360 missions, 80 à 100 drones abattus : les pilotes de Rafale d’Orange racontent
Des pilotes de la base aérienne 115 d'Orange-Caritat témoignent de leurs interceptions de drones iraniens Shahed au Moyen-Orient entre février et avril 2026.
Entre le 28 février et le 8 avril 2026, des pilotes de Rafale de la base aérienne 115 d'Orange ont mené 360 missions d'interception contre des drones iraniens Shahed au Moyen-Orient. Le lieutenant Enzo et ses collègues racontent une opération inédite, menée sur une base secrète, pour protéger les alliés français dans le Golfe.
Entre le 28 février et le 8 avril 2026, des pilotes de Rafale de la base aérienne 115 d’Orange-Caritat ont été projetés au Moyen-Orient pour contrer une menace inédite : les drones explosifs iraniens Shahed. Rentrés de mission, plusieurs d’entre eux témoignent pour la première fois. Leurs récits, recueillis par Le Parisien, TF1 Info, France Info et France Bleu Vaucluse, dressent le portrait d’une opération intense, menée loin du Vaucluse, sur une base dont la localisation reste classifiée.
L’essentiel
- 360 missions : sorties de Rafale effectuées depuis le 28 février 2026, plus une trentaine de missions sur hélicoptères Fennec, selon France Bleu Vaucluse.
- 80 à 100 drones abattus : drones iraniens Shahed neutralisés par les forces françaises entre février et avril 2026, selon Le JDD.
- Taux de réussite : environ 90 % des interceptions réussies, selon les témoignages recueillis par TF1 Info.
- Trêve le 8 avril 2026 : accord entre les États-Unis et l’Iran mettant fin à la phase d’escalade durant laquelle la France a multiplié les interceptions.
- 2 530 personnes : effectifs de la base 115 d’Orange en 2020, selon l’INSEE, générant 3 120 emplois directs et indirects dans le Haut-Vaucluse.
« On était habités par cette mission »
Le lieutenant Enzo, pilote de Rafale à l’Escadron de Chasse 1/5 Vendée basé à Orange, a accepté de témoigner à visage découvert, chose rare dans le milieu. Rentré depuis quelques semaines d’une base française secrète au Moyen-Orient, il décrit des nuits à traquer des appareils volant à basse altitude, chargés d’explosifs, en direction de cibles alliées. « On a potentiellement sauvé des vies », confie-t-il à TF1 Info.
Le commandant Quentin et le capitaine Louis, également basés à Orange, décrivent l’intensité technique et psychologique des missions. « On tire une bombe de plusieurs centaines de kilos », explique l’un d’eux à France Info, où des images inédites ont été diffusées montrant des Rafale neutralisant des drones en vol. Selon leurs témoignages recueillis par Le Parisien, la formule est devenue commune dans les cockpits : « On était habités par cette mission. »
Deux mois d’opérations : 360 sorties Rafale, 30 missions Fennec
Le déploiement a débuté le 28 février 2026, date d’escalade du conflit régional entre l’Iran et ses adversaires. La France a alors engagé ses moyens aériens pour protéger ses partenaires du Golfe, notamment les Émirats arabes unis et le Qatar, selon France Bleu Vaucluse.
Au total, 360 missions de Rafale ont été conduites, complétées par une trentaine de sorties d’hélicoptères Fennec. Ces derniers opéraient en « deuxième rideau » : positionnés à basse altitude pour intercepter les drones Shahed que les Rafale n’auraient pas neutralisés en première passe. Les armes utilisées varient selon la situation : missiles air-air Mica pour les Rafale, canon de 30 mm pour les Fennec et Tigre. Le taux de réussite atteindrait 90 %, selon les témoignages collectés par TF1 Info. Entre 80 et 100 drones iraniens ont été abattus sur l’ensemble de la période, d’après le JDD.
