Protoxyde d’azote dans le Nord : la préfecture renouvelle son alerte
La Préfecture du Nord rappelle les risques neurologiques et mortels du gaz hilarant, interdit depuis janvier 2026 dans le département
La Préfecture du Nord a publié le 2 mai 2026 une nouvelle alerte sur les dangers du protoxyde d'azote. Le gaz, dont l'usage récréatif est interdit depuis janvier 2026, a causé au moins deux morts dans le département fin 2025. Les sanctions devraient se durcir avec le projet de loi RIPOST.
La Préfecture du Nord a publié le 2 mai 2026 une nouvelle alerte sur les dangers du protoxyde d’azote. Le gaz, dont l’usage récréatif est interdit depuis janvier 2026, a causé au moins deux morts dans le département fin 2025. Les sanctions devraient se durcir avec le projet de loi RIPOST.
L’essentiel
- Alerte du 2 mai 2026 : la Préfecture du Nord met en garde contre les dommages neurologiques, la paralysie et les accidents graves liés au protoxyde d’azote.
- 120 cas graves en 2023 : recensés en Hauts-de-France selon l’ARS, sur fond de triplement national des intoxications entre 2020 et 2023 (120 à 458 cas).
- Deux morts fin 2025 : Mathis Polart, 19 ans, tué le 1er novembre à Lille ; une femme de 18 ans retrouvée morte le 17 novembre à Roubaix avec 30 bonbonnes.
- 500+ verbalisations à Lille : plus de 500 PV dressés en huit mois en 2025, selon 20 Minutes.
- Projet de loi RIPOST : présenté en Conseil des ministres le 25 mars 2026, il prévoit jusqu’à trois ans de prison pour conduite sous emprise.
L’alerte du 2 mai 2026
Le compte officiel de la Préfecture du Nord a publié le 2 mai 2026 un message sans ambiguïté sur le protoxyde d’azote. Le gaz peut endommager le système nerveux, entraîner une paralysie et provoquer des accidents graves, rappelle la préfecture.
Cette publication intervient dans un contexte de mobilisation renforcée des services de l’État. L’usage récréatif du gaz est interdit dans le Nord depuis janvier 2026 au moins, avec déploiement des forces de l’ordre pour contrôles et verbalisations, selon la préfecture.
Deux drames qui ont marqué le département
L’alerte préfectorale s’inscrit dans la continuité de deux accidents mortels survenus à l’automne 2025 dans le Nord.
Mathis Polart, 19 ans, a été tué le 1er novembre 2025 à Lille. Un conducteur trentenaire, ayant consommé du protoxyde d’azote, l’a percuté. Des bouteilles du gaz ont été retrouvées dans le véhicule. Le trentenaire a été mis en examen pour homicide routier, rapporte Le Monde. Cinq mois après les faits, la famille de Mathis demandait encore que le protoxyde d’azote soit inscrit sur la liste des stupéfiants, selon France 3.
Le 17 novembre 2025, une jeune femme de 18 ans a été retrouvée morte à Roubaix. Trente bonbonnes de protoxyde d’azote étaient présentes dans le véhicule, d’après France 3 Hauts-de-France.
Ces deux cas illustrent les deux volets du danger : l’accident de la route causé par une conduite sous emprise, et le risque d’asphyxie par surconsommation. La lutte contre le protoxyde d’azote concerne aussi d’autres territoires : à Caen, 23 bonbonnes ont été saisies lors de contrôles nocturnes, signe que le phénomène dépasse largement les frontières du Nord.
Contexte dans le Nord
Le département du Nord est l’un des territoires les plus touchés de France par le détournement du protoxyde d’azote. En 2023, l’Agence régionale de santé Hauts-de-France a recensé au moins 120 cas graves d’intoxication dans la région, liés à l’asphyxie ou à des lésions neurologiques.
À l’échelle nationale, les signalements ont été multipliés par trois entre 2020 et 2023, passant de 120 à 458 cas, avec une hausse de 30 % en 2023 par rapport à 2022, selon Santé publique France. La métropole lilloise concentre une part significative de ces cas régionaux.
À Lille, plus de 500 verbalisations pour usage de protoxyde d’azote ont été dressées en huit mois en 2025, selon 20 Minutes. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la pratique malgré l’interdiction locale.
Le 26 et 27 mars 2026, Lille a accueilli un congrès national organisé par l’association Protoside, dédié à la coordination des actions de prévention et à la formation pluridisciplinaire des acteurs de santé, de justice et des forces de l’ordre, selon le site noxforum.protoside.com.
Un cadre légal qui s’est durci progressivement
Le protoxyde d’azote n’est pas une substance nouvelle. Découvert en 1772 par Joseph Priestley, il est utilisé comme gaz hilarant depuis la fin du XVIIIe siècle. Son usage récréatif en France est signalé depuis 1996-1998 dans les milieux étudiants, selon Wikipédia et l’Association France Prévention.
La loi n° 2021-695 du 1er juin 2021 a interdit sa vente aux mineurs. Depuis janvier 2026, un arrêté national étend cette interdiction à tous les particuliers, selon le portail drogues.gouv.fr.
Le projet de loi RIPOST, présenté en Conseil des ministres le 25 mars 2026, va plus loin. Il prévoit de classer l’inhalation hors cadre médical comme délit, passible d’un an de prison et 3 750 euros d’amende. La conduite sous emprise serait sanctionnée de trois ans de prison et 9 000 euros d’amende. Le transport sans motif légitime serait puni de deux ans de prison et 7 500 euros, selon info.gouv.fr.
Des familles de victimes restent néanmoins sceptiques sur l’effectivité des nouvelles mesures. France 3 rapporte que certaines d’entre elles ont exprimé leur déception après les annonces gouvernementales, estimant que l’application sur le terrain reste incertaine. La comparaison avec d’autres dispositifs de lutte contre les stupéfiants est inévitable : dans les Bouches-du-Rhône, 1 352 contrôles anti-stupéfiants ont été réalisés le 29 avril dernier, illustration de la montée en puissance des opérations policières.
Risques sanitaires : ce que dit la médecine
Le protoxyde d’azote agit sur le système nerveux central par inhalation. À court terme, il peut provoquer une perte de connaissance, des chutes et une asphyxie en cas de forte concentration. À long terme, une consommation répétée entraîne des lésions de la moelle épinière par carence en vitamine B12, pouvant aboutir à une paralysie partielle ou totale, selon l’ARS Hauts-de-France.
Le gaz est conditionné en petites cartouches (dites « bonbonnes » ou « craquettes ») ou en grandes bouteilles utilisées normalement dans l’industrie alimentaire et médicale. Sa disponibilité et son prix bas ont facilité sa diffusion, notamment dans les espaces festifs urbains.
L’usage au volant constitue un danger spécifique : les effets dissociatifs et la brève perte de coordination surviennent en quelques secondes après inhalation. C’est ce mécanisme qui est mis en cause dans la mort de Mathis Polart. L’enjeu sécurité routière est désormais aussi documenté que l’enjeu sanitaire. À titre de comparaison, les préfectures de d’autres départements multiplient les interventions sur des sujets de sécurité publique : en Lot-et-Garonne, le préfet vient d’interdire un spectacle pour troubles à l’ordre public, signe que les pouvoirs préfectoraux sont mobilisés sur plusieurs fronts.
Prochaine étape
Le projet de loi RIPOST doit encore être examiné par le Parlement. Son adoption est attendue d’ici fin 2026, selon La Voix du Nord. Si le texte est voté en l’état, les poursuites pénales pour usage, conduite sous emprise et transport non justifié seront systématisées sur tout le territoire, y compris dans le Nord où les services de police disposent déjà d’une base de verbalisations conséquente.
Sources
- Préfecture du Nord (@prefet59) : Alerte officielle de la Préfecture du Nord sur le protoxyde d'azote
- Le Monde : Mort de Mathis à Lille : un trentenaire mis en examen pour homicide routier
- France 3 Hauts-de-France : Lutte contre le protoxyde d'azote : les annonces du gouvernement déçoivent des familles de victimes
- 20 Minutes : Lille : plus de 500 verbalisations pour usage de protoxyde d'azote en 8 mois