Saint-Laurent-du-Maroni : des cours du soir pour apprendre à lire aux travailleurs

Un programme de lutte contre l'illettrisme cible les adultes en emploi, dans un territoire où 21 % de la population est concernée.

Saint-Laurent-du-Maroni : des cours du soir pour apprendre à lire aux travailleurs
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

À Saint-Laurent-du-Maroni, des cours du soir adaptés aux horaires des travailleurs manuels entrent dans le cadre du plan interministériel outre-mer 2025-2028. En Guyane, le taux d'illettrisme dépasse cinq fois la moyenne métropolitaine. L'appel à projets Politique de la Ville 2026 de la mairie en fait une priorité explicite.

En Guyane, 41 % des adultes de 18 à 64 ans rencontrent des difficultés face à l’écrit, dont 21 % sont en situation d’illettrisme, selon l’INSEE (données 2022). C’est cinq fois plus qu’en France métropolitaine, où ce taux s’établit à 4 %. À Saint-Laurent-du-Maroni, ville la plus peuplée de l’Ouest guyanais, la situation est particulièrement marquée.

Des cours pensés pour ceux qui travaillent

Le dispositif mis en place propose des sessions en soirée, après les heures de travail, pour toucher les ouvriers et employés du secteur manuel. Une adaptation nécessaire : ces publics, souvent chefs de famille, ne peuvent pas se libérer en journée. Les formations visent les compétences de base - lire, écrire, compter - sur des parcours pouvant atteindre 550 heures, selon les modalités décrites par l’Alliance Française de Cayenne dans son plan de lutte contre l’illettrisme.

Ce programme s’inscrit dans le plan interministériel de prévention et de lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme en outre-mer, lancé le 26 novembre 2025 par le gouvernement pour la période 2025-2028. La Guyane y figure en priorité, avec un taux d’illettrisme dépassant 20 %, selon le ministère délégué aux Outre-mer.

Côté local, l’appel à projets Politique de la Ville 2026 de la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni identifie explicitement la lutte contre l’illettrisme parmi ses axes prioritaires, aux côtés du soutien à la parentalité et de l’accès aux droits sociaux.

Une demande qui dépasse l’offre disponible

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La pression sur les dispositifs locaux n’est pas nouvelle. L’Institut de Formation de Saint-Laurent (IFSL) affichait déjà une liste d’attente de plus de 200 personnes en 2019, selon France Guyane. Les JNAI 2024 - Journées Nationales d’Action contre l’Illettrisme - ont mis en avant la certification CléA via Transitions Pro Guyane, pour consolider les compétences de base des adultes en activité.

Le contexte linguistique complexifie la tâche. Une trentaine d’idiomes sont parlés sur le territoire guyanais, et le français n’est que la seconde langue de la majorité des habitants. Chez les jeunes de 17 à 21 ans, 58 % étaient en difficulté de lecture en 2023, contre 15 % au niveau national, selon La Croix.

Prochaine étape

L’ANLCI (Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme) a adopté en mars 2025 un programme d’activités 2025-2026 comprenant 29 fiches actions, orientées vers le repérage systématique des personnes concernées. Les inscriptions aux formations du soir à Saint-Laurent-du-Maroni passent par France Travail et les structures partenaires locales. Les places restent limitées au regard de la demande identifiée.

Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Correspondante à Cayenne, elle suit les tensions sur l'orpaillage illégal, les débats sur le spatial, les projets routiers et les restructurations hospitalières. Issue de Sciences Po Aix, elle a grandi en Guyane. Ligne de travail : interroger les gendarmes, les élus, les associations environnementales, croiser les rapports du BRGM avant de publier.

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