Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : le Sénat vote un texte remanié

Les sénateurs ont adopté le 31 mars 2026 une version à deux vitesses du texte, provoquant la colère du gouvernement qui la juge contraire au droit européen.

Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : le Sénat vote un texte remanié
Photo : Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : le Sénat vote un texte remanié Illustration Nathalie Rousselin / INFO.FR

Le Sénat a voté l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais dans une version édulcorée qui menace le calendrier de septembre 2026 voulu par Emmanuel Macron.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le Sénat a adopté le 31 mars 2026 en première lecture une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, via un système à deux vitesses : liste noire de plateformes interdites + accord parental pour les autres.
  • La version sénatoriale s'écarte de celle de l'Assemblée nationale, qui prévoyait une interdiction générale et indifférenciée de toutes les plateformes.
  • Le gouvernement juge le texte sénatorial non conforme au droit européen et saisira la Commission européenne, qui dispose de trois mois pour rendre un avis.
  • Une commission mixte paritaire devra trouver un compromis entre les deux chambres avant une entrée en vigueur visée pour le 1er septembre 2026.
  • Un amendement de la sénatrice Agnès Evren (LR) étend l'interdiction du téléphone portable à l'enceinte des lycées.

Le Sénat a voté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais dans une version édulcorée qui menace le calendrier de septembre 2026 voulu par Emmanuel Macron.

Le Sénat a adopté, mardi 31 mars 2026, en première lecture et en procédure accélérée, la proposition de loi interdisant l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux réseaux sociaux. Mais le texte voté au Palais du Luxembourg diffère sensiblement de celui adopté par l’Assemblée nationale le 27 janvier. Suffisamment pour que le gouvernement dénonce, séance tenante, un dispositif « absolument inconventionnel ».

1h21 par jour
C'est le temps moyen passé quotidiennement sur TikTok par les 12-17 ans en France, selon les données de l'
ARCOM. ##KEYFACT_IMG## /var/www/html/generator/temp-articles/keyfact_c0bc661d.webp

LES ENJEUX
Majorité numérique à 15 ans
La France deviendrait l'un des premiers pays au monde à instaurer un âge minimum légal pour accéder aux réseaux sociaux.
Bras de fer Sénat-gouvernement
Le gouvernement juge la version sénatoriale contraire au droit européen et va saisir la Commission européenne pour un avis.
Calendrier sous tension
L'entrée en vigueur est fixée au 1er septembre 2026, mais le parcours législatif restant rend ce délai très serré.
Protection de l'enfance en ligne
Les 12-17 ans passent en moyenne 1h21 par jour sur TikTok selon l'ARCOM, exposés à des algorithmes qui maximisent l'engagement.

Un système à deux vitesses qui divise

Là où l’Assemblée nationale avait voté une interdiction pure et simple de l’ensemble des plateformes pour les moins de 15 ans, les sénateurs ont opté pour un mécanisme différencié. Le texte sénatorial prévoit d’abord une liste noire de plateformes jugées nocives pour « l’épanouissement physique, mental ou moral » de l’enfant. Cette liste sera définie par arrêté ministériel, après avis de l’ARCOM. Les réseaux qui y figurent, parmi lesquels TikTok, Instagram, Facebook et Snapchat, seront purement et simplement interdits aux moins de 15 ans.

Pour les plateformes qui ne figurent pas sur cette liste noire, l’accès reste possible, mais uniquement avec l’accord parental explicite. Les parents devront préciser les contenus autorisés, la durée quotidienne d’utilisation et les horaires de connexion. Ils pourront retirer cet accord à tout moment. Wikipédia, les sites éducatifs et les logiciels libres restent accessibles sans aucune restriction.

Le texte interdit également toute publicité ciblant les enfants pour promouvoir un réseau social et impose la mention obligatoire « produits dangereux pour les moins de quinze ans » , comme sur un paquet de cigarettes, mais pour Instagram.

Le lycée sans téléphone, la greffe inattendue

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Les sénateurs ont aussi élargi le périmètre du texte initial. Un amendement déposé par la sénatrice Agnès Evren (LR) étend l’interdiction par défaut du téléphone portable à l’ensemble de l’enceinte des lycées. Jusqu’à présent, seuls les écoles primaires et les collèges étaient concernés par cette mesure. L’amendement a été adopté sans opposition majeure dans l’hémicycle, signe d’un consensus transpartisan sur la déconnexion des adolescents dans le cadre scolaire.

« Absolument inconventionnel » : le gouvernement contre-attaque

La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, n’a pas mâché ses mots à l’issue du vote. Elle a qualifié la version sénatoriale d’« absolument inconventionnelle », estimant qu’elle n’est pas conforme au droit européen, notamment au regard du règlement DSA adopté en 2022 et de la loi SREN de 2024. Le gouvernement a annoncé qu’il saisirait la Commission européenne d’ici la fin de la semaine. Bruxelles dispose d’un délai de trois mois pour rendre son avis.

La députée Laure Miller (Renaissance), autrice de la proposition de loi initiale, a estimé que la réécriture sénatoriale « met en péril la finalité du texte » en remplaçant une règle générale par une liste nationale de plateformes. De son côté, la rapporteure au Sénat, Catherine Morin-Desailly (Union centriste), a défendu le travail de la chambre haute : « Rien ne dit formellement que c’est anti-conventionnel. » Elle s’appuie sur l’avis du Conseil d’État, qui avait souligné le risque d’atteinte aux libertés fondamentales en cas d’interdiction totale et indifférenciée.

1er septembre 2026
Date butoir fixée par le texte pour l'entrée en vigueur de l'interdiction, avec un délai supplémentaire de quatre mois pour la mise en conformité des comptes mineurs déjà existants. ##KEYFACT_IMG## /var/www/html/generator/temp-articles/keyfact_aad77a22.webp

Les scientifiques montent au créneau

Dans une tribune publiée dans Libération, la neurologue Servane Mouton et l’addictologue Amine Benyamina, tous deux membres de la commission sur les écrans et les enfants, ont appelé le Sénat « à ne pas vider la proposition de loi de sa substance ». Les deux chercheurs rappellent que les algorithmes des plateformes sont conçus pour maximiser l’engagement des utilisateurs, poussant vers les jeunes publics des contenus anxiogènes ou violents. Selon l’ARCOM, les 12-17 ans passent en moyenne 1h21 par jour sur TikTok. Une réalité qui, combinée aux premières mesures européennes déjà engagées, a convaincu les parlementaires qu’il fallait aller plus loin.

Chronologie de la loi sur la majorité numérique
27 janvier 2026
L'Assemblée nationale adopte en première lecture la proposition de loi Laure Miller (Renaissance) interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
31 mars 2026
Le Sénat adopte en première lecture une version remaniée : liste noire de plateformes + accord parental obligatoire pour les autres
Avril 2026
Saisine de la Commission européenne par le gouvernement français
Juillet 2026
Avis de la Commission européenne attendu (délai de trois mois) Date à fixer
Juillet 2026
Commission mixte paritaire réunit députés et sénateurs pour un texte commun 1er
septembre 2026
Date butoir prévue pour l'entrée en vigueur 1er
janvier 2027
Fin du délai de quatre mois pour la mise en conformité des comptes mineurs existants

L’Europe regarde la France, la France regarde l’horloge

La réglementation des mineurs sur les réseaux sociaux en Europe
FranceInterdiction visée pour les moins de 15 ans, texte en navette parlementaire, entrée en vigueur au 1er septembre 2026
Royaume-UniProjet d'interdiction pour les moins de 16 ans ; le régulateur Ofcom presse les plateformes de se conformer
EspagneTravaux législatifs en cours sur la restriction d'accès des mineurs aux plateformes sociales
GrèceRéflexion parlementaire sur l'encadrement de l'accès des enfants aux réseaux sociaux
AutricheDiscussions législatives engagées sur la protection des mineurs en ligne
Union européenneRèglement DSA (2022) en vigueur, cadre général de régulation des grandes plateformes

Si la France parvient à faire appliquer cette « majorité numérique » à 15 ans pour la rentrée, elle figurera parmi les tout premiers pays au monde à franchir ce cap. Mais le calendrier est serré : l’avis de la Commission européenne n’arrivera pas avant juillet, laissant à peine quelques semaines à la commission mixte paritaire pour trouver un accord. Emmanuel Macron a fait de ce texte une promesse de fin de quinquennat. Pour l’heure, c’est TikTok qui regarde l’horloge.

Infographie sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans en France : chronologie, plateformes ciblées et calendrier législatif.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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