estimé à la Sécurité sociale, avec 1 234 anomalies de facturation et plus de 500 actes non exécutés recensés par l’Assurance maladie.
- 10 ans de prison : peine maximale encourue par José Pereira Mendes, radié de l’Ordre des dentistes en 2022 et interpellé le 5 janvier 2021.
- Procès les 6 et 7 mai 2026 : audience au tribunal de Mende, délibéré attendu ultérieurement.
- Jusqu’à 14 dents : nombre d’extractions saines subies par un même patient en une série de soins, selon les témoignages rapportés par TF1 Info et Midi Libre.
Des soins qui ressemblaient à une boucherie
Les faits reprochés à José Pereira Mendes couvrent trois ans d’exercice, de fin 2018 à janvier 2021, dans son cabinet de Badaroux, commune rurale de quelque 500 habitants aux portes de Mende. Selon les témoignages recueillis par TF1 Info et France Bleu Gard-Lozère, des patients ont subi des extractions de dents saines en série : sept dents arrachées en une seule consultation pour l’un, quatorze pour un autre. Des poses d’implants sans justification clinique sont également mises en cause.
« En deux heures, il m’a tout arraché. C’était une boucherie », témoigne une patiente citée par TF1 Info. Les séquelles décrites sont permanentes : douleurs chroniques, difficultés à mâcher, traumatismes psychologiques. France Bleu Gard-Lozère résume la situation en une formule : « De la boucherie, pas de la médecine. »
Le parquet de Mende a retenu plusieurs chefs de poursuite : violences volontaires ayant entraîné mutilation ou infirmité permanente, escroquerie, abus de confiance et blanchiment. La peine maximale encourue est de dix ans d’emprisonnement, selon 20 Minutes et France 3 Occitanie.
1 234 anomalies de facturation détectées par l’Assurance maladie
L’affaire a débuté, non par une plainte de patient, mais par un signalement de la Caisse primaire d’Assurance maladie de Lozère en 2020. Les contrôleurs avaient détecté des irrégularités dans les remboursements demandés par le cabinet. Un rapport de l’Assurance maladie a ensuite identifié 1 234 anomalies de facturation sur la période 2018-2021, toutes signées et encaissées par José Pereira Mendes, selon Franceinfo et BFMTV. Plus de 500 actes auraient été facturés sans avoir été réalisés.
Le préjudice total pour la Sécurité sociale est estimé à 330 000 euros. L’interpellation du praticien, le 5 janvier 2021, a déclenché un afflux de plaintes : 43 patients se sont manifestés auprès des enquêteurs. Deux ans plus tard, en 2022, l’Ordre des dentistes a prononcé sa radiation.
La défense : « Je suis une victime de mon assistant »
Devant le tribunal, José Pereira Mendes a adopté une ligne de défense constante. « Je ne suis pas l’auteur des escroqueries et des arnaques, mais une victime de mon assistant », a-t-il déclaré, selon Franceinfo et BFMTV. Sur le plan médical, il affirme, selon France 3 Occitanie, « considérer avoir fait son travail » et se défend de toute erreur médicale.
Né en 1964 à Coimbra (Portugal), il a exercé au Portugal et au Mozambique pendant une vingtaine d’années avant de s’installer à Badaroux fin 2018, selon Le Monde et BFMTV. Son arrivée avait été perçue localement comme une bonne nouvelle dans un territoire sous-doté en praticiens dentaires.
Contexte dans la Lozère
La Lozère est le département le moins peuplé de France métropolitaine, avec environ 76 000 habitants. Sa densité en chirurgiens-dentistes s’établit à 39 pour 100 000 habitants en 2023, selon les données INSEE, un chiffre inférieur à la moyenne nationale. Dans ce contexte de désert médical, l’installation d’un nouveau praticien à Badaroux - village d’environ 500 résidents jouxtant Mende - avait été accueillie favorablement.
Cette vulnérabilité structurelle est documentée. Les patients lozériens, souvent contraints de parcourir de longues distances pour accéder à des soins dentaires, ont pu hésiter à remettre en cause les actes d’un praticien disponible. Franceinfo souligne ce facteur dans sa couverture de l’affaire : l’isolement géographique a pu faciliter les dérives.
Pour une vue plus large de l’actualité en Lozère ce week-end du 8 mai, le département vit en parallèle un agenda local ordinaire, loin du tribunal.
Un précédent national : l’affaire Guedj à Marseille
L’affaire Pereira Mendes s’inscrit dans une série noire documentée au niveau national. En 2023, deux dentistes de la famille Guedj, exerçant à Marseille, avaient été condamnés respectivement à huit et cinq ans de prison pour des mutilations sur environ 400 patients et des fraudes similaires à l’Assurance maladie, selon 20 Minutes et L’Humanité. Le schéma est comparable : actes inutiles, arrachages en série, facturation fictive.
Ces affaires posent la question du contrôle de l’exercice dentaire, notamment pour les praticiens diplômés à l’étranger. Les mécanismes de détection reposent largement sur les caisses d’Assurance maladie, comme l’illustre ici le rôle central joué par la CPAM de Lozère dans le déclenchement de l’instruction.
Dans un registre différent mais sur la question plus large des dispositifs de protection des victimes, d’autres départements expérimentent des réponses institutionnelles rapides face aux atteintes à l’intégrité physique.
45 parties civiles face au tribunal
Le procès réunit 45 parties civiles, soit autant de patients ou proches de patients qui se sont constitués victimes. Les audiences des 6 et 7 mai 2026 couvrent l’ensemble des chefs de poursuite. Le délibéré n’a pas été fixé à l’issue des débats : la date de rendu de la décision sera communiquée ultérieurement par le tribunal correctionnel de Mende.
Les avocats des parties civiles plaident une indemnisation à la mesure des séquelles permanentes subies. Le montant global des préjudices corporels n’a pas été chiffré publiquement à ce stade.
Le jugement, attendu après délibéré, dira si José Pereira Mendes est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés depuis cinq ans d’instruction.
Sources
- Le Monde : En Lozère, un ancien dentiste jugé pour des dizaines de mutilations
- Franceinfo : Lozère : un dentiste jugé après la mutilation présumée de 45 patients
- BFMTV : "Je souffre en permanence" : un dentiste jugé en Lozère pour des mutilations
- France 3 Occitanie : "Il considère avoir fait son travail" : le dentiste se défend devant la justice