Rennes : enquête pour tentative de féminicide après une chute du 3e étage
Une femme de 29 ans retrouvée nue et les mains ligotées après une chute de neuf mètres. Son compagnon placé en garde à vue.
Une femme de 29 ans a chuté du troisième étage d'un immeuble rennais le 15 juillet, les mains ligotées. Elle accuse son compagnon de l'avoir séquestrée puis jetée dans le vide. Le parquet a ouvert une enquête pour tentative de féminicide et séquestration.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Une femme de 29 ans a chuté du 3e étage d'un immeuble square des Hautes Chalais à Rennes le 15 juillet 2026, retrouvée nue et les mains ligotées.
- La victime, consciente malgré de graves fractures au dos, accuse son compagnon de l'avoir séquestrée puis jetée dans le vide.
- Le compagnon a été interpellé et placé en garde à vue, sans antécédent de violence signalé au casier judiciaire.
- Le parquet de Rennes a ouvert une enquête flagrante pour tentative de féminicide et séquestration.
- 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France en 2024, soit une hausse de 11% par rapport à 2023.
Une affaire de violences conjugales d’une extrême gravité secoue Rennes depuis le 15 juillet. Le mercredi 15 juillet, vers 9h40, une femme de 29 ans a été découverte au pied d’un immeuble situé au 49 square des Hautes Chalais, dans le quartier nord de la ville. La jeune femme, retrouvée nue et les poings ligotés, venait de chuter du troisième étage.
Consciente à l’arrivée des secours, la victime a pu livrer sa version des faits aux enquêteurs. Elle affirme avoir été séquestrée par son compagnon, puis jetée dans le vide depuis leur appartement. Malgré la violence de la chute, son pronostic vital n’est pas engagé, selon le parquet de Rennes. Elle souffre toutefois de graves fractures au dos.
Le compagnon interpellé et placé en garde à vue
Le compagnon de la victime a été rapidement interpellé par les forces de l’ordre. Il a été placé en garde à vue dans les locaux de la Division de la Criminalité Territoriale de Rennes, comme l’a confirmé le procureur de la République de Rennes, Frédéric Teillet.
Selon les premiers éléments de l’enquête rapportés par Police & Réalités, le suspect aurait filmé la jeune femme au sol après sa chute, avant de prendre la fuite. Ce détail, particulièrement troublant, a été recueilli par les enquêteurs lors des premiers témoignages.
Le suspect n’était pas connu des services de police pour des faits de violence. Selon Le Parisien, son casier judiciaire ne mentionnait qu’une infraction au Code de la route. Aucun antécédent de violence conjugale n’avait été signalé auprès des autorités.
Une enquête pour tentative de féminicide et séquestration
Le parquet de Rennes a ouvert une enquête flagrante pour tentative de féminicide et séquestration. Les investigations sont menées par la Division de la Criminalité Territoriale, qui a procédé à une perquisition au domicile du couple square des Hautes Chalais.
Les enquêteurs cherchent à reconstituer précisément le déroulement des faits. L’analyse des téléphones portables du couple, la collecte de témoignages dans l’immeuble et l’examen des traces matérielles dans l’appartement constituent les axes prioritaires de l’enquête.
La qualification de tentative de féminicide, retenue par le procureur, témoigne de la gravité des faits reprochés. Cette incrimination, introduite dans le Code pénal en 2021, reconnaît le caractère spécifique des violences meurtrières exercées contre les femmes en raison de leur sexe.
Le quartier des Hautes Chalais en état de choc
L’immeuble du 49 square des Hautes Chalais, situé dans le nord de Rennes, a été le théâtre d’une importante mobilisation des secours le 15 juillet au matin. Pompiers, police et SAMU sont intervenus rapidement après l’alerte donnée par des riverains.
Le quartier des Hautes Chalais, principalement constitué d’immeubles d’habitat social construits dans les années 1960 et 1970, fait partie du secteur nord de Rennes. Cette partie de la ville concentre une population jeune et des ménages aux revenus modestes.
Les voisins interrogés par la presse locale se sont dits sous le choc. Aucun ne dit avoir entendu de cris ou de dispute particulière avant la découverte de la jeune femme au pied de l’immeuble.
Contexte en Ille-et-Vilaine
Cette affaire s’inscrit dans un contexte préoccupant de violences conjugales en Ille-et-Vilaine. La ville comptait 221 310 habitants en 2023, selon l’INSEE, soit près d’un quart de la population départementale.
Les violences intrafamiliales constituent l’une des priorités de la procureure générale près la cour d’appel de Rennes, qui pilote depuis 2024 un protocole renforcé de prise en charge des victimes. Ce dispositif associe justice, forces de l’ordre, services sociaux et associations d’aide aux victimes.
L’Ille-et-Vilaine, comme l’ensemble de la Bretagne, dispose d’un réseau dense d’associations spécialisées dans l’accompagnement des femmes victimes de violences. Le numéro national 3919, joignable 24h/24 et 7j/7, permet aux victimes de signaler leur situation et d’être orientées vers les structures d’aide.
Cette affaire fait écho à l’enquête ouverte récemment dans l’Eure après la mort suspecte d’une femme de 30 ans, illustrant la persistance des violences conjugales mortelles à travers le territoire.
Les féminicides en France : une réalité qui persiste
L’affaire rennaise intervient dans un contexte national marqué par une recrudescence des féminicides. Selon les chiffres officiels rapportés par Le Parisien, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France en 2024, soit une augmentation de 11% par rapport à 2023.
Cette hausse alerte les associations de défense des droits des femmes, qui réclament depuis des années un renforcement des moyens alloués à la prévention et à la protection des victimes. Le gouvernement avait pourtant annoncé en 2023 un plan de lutte contre les violences faites aux femmes, doté de 360 millions d’euros sur trois ans.
Les spécialistes des violences conjugales soulignent que les tentatives de féminicide, comme celle dont a été victime la jeune Rennaise, constituent souvent l’aboutissement d’un cycle de violences physiques et psychologiques. Dans la majorité des cas, les victimes avaient déjà subi des violences avant le passage à l’acte mortel.
La suite de la procédure judiciaire
Le compagnon de la victime pourra être maintenu en garde à vue jusqu’à 48 heures, délai qui peut être prolongé de 24 heures supplémentaires sur autorisation du procureur. À l’issue de cette période, le parquet décidera de la suite à donner à la procédure.
Plusieurs issues sont possibles. Le suspect peut être présenté à un juge d’instruction en vue d’une mise en examen pour tentative de féminicide et séquestration. Il peut également être déféré devant le procureur pour une comparution immédiate ou une convocation devant le tribunal correctionnel. Enfin, le parquet peut demander son placement en détention provisoire.
La victime, actuellement hospitalisée, sera entendue à nouveau dès que son état de santé le permettra. Son témoignage sera déterminant pour la suite de l’enquête et la qualification définitive des faits.
Le procureur Frédéric Teillet devrait communiquer sur l’évolution du dossier dans les prochains jours, une fois les premiers éléments de l’enquête consolidés.
Sources
- Police & Réalités : Rennes : une femme de 29 ans jetée nue du 3e étage, les poings liés, son compagnon interpellé
- upday News : Tentative de féminicide à Rennes : jetée du 3e étage, les poings ligotés
- Linfo.re : Rennes : elle chute du troisième étage, les poignets attachés, la piste du féminicide examinée
