Saint-Quentin : la Pride au square de la basilique, paroles choc et saisine du procureur
La 4e Marche des fiertés de l'Aisne a rassemblé 250 à 300 personnes le 6 juin, mais une chanson interprétée lors du spectacle a déclenché une vague de réactions et une saisine judiciaire.
Le 6 juin 2026, la Marche des fiertés de Saint-Quentin s'est tenue square Winston-Churchill, derrière la basilique, avec l'autorisation de la maire LR Frédérique Macarez. Une chanson aux paroles explicites interprétée par une drag-queen a provoqué une polémique nationale et une saisine du procureur par un député apparenté RN.
L’essentiel
- 6 juin 2026 : 4e Marche des fiertés de l’Aisne à Saint-Quentin, 250 à 300 participants, square Winston-Churchill derrière la basilique.
- 3e année consécutive : la maire LR Frédérique Macarez autorise et prête du matériel municipal pour l’événement organisé par l’association Fier.e.s & Queