Saint-Denis : Bally Bagayoko justifie le sifflement de La Marseillaise, vives réactions politiques
Dans une interview à L'Opinion, le maire LFI Bally Bagayoko estime que siffler l'hymne national «quand la France se déshonore» est un «droit à la réplique populaire». La ministre Naïma Moutchou et la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon dénoncent une «stratégie de sédition».
Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a provoqué une polémique nationale en déclarant que siffler La Marseillaise dans les stades peut être un «droit à la réplique populaire». Ses propos, tenus dans L'Opinion du 16 juin, ont suscité des réactions indignées de membres du gouvernement et d'élus de droite.
L’essentiel
- Le 16 juin 2026 : le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, déclare dans L’Opinion que siffler La Marseillaise «quand la France se déshonore» est un «droit à la réplique populaire».
- Réactions gouvernementales : Naïma Moutchou (ministre Outre-mer, Horizons) interpelle le maire sur X ; Maud Bregeon (porte-parole) dénonce une «stratégie de sédition» sur BFMTV.
- Saint-Denis : commune nouvelle de 149 000 habitants, dirigée depuis mars 2026 par le premier maire LFI d’une ville de plus de 100 000 habitants.
«Un droit à la réplique populaire»
Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) élu en mars 2026 sous l’étiquette LFI, a accordé une interview à L’Opinion publiée le 16 juin. Interrogé sur les sifflets entendus dans les stades pendant La Marseillaise, il a répondu : «Siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire. Parce que les enfants de celles et ceux qui sont ici dans les grands stades, ils sont citoyens d’ici mais aussi de là-bas.»
Le contexte est celui de la Coupe du monde de football en cours, où l’équipe de France dispute ses matches à l’étranger. La déclaration intervient alors que les supporters des Bleus expriment leur mécontentement sur d’autres sujets, comme la rupture de stock des maillots.
Réactions indignées au gouvernement
Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer et membre d’Horizons, a réagi directement sur X (ex-Twitter) le 17 juin. «Monsieur @BallyBagayoko, la France a fait de vous un maire de la République. Mais vous expliquez à nos enfants qu’ils peuvent siffler la Marseillaise. Nous sommes nombreux, heureusement, à préférer leur apprendre à être fiers de leur pays.»
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a été plus incisive sur BFMTV le 18 juin. Elle a qualifié les propos de «stratégie politique», et non d’un simple dérapage. «Ça en dit long sur leur rapport à la République», a-t-elle déclaré, évoquant une «stratégie de conflictualité» et de «sédition». Elle a ajouté : «Ce n’est pas un dérapage, c’est une stratégie politique assumée.»
«Carton rouge» du Parti socialiste
François Kalfon, eurodéputé socialiste, a réagi sur LCI le 17 juin. «J’entends le choix de la provocation permanente. J’adresse à monsieur Bagayoko un carton rouge», a-t-il lancé. Il a estimé que ces propos étaient irresponsables dans le contexte actuel de tensions internationales.
Le cadre juridique rappelé
L’outrage public à l’hymne national ou au drapeau tricolore lors d’une manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques est puni de 7 500 euros d’amende (6 mois d’emprisonnement et 7 500 € si commis en réunion), selon l’article 433-5-1 du Code pénal, issu d’une loi adoptée en 2003 après les sifflets du match France-Algérie en 2001.
Pour l’instant, aucune poursuite n’a été annoncée. La préfecture de Seine-Saint-Denis n’a pas communiqué sur le sujet, selon nos recherches.
Contexte dans le département
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), commune nouvelle fusionnée avec Pierrefitte-sur-Seine depuis le 1er janvier 2025, compte environ 149 000 habitants. Bally Bagayoko, né le 31 juillet 1973 à Levallois-Perret (92), a été élu maire le 15 mars 2026 au premier tour avec 50,77 % des voix sur une liste LFI-PCF-SSDAC. C’est le premier maire LFI d’une ville de plus de 100 000 habitants.
Ce n’est pas la première polémique symbolique impliquant l’édile. En mai 2026, il avait décroché et retourné le portrait officiel d’Emmanuel Macron dans son bureau de la mairie, geste assumé qui lui avait valu un rappel à l’ordre du préfet. La loi n’impose pas l’affichage du portrait présidentiel dans les mairies.
La déclaration sur La Marseillaise intervient dans un climat politique tendu, alors que les matches de la Coupe du monde animent les discussions sur les symboles nationaux. Aucune réaction officielle des élus locaux ou du préfet n’a été identifiée à ce stade.
Les propos du maire de Saint-Denis continuent de susciter des réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias nationaux. L’opposition à droite et à l’extrême droite a également condamné une «atteinte aux valeurs républicaines».
Sources
- L'Opinion : Bally Bagayoko, l’insurgé à sang froid
- Libération : Bally Bagayoko considère que «siffler la Marseillaise» dans les stades est «un droit légitime»
- BFMTV : Bally Bagayoko estime que "siffler La Marseillaise" dans les stades est "un droit légitime", Maud Bregeon évoque "une stratégie de sédition"
- Légifrance : Code pénal - Article 433-5-1
