Saint-Jean-de-Braye : procès confirmé pour le policier qui a tiré au LBD sur un lycéen en 2018
Après un désistement en cassation en janvier 2026, le brigadier-chef du commissariat d'Orléans sera jugé pour violences volontaires.
Sept ans après les faits, le procès du policier qui avait blessé un lycéen de 16 ans d'un tir de LBD devant le lycée Jacques-Monod est désormais inévitable. Son pourvoi en cassation ayant été déclaré caduc en janvier 2026, le renvoi devant le tribunal correctionnel d'Orléans est confirmé.
L’essentiel
- Les faits : Le 5 décembre 2018, un lycéen de 16 ans a été grièvement blessé à la tête par un tir de LBD devant le lycée Jacques-Monod de Saint-Jean-de-Braye.
- La décision : La chambre de l’instruction d’Orléans a renvoyé le policier en correctionnelle pour « violences volontaires commises par une personne dépositaire de l’autorité publique ».
- La cassation : Le pourvoi formé par le policier a été déclaré caduc par ordonnance de déchéance du 14 janvier 2026, après désistement.
- La victime : 93 jours d’arrêt, front fracturé, opération chirurgicale, séquelles persistantes.
- L’accusé : Un brigadier-chef du commissariat d’Orléans, aujourd’hui âgé de 58 ans.
Une blessure grave lors d’une manifestation lycéenne
Le 5 décembre 2018, des lycéens manifestent devant le lycée Jacques-Monod de Saint-Jean-de-Braye, dans le Loiret, contre la réforme du bac et Parcoursup. Un brigadier-chef du commissariat d’Orléans ouvre le feu avec un lanceur de balles de défense (LBD). Le projectile atteint à la tête un lycéen de 16 ans, prénommé Oumar.
Le bilan médical est lourd : front fracturé, opération chirurgicale, 93 jours d’arrêt, et des séquelles persistantes selon les sources judiciaires. La victime n’était pas impliquée dans les jets de pierres signalés ce jour-là, selon les conclusions de l’enquête.
Un tir jugé non conforme aux règles d’emploi
L’IGPN (inspection générale de la police nationale) et les experts mandatés ont rendu un verdict nuancé. Le tir a été qualifié de « nécessaire et proportionné » face aux jets de projectiles, mais non conforme aux règles d’emploi du LBD sur plusieurs points, selon actu17.fr.
La distance de tir était d’environ 50 mètres, alors que les règles recommandent une fourchette de 3 à 35 mètres. Le temps de visée n’aurait été que d’environ une seconde. La victime n’était pas ciblée et n’était pas impliquée dans les violences.
C’est sur la base de ces éléments que la chambre de l’instruction d’Orléans a requalifié les faits : là où le juge d’instruction avait retenu des « violences involontaires », la chambre a opté pour des « violences volontaires commises par une personne dépositaire de l’autorité publique », une qualification pénale plus lourde, selon France 3 Centre-Val de Loire.
Le pourvoi en cassation tombe caduc en janvier 2026
Face à ce renvoi en correctionnelle, le policier avait formé un pourvoi en cassation. Mais, selon ici.fr, il s’en est désisté. Une ordonnance de déchéance a été rendue le 14 janvier 2026, rendant le renvoi définitif et le procès inévitable.
La date d’audience n’est pas encore fixée. Elle est probable en 2027, selon les contraintes du tribunal correctionnel d’Orléans.
Pour l’avocat de la famille, Me Christophe Rouichi, ce procès doit permettre d’établir officiellement qu’Oumar était « une victime innocente et non un lanceur de projectiles », selon ses déclarations rapportées par ici.fr.
Contexte dans le Loiret
Cette affaire s’inscrit dans un contexte national de débat sur l’usage des LBD lors de maintiens de l’ordre, ravivé notamment lors des manifestations des « gilets jaunes » fin 2018 et des mobilisations lycéennes de la même période. Dans le Loiret, le commissariat d’Orléans avait été mobilisé ce jour-là sur le périmètre de Saint-Jean-de-Braye, commune limitrophe d’Orléans.
Saint-Jean-de-Braye est une ville de près de 20 000 habitants, intégrée dans l’agglomération orléanaise. Le lycée Jacques-Monod est l’un des établissements secondaires les plus importants du secteur est d’Orléans Métropole. La commune a déjà été au cœur de l’actualité judiciaire récemment, notamment avec une opération de fouille de sacs au collège Coubertin, également menée par la police nationale.
Au niveau départemental, les forces de l’ordre du Loiret ont été très sollicitées ces derniers mois. 155 policiers avaient été mobilisés à Orléans fin mai pour la finale PSG-Arsenal, rappelant l’ampleur des effectifs disponibles sur le territoire.
Une procédure qui aura duré près de neuf ans
Des faits du 5 décembre 2018 à l’ordonnance de déchéance du 14 janvier 2026, la procédure judiciaire aura duré plus de sept ans. La plainte initiale, le travail du juge d’instruction, le recours devant la chambre de l’instruction, puis le pourvoi en cassation : chaque étape a allongé le calendrier.
La requalification des faits en « violences volontaires » est un point central. Elle change la nature du jugement attendu : ce ne sera plus la question d’une erreur de tir, mais celle d’un acte délibéré dont la victime a subi les conséquences sans être à l’origine des troubles.
Le tribunal correctionnel d’Orléans devra fixer une date d’audience. L’affaire, portée par Me Rouichi pour la famille, est désormais dans la file d’attente du rôle correctionnel.
Sources
- ici.fr / France Bleu Orléans : Affaire du lycéen blessé par un tir de LBD à Saint-Jean-de-Braye : il y aura bien un procès pour le policier
- France 3 Centre-Val de Loire : Tir de LBD dans la tête d'un lycéen lors d'une manifestation : le policier bientôt renvoyé en correctionnelle
- actu17.fr : Orléans : un policier renvoyé en correctionnelle après un tir de LBD ayant blessé un lycéen en 2018
