Rodéos urbains à Bordeaux : chaque vendredi soir, le délire recommence

À Bordeaux-Lac, les rassemblements illégaux de voitures tunées se répètent chaque week-end malgré les interpellations et les saisies.

Rodéos urbains à Bordeaux : chaque vendredi soir, le délire recommence
Illustration Hugo Castaing / info.fr

Dérapages, courses, exhibitions chaque vendredi soir, des conducteurs se retrouvent à Bordeaux-Lac, près du stade Atlantique. Un phénomène qualifié de 'passe-temps clairement dangereux' par ses propres participants. Les autorités serrent la vis, sans parvenir à l'éradiquer.

Le rituel est rodé. Dès la nuit tombée le vendredi, des dizaines de voitures tunées convergent vers Bordeaux-Lac, dans le secteur du stade Atlantique. Courses, dérapages, vrombissements : les participants eux-mêmes ne mâchent pas leurs mots. « C’est tout un délire », « un passe-temps », « clairement dangereux », confient-ils à Sud Ouest, qui a plongé dans ces rassemblements hebdomadaires.

Des interpellations presque chaque semaine

Les forces de l’ordre interviennent régulièrement, sans décourager les habitués. Le 18 avril 2026, deux conducteurs ont été arrêtés en marge d’un « run sauvage » à Bordeaux-Lac. Six jours plus tard, le 24 avril, un homme de 45 ans a été interpellé cours Ladoumègue : ivre, sans permis valide, il effectuait des dérapages. Il a été placé en garde à vue. Le 26 mars, la police nationale de Gironde avait déjà saisi trois véhicules lors d’une opération similaire dans le même quartier.

Le phénomène n’est pas propre à Bordeaux. En France, 44 000 rodéos urbains ont été recensés en 2024, contre 15 000 en 2017, selon les chiffres rapportés par TF1 Info. Entre janvier et avril 2025, les forces de l’ordre ont mené 14 200 opérations anti-rodéos à l’échelle nationale, aboutissant à 1 949 interpellations et 1 293 saisies de véhicules, d’après Le Dauphiné Libéré. Des dynamiques similaires s’observent dans d’autres villes : à Villars, près de Saint-Étienne, un rassemblement de 300 voitures avait dégénéré, et à Bastia, la police a récemment saisi un deux-roues après un rodéo en pleine ville.

Un précédent marquant en mai 2025

Publicité

En mai 2025, Bordeaux-Lac avait connu un épisode d’une autre ampleur. Selon CNews et Valeurs Actuelles, 500 voitures et près de 3 000 personnes s’étaient rassemblées. La police avait dû faire usage de grenades lacrymogènes et de désencerclement après avoir essuyé des jets de projectiles. Plusieurs agents avaient été blessés.

En octobre 2025, cinq hommes âgés de 19 à 36 ans avaient été interpellés. L’un d’eux transportait sa fille de 6 ans dans son véhicule lors du rodéo. Trois des cinq ont été condamnés à des peines de 4 à 8 mois de prison avec sursis, selon Le Figaro. Quatre véhicules avaient été saisis et vendus pour environ 100 000 euros au total.

Saisies, ventes, projet de loi : la réponse des autorités

Le procureur de Bordeaux Renaud Gaudeul a fait de la saisie immédiate des véhicules un levier central de la répression. En mai 2025, une BMW Série 1 et une Audi RS3 confisquées lors de rodéos avaient été revendues 37 500 euros chacune, rapportant 80 000 euros à l’État pour trois véhicules, selon France 3 Nouvelle-Aquitaine. L’objectif affiché : frapper au portefeuille avant même le jugement.

Sur le plan législatif, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé fin 2025 un projet de loi baptisé « Ripost », prévoyant une amende forfaitaire de 800 euros, la suspension immédiate du permis et la saisie systématique des véhicules, rapporte Sud Ouest. En avril 2026, le gouvernement a présenté à Bordeaux un « carnet de bal régalien » incluant des mesures renforcées contre les rodéos, avec notamment une police municipale à compétence judiciaire élargie. Le texte est en cours d’examen. En attendant, d’autres mesures de suspension immédiate de permis sont déjà expérimentées dans certains départements. Mais à Bordeaux-Lac, le vendredi prochain, les moteurs devraient tourner à nouveau.

Sources

Hugo Castaing

Hugo Castaing

Hugo est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Gironde (33). Il traite l'info locale avec la rigueur de l'actualité nationale : sources locales primaires, cadre légal applicable, voix locales attribuées, refus de la paraphrase préfectorale.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie