À Rouen, une personne handicapée chute d’un bus TEOR : les alertes ignorées

Un incident du 22 avril relance le débat sur le positionnement défaillant des bus TEOR aux quais rouennais.

À Rouen, une personne handicapée chute d'un bus TEOR : les alertes ignorées
Illustration Sébastien Duval / info.fr

Une personne en situation de handicap a chuté d'un bus TEOR à Rouen mercredi 22 avril 2026, en raison d'un écart entre le bus et le quai. Le témoin avait alerté en vain le réseau Astuce. L'incident s'inscrit dans un contexte de dysfonctionnements récurrents dénoncés depuis plusieurs mois.

Les faits se sont produits le 22 avril 2026 sur une ligne TEOR de Rouen. Une personne en situation de handicap a chuté en voulant descendre du bus, le véhicule étant mal positionné par rapport au quai surélevé. Selon le témoignage publié sur X, elle a évité de justesse des blessures graves.

L’auteur du message, @xyz__35, précise avoir signalé à plusieurs reprises ces problèmes de positionnement aux autorités locales et au réseau Astuce, sans obtenir de réponse. Des photos publiées en même temps montrent un écart visible entre le flanc du bus et le bord du quai.

Un problème signalé, des urgences au bout

Ce n’est pas un cas isolé. Un autre utilisateur, @Lhm_444, rapporte un incident similaire, conclu aux urgences. Il précise, après avoir échangé avec des chauffeurs, que certains bus présentent une hauteur incompatible avec un accolage au quai : les portes heurteraient la structure si le conducteur se positionnait correctement.

Un troisième témoignage, signé @tcr_n_, pointe la dégradation générale du parc : les bus TEOR commenceraient à présenter des différences de hauteur de caisse par rapport aux quais, signe selon lui d’un entretien insuffisant.

Un système de guidage optique mis en cause

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Les TEOR rouennais sont équipés depuis leur lancement d’un guidage optique censé assurer un positionnement précis à chaque arrêt. Selon la page Wikipédia consacrée au réseau, ce système présente des dysfonctionnements récurrents. En 2024, le parc Astuce comptait 77 bus TEOR accessibles de plain-pied, mais des problèmes d’entretien et de positionnement persistent, selon le rapport annuel de la Ville de Rouen. Des pannes à répétition ont aggravé la situation depuis début 2025, comme le documentait Paris-Normandie en avril de cette année-là.

Le sujet dépasse la question technique. En avril 2026, l’athlète paralympique Alexandra Saint-Pierre avait déjà dénoncé publiquement l’inaccessibilité des bus et TEOR rouennais, selon Actu.fr, affirmant « payer pour un service non rendu ». Les chutes accidentelles en milieu public rappellent régulièrement le coût humain de défaillances matérielles non corrigées.

Un service de substitution sous-dimensionné ?

Le réseau propose le service Handistuce pour les personnes en incapacité d’utiliser les lignes régulières. Il comptait 1 130 usagers inscrits en 2023, avec une hausse de 4,7 % des voyages depuis 2019, pour un budget annuel de 1,6 million d’euros selon les données officielles de la Ville de Rouen. Ce dispositif de substitution n’empêche pas les usagers qui tentent d’utiliser les lignes ordinaires de s’exposer à des risques. Les tensions budgétaires qui affectent les collectivités pèsent aussi sur l’entretien des flottes de transport partout en France.

En 2025, une autre chute s’était produite à bord d’un TEOR en marche à Rouen, filmée et relayée par France 3 Normandie, dans un contexte différent - une bousculade - mais qui avait déjà mis en lumière les risques liés à ces véhicules. Le réseau Astuce n’avait pas encore réagi publiquement à l’incident du 22 avril au moment de la publication de cet article.

Prochaine étape : Des renforts de fréquences sur les lignes TEOR sont prévus en 2026 dans le cadre du Plan de Mobilité 2035 de la métropole rouennaise, qui étudie notamment une conversion en tramway. Ces évolutions de long terme ne répondent pas aux alertes de sécurité immédiates soulevées par les usagers en situation de handicap.

Sources

Sébastien Duval

Sébastien Duval

Correspondant à Rouen, suit le port, les tensions sur la pétrochimie, l'industrie pharmaceutique et les débats sur la pollution de l'air. Formé à l'ESJ Lille, il a commencé en PQR normande. Conviction : interroger les syndicalistes, les élus, les associations environnementales, croiser les rapports Atmo avant de conclure.

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