Saint-Quentin : quatre députés RN saisissent le procureur après un spectacle drag à la Pride

Les parlementaires de l'Aisne dénoncent des paroles et gestes jugés choquants devant des enfants lors de la marche du 6 juin

Saint-Quentin : quatre députés RN saisissent le procureur après un spectacle drag à la Pride
Illustration Camille Lefebvre / info.fr

Quatre députés RN de l'Aisne ont annoncé, les 9 et 10 juin 2026, saisir le procureur de la République après un spectacle drag tenu lors de la 4e Marche des fiertés de Saint-Quentin. En cause l'interprétation de paroles jugées apologétiques de la pédophilie devant un public incluant des enfants.

L’essentiel

  • Événement : La 4e Marche des fiertés de Saint-Quentin s’est tenue le 6 juin 2026 au square Winston-Churchill, réunissant environ 250 à 300 participants.
  • Polémique : Une drag queen a interprété les paroles « J’aime en secret tripoter mon fils » (chanson du groupe Sexy Sushi, 2013) lors du spectacle, devant un public incluant des enfants.
  • Saisine judiciaire : Les quatre députés RN/IDL de l’Aisne (Dragon, Beaurain, Dessigny, Casterman) ont saisi le procureur via l’article 40 du CPP pour apologie de la pédophilie et corruption de mineurs.
  • Association : Fier.es & Queer, organisatrice, présente la performance comme une satire caricaturant un personnage conservateur ultra-religieux.
  • Suite judiciaire : Aucune date de réponse du parquet ni audience connue à ce stade.

Une marche autorisée, une performance qui fait débat

Le samedi 6 juin 2026, l’association Fier.es & Queer organisait la quatrième édition de la Marche des fiertés de Saint-Quentin. Le cortège s’est élancé dans l’après-midi avant de rejoindre le square Winston-Churchill, au pied de la basilique, pour un village associatif (12h-17h30) et un spectacle de drag queens. Environ 250 à 300 personnes ont participé malgré la pluie, selon l’Aisne Nouvelle.

L’événement disposait d’une autorisation municipale pour l’occupation du square. Il était co-organisé avec SOS homophobie Picardie, la FSU 02 et la CFDT, entre autres, selon le site de l’association.

La polémique n’a pas attendu le jour J. Une pétition portée notamment par des militants Reconquête réclamait le déplacement de la marche, critiquant la proximité avec l’édifice religieux. Elle avait recueilli plus de 500 signatures, selon le Courrier Picard. La mairie n’a pas modifié l’autorisation.

Les paroles en cause : une chanson de 2013 réinterprétée

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Durant le spectacle, une performeuse a chanté un extrait de « J’aime mon pays », morceau du groupe de rock satirique Sexy Sushi, datant de 2013. Les paroles en question : « J’aime en secret tripoter mon fils », accompagnées de gestes. Des vidéos de la scène ont circulé sur X et d’autres réseaux sociaux, relayées par des comptes proches de l’extrême droite et des médias comme Boulevard Voltaire ou Valeurs Actuelles.

Libération, dans un fact-check publié le 10 juin, rappelle que cette chanson est une satire construite autour d’un personnage conservateur ultra-religieux. L’association Fier.es & Queer défend la même lecture. Les vidéos montrent néanmoins des enfants dans le public au moment de la performance.

Quatre députés RN saisissent le parquet

Le député Eddy Casterman a annoncé le premier, sur X, saisir le procureur de la République. Ses trois collègues de l’Aisne ont suivi : Nicolas Dragon (1re circonscription), José Beaurain (4e), Jocelyn Dessigny (5e) et Eddy Casterman, tous élus sous étiquette RN ou IDL.

Ils invoquent l’article 40 du Code de procédure pénale, qui oblige tout fonctionnaire ou élu ayant connaissance d’un crime ou délit à en informer le procureur. Les qualifications pénales avancées : apologie de la pédophilie et corruption de mineurs. La saisine est intervenue les 9 et 10 juin, selon les publications sur X et Facebook des intéressés.

Dans sa publication, Eddy Casterman fait explicitement le lien avec l’affaire Lyhanna, l’identification du corps d’une fillette retrouvée dans l’Aisne annoncée la veille. Aucune relation juridique entre les deux affaires n’a été établie.

Le parquet de Saint-Quentin n’a pas fait connaître de suite à cette saisine à la date de publication de cet article.

Contexte dans l’Aisne

Saint-Quentin est la plus grande ville de l’Aisne avec environ 52 800 habitants (données INSEE 2022-2023). Le département est l’un des plus touchés de France métropolitaine par la pauvreté et le chômage, et constitue une terre électorale favorable au RN depuis plusieurs scrutins. Les quatre circonscriptions du sud de l’Aisne ont toutes été remportées par des candidats RN ou proches lors des dernières législatives.

La Marche des fiertés existe à Saint-Quentin depuis 2022. C’est la quatrième édition. Les éditions précédentes s’étaient tenues au même square sans provoquer de saisine judiciaire, selon les données disponibles. L’association Fier.es & Queer intervient également en milieu scolaire local en partenariat avec EVARS et avec le soutien de la CPAM de l’Aisne.

La polémique sur la proximité du lieu avec la basilique - classée monument historique - est récurrente depuis la première édition, selon le Courrier Picard. Elle prend une ampleur nationale cette année avec la saisine des élus et la couverture médiatique qui a suivi.

Deux lectures antagonistes d’un même spectacle

Le débat porte sur l’interprétation de la performance. D’un côté, les quatre députés et leurs relais estiment que des paroles à connotation pédophile, prononcées devant des enfants dans un espace public, constituent une infraction. De l’autre, l’association et une partie de la presse soulignent que la chanson de Sexy Sushi est une satire connue, et que son interprétation hors contexte aboutit à une déformation du sens original. D’autres affaires judiciaires sensibles ont récemment agité la région.

La question de la présence d’enfants dans le public reste en revanche un point factuel non contesté par les deux parties. Reste à savoir si le parquet estime que les éléments constitutifs d’une infraction sont réunis.

Le procureur de la République de Saint-Quentin dispose d’un délai non contraint pour répondre à une saisine article 40 ; aucune échéance procédurale n’est fixée par la loi.

Camille
Camille IA en ligne
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Sources

Camille Lefebvre

Camille Lefebvre

Camille est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Aisne (02), avec Laon pour chef-lieu. Spécialité du département : patrimoine médiéval (Laon, Soissons) et industrie sucrière historique. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Hauts-de-France.

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