La trêve signée le 8 avril 2026 entre Washington et Téhéran a mis fin à la phase la plus intense des opérations. Les pilotes d’Orange sont rentrés en Vaucluse dans les semaines suivantes. Pour les aviateurs français formés dans les bases nationales, ce type de projection en zone de crise représente le cœur de leur engagement opérationnel.
Des armes adaptées à une menace nouvelle
Le drone Shahed iranien est un engin à faible signature radar, volant lentement à basse altitude. Il est conçu pour saturer les défenses adverses par le nombre. Face à cette menace, les Rafale ont principalement utilisé le missile Mica, arme air-air à guidage infrarouge ou radar. Mais son coût - plusieurs centaines de milliers d’euros l’unité - pose une question d’économie opérationnelle quand la cible vaut quelques milliers d’euros.
Depuis avril 2026, la France a commencé à déployer sur ses bases au Moyen-Orient, dont Al Dhafra aux Émirats arabes unis, des drones intercepteurs français : Alta Ares, Harmattan AI et Destinus, selon Challenges. Ces appareils sont conçus pour neutraliser les Shahed à moindre coût, en complément des Rafale. La base 115 d’Orange a par ailleurs intégré un escadron Rafale spécifiquement orienté vers la défense anti-drones, selon The Debrief - information à confirmer par l’état-major.
Contexte dans le Vaucluse
La base aérienne 115 Orange-Caritat est l’un des piliers économiques du Haut-Vaucluse. Inaugurée en juillet 1939 par le président du Conseil Édouard Daladier, elle porte le nom du capitaine Maurice de Seynes, pilote mort en mission en 1917. Elle accueille l’Escadron de Chasse 1/5 Vendée, principal utilisateur du Rafale en France avec d’autres bases comme Saint-Dizier, selon Wikipedia.
Selon les données INSEE publiées en 2020, la base emploie 2 530 personnes - militaires, civils, réservistes et stagiaires - et génère 3 120 emplois directs et indirects dans le tissu économique local. C’est l’un des premiers employeurs du département. Son poids va bien au-delà de la seule ville d’Orange : sous-traitants, commerces, logements - toute une filière dépend de son activité.
Les opérations au Moyen-Orient s’inscrivent dans une tradition d’engagement extérieur de la base. Les pilotes du 1/5 Vendée ont participé à des opérations en Afrique, en Afghanistan et en Libye par le passé. Le déploiement de 2026 est le premier à mobiliser autant de sorties sur une période aussi courte dans cette région.
Des témoignages rares, un cadre contrôlé
La prise de parole publique de pilotes en opération reste exceptionnelle. Les témoignages du lieutenant Enzo, du commandant Quentin et du capitaine Louis ont été encadrés par l’armée de l’Air et de l’Espace. Les noms de famille ne sont pas communiqués. La localisation de la base avancée reste classifiée. Les images diffusées sur France 2 ont été validées par le ministère des Armées avant publication.
Ce choix de communication correspond à une pratique observée après d’autres opérations : laisser des pilotes témoigner, avec filtres, pour illustrer l’engagement français sans compromettre les dispositifs encore en place dans la région. Les Émirats arabes unis et le Qatar n’ont pas commenté publiquement la présence française sur leur territoire dans ce cadre.
La trêve du 8 avril n’a pas mis fin au déploiement français dans la zone. Le ministère des Armées n’a pas précisé à ce stade si de nouvelles rotations étaient prévues depuis Orange.
Sources
- Le Parisien : « On était habités par cette mission » : dans le cockpit d'un pilote de Rafale, engagé dans la lutte antidrones au Moyen-Orient
- TF1 Info : "On a potentiellement sauvé des vies" : le rare témoignage d'un pilote français qui a intercepté des drones au Moyen-Orient
- France Bleu Vaucluse : Les pilotes de la base 115 d'Orange racontent leur mission au Moyen-Orient
- France Info : Pilotes de Rafale : ils ont abattu des drones iraniens, des soldats français témoignent