Radars automatiques dans la Manche : les élus freinent avant même 2027

Coût élevé, amendes reversées à l'État et préférence pour le préventif les maires manchois ne se précipitent pas sur ce nouveau pouvoir.

Radars automatiques dans la Manche : les élus freinent avant même 2027
Illustration Benoît Lecomte / info.fr

Dès le 1er janvier 2027, les collectivités pourront installer leurs propres radars automatiques. Dans la Manche, élus communaux et présidence du Département affichent déjà leurs réticences. Coût, impopularité et logique financière les arguments s'accumulent contre le dispositif.

Dès le 1er janvier 2027, communes, intercommunalités et départements pourront installer et financer leurs propres radars automatiques, dits SCAT. L’article 53 de la loi 3DS, promulguée en février 2022, leur en ouvre la possibilité, sous réserve d’un avis favorable du préfet et d’une étude préalable d’accidentalité. Dans la Manche, le signal envoyé par les élus est pour l’heure négatif.

L’essentiel

  • Entrée en vigueur : les collectivités pourront installer des radars SCAT à partir du 1er janvier 2027, après avis préfectoral et étude d’accidentalité (loi 3DS, art. 53).
  • Coût : entre 70 000 et 160 000 € à l’achat par appareil, plus frais d’entretien et de réparation, selon actu.fr et franceinfo.
  • Radars existants : la Manche compte déjà 29 radars automatiques d’État, sur 4 819 recensés en France fin 2025.
  • Objectif national : 3 000 à 5 000 dispositifs supplémentaires via les collectivités d’ici dix ans.
  • Position du Département : Jean Morin, président du Conseil départemental, exclut toute installation sur la voirie manchoise.

Un nouveau pouvoir que peu veulent exercer

Le dispositif permet aux collectivités de sanctionner vitesse excessive, franchissement de feu rouge, usage du téléphone au volant et non-port de la ceinture. Les premières verbalisations pourraient tomber dès l’été 2027, après homologation des appareils. Sur le papier, une avancée pour la sécurité routière locale. Sur le terrain manchois, le calendrier n’emballe pas les élus.

Sedrick Gourdin, maire de Couville, résume une position partagée par plusieurs de ses collègues : « Le tout répressif n’est pas une solution à l’heure actuelle. » Il a déjà équipé sa commune de quatre radars pédagogiques et privilégie les aménagements de voirie pour ralentir les automobilistes. Le préventif avant le répressif : c’est la ligne commune à la plupart des élus interrogés par actu.fr.

L’argument financier domine le débat

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La question budgétaire revient dans chaque prise de position. Un radar automatique coûte entre 70 000 et 160 000 euros à l’achat, sans compter l’entretien et les réparations. Surtout, les amendes collectées restent dans les caisses de l’État - pas un centime ne revient à la collectivité qui a financé l’appareil.

Camille Margueritte, maire de Cherbourg-en-Cotentin, ne mâche pas ses mots. Elle y voit « une façon détournée de nous demander d’aider à remplir les caisses », selon actu.fr. Elle préfère concentrer les investissements sur des aménagements routiers concrets. La sensibilisation à la sécurité routière passe aussi, dans d’autres villes françaises, par des actions pédagogiques plutôt que répressives.

Emmanuelle Lejeune, maire de Saint-Lô, pointe elle aussi le coût élevé. Elle indique que les radars pédagogiques déjà en place dans la commune « donnent pour le moment entière satisfaction », selon la même source. Pas de raison, donc, d’aller plus loin.

Les petites communes dans l’impasse financière

Christèle Castelein, maire de Saint-Cyr-Bocage et présidente de l’Agglomération du Cotentin, ajoute une dimension administrative souvent oubliée. Au-delà du prix d’achat, une collectivité qui installe un radar doit gérer les contestations de contraventions, les impayés, les recours. Pour une petite mairie sans service juridique étoffé, la charge est réelle. Elle préfère aménager les routes plutôt que les contrôler, selon actu.fr.

C’est précisément ce type de contrainte que pointent aussi les réunions d’information pour les élus de petites communes organisées dans les arrondissements normands voisins : les maires ruraux peinent souvent à absorber de nouvelles charges sans compensation.

Le Département dit non sans ambiguïté

Jean Morin, président du Conseil départemental de la Manche, ferme la porte clairement. Selon actu.fr et La Manche Libre, il avance trois raisons : le coût direct sans aucune recette en retour, un transfert de charges non compensé par l’État, et une voirie départementale qu’il estime déjà couverte par le réseau de radars étatiques existants.

Le Département gère pourtant un réseau routier important. Mais avec 29 radars d’État déjà implantés dans le département - sur 4 819 recensés en France fin 2025, selon La Manche Libre - , Jean Morin considère que la densité actuelle suffit sur les axes à risque.

Contexte dans la Manche

La Manche est un département rural de près de 500 000 habitants, avec un réseau routier dense et une mortalité routière structurellement préoccupante, notamment sur les routes départementales secondaires. Le département comptait 29 radars automatiques d’État fin 2025, un chiffre modeste rapporté à l’étendue du territoire. La loi 3DS de 2022 visait précisément à combler les zones non couvertes par le dispositif national, en donnant aux collectivités les moyens d’agir là où l’État n’installe pas d’appareils. Dans la Manche, les accidents en milieu rural restent concentrés sur des axes sans contrôle automatisé. Mais la logique financière - amendes reversées à l’État, coût d’investissement à la charge de la collectivité - rend l’équation intenable pour la plupart des budgets locaux.

Un outil national, une adoption incertaine

À l’échelle nationale, l’objectif affiché est d’ajouter 3 000 à 5 000 radars via les collectivités d’ici dix ans, selon Midi Libre et actu.fr. Les premiers appareils pourraient être homologués et opérationnels à l’été 2027. Mais si la Manche illustre une tendance plus large, cet objectif paraît ambitieux. La mécanique - investir sans percevoir les recettes - décourage mécaniquement les élus soumis à des contraintes budgétaires serrées.

Les prochains mois diront si d’autres communes manchoises s’aventurent malgré tout dans la démarche, ou si le département reste à l’écart des premières installations locales.

Sources

Benoît Lecomte

Benoît Lecomte

Benoît est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Manche (50), avec Saint-Lô pour chef-lieu. Spécialité du département : chantier naval Cherbourg (Naval Group, sous-marins) et Mont-Saint-Michel. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Normandie.

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