Russie : Moscou interdit les exportations de diesel jusqu’au 31 juillet
Face aux pénuries provoquées par les frappes de drones ukrainiens sur ses raffineries, Moscou ferme le robinet du diesel à l'export
Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a annoncé début juillet 2026 une interdiction totale des exportations de diesel jusqu'au 31 juillet, pour approvisionner en priorité le marché intérieur. En cause des frappes ukrainiennes répétées sur les raffineries russes, qui provoquent pénuries et files d'attente dans le pays.
L’essentiel
- Fait 1 : L’interdiction des exportations de diesel est en vigueur du 8 au 31 juillet 2026, annoncée par le vice-Premier ministre Alexandre Novak lors d’une réunion avec Vladimir Poutine.
- Fait 2 : Les exportations russes de diesel sont tombées à 234 000 barils par jour entre le 1er et le 10 juillet 2026, contre 400 000 en juin et une moyenne de 817 000 sur toute l’année 2025, selon les données Kpler citées par Reuters.
- Fait 3 : Près de 90 % des régions russes ont connu des restrictions ou des pénuries de carburant depuis juin 2026, touchant environ 35 % de la population, rapporte CNews.
- Fait 4 : Les futures de diesel américains ont bondi de 11 % à 154 dollars le baril, tandis que la prime du gasoil européen a atteint un record de 60,77 dollars sur le Brent.
- Fait 5 : La Russie était le deuxième exportateur mondial de diesel, avec environ 11 % des flux mondiaux en 2025, selon Investing.com et Zonebourse.
Ce qui s’est passé
C’est lors d’une réunion gouvernementale avec Vladimir Poutine, les 8 et 9 juillet 2026, que le vice-Premier ministre Alexandre Novak a annoncé la mesure : une interdiction complète des exportations de diesel, applicable aux producteurs comme aux négociants, et valable jusqu’au 31 juillet. L’objectif affiché est de garantir l’approvisionnement du marché intérieur russe, sous tension depuis plusieurs semaines. Selon Orange et China.org, la décision vise directement à contenir les pénuries et les hausses de prix observées à la pompe en Russie.
Des raffineries visées par les drones ukrainiens
Cette décision ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs mois, l’Ukraine mène des frappes de drones systématiques contre les raffineries et les infrastructures énergétiques russes, un axe stratégique de sa guerre contre l’invasion lancée par Moscou. Ces attaques répétées ont réduit la capacité de raffinage du pays, provoquant un déficit de production que les autorités russes tentent désormais de compenser en priorité pour leur propre marché. Reuters a résumé la situation en une phrase : la Russie interdit ses exportations de diesel « pour garantir l’approvisionnement domestique après des frappes de drones ukrainiens ciblées ».
Files d’attente et rationnement en Russie
Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles. Selon CNews et des données reprises par Wikipedia, près de 90 % des régions russes ont subi des restrictions ou des pénuries de carburant depuis juin 2026, un phénomène qui touche directement environ 35 % de la population du pays. La production d’essence ne couvre plus que 65 % de la demande saisonnière moyenne, avec un déficit quotidien estimé entre 40 000 et 45 000 tonnes, selon le site spécialisé Zamin.uz. Pour limiter la casse, un décret a été signé autorisant certaines raffineries à abaisser temporairement leurs normes de qualité de production d’essence, passant d’Euro-5 à Euro-3, et cela jusqu’à la fin de l’année 2026. Moscou envisage aussi d’importer des produits pétroliers dès juillet et de renforcer la protection physique de ses sites de raffinage, rapportent China.org, 1Lurer et Xinhua.
Une onde de choc sur les prix mondiaux du carburant
La Russie n’est pas un acteur mineur sur ce marché. En 2025, elle était le deuxième exportateur mondial de diesel, fournissant environ 11 % des approvisionnements planétaires, selon Investing.com, Zonebourse et Vietnam.vn. Ses exportations maritimes avaient déjà chuté de 39 % en juin 2026 par rapport à mai, avant même l’annonce officielle de l’interdiction, selon Business AM. Résultat : l’annonce de Novak a immédiatement fait grimper les prix. Les futures de diesel américains ont pris 11 % pour atteindre 154 dollars le baril, et la marge de raffinage européenne sur le gasoil a touché un record de 60,77 dollars sur le Brent. Un compte spécialisé sur les marchés énergétiques a résumé l’ampleur de l’annonce dès sa publication.
Ce que ça change, vu de France
Pour un automobiliste ou un transporteur français, cette décision moscovite n’est pas un simple fait divers lointain. Le diesel européen est un marché mondialisé : quand un exportateur qui pesait 11 % des flux internationaux ferme le robinet, les prix de gros grimpent partout, y compris sur le continent. La flambée de la prime du gasoil européen, à un niveau record sur le Brent, se répercute mécaniquement sur les prix à la pompe dans plusieurs pays de l’Union européenne, la France important une partie de son diesel raffiné ou de ses produits intermédiaires sur ce marché continental. C’est un rappel que la guerre en Ukraine continue de peser sur le portefeuille des automobilistes européens, plus de quatre ans après son déclenchement, via des canaux moins visibles que les sanctions directes sur le pétrole russe.
Le poids de la Russie sur le marché mondial du diesel
La chute est spectaculaire en quelques mois. La Russie exportait en moyenne 817 000 barils de diesel par jour en 2025. Ce chiffre est tombé à 400 000 barils par jour en juin 2026, puis à 234 000 barils par jour entre le 1er et le 10 juillet, selon les données du cabinet Kpler relayées par Reuters. Cette trajectoire, amorcée avant même l’interdiction formelle du 8 juillet, illustre la pression croissante exercée par les frappes ukrainiennes sur l’appareil de raffinage russe, bien plus que par une décision politique isolée. L’interdiction officielle vient en réalité acter et amplifier une tendance déjà à l’œuvre depuis le printemps.
La mesure court jusqu’au 31 juillet 2026. Aucune prolongation n’a été annoncée à ce stade, mais l’ampleur des dégâts sur les capacités de raffinage russes laisse peu de doute sur la difficulté qu’aura Moscou à revenir rapidement à ses niveaux d’exportation antérieurs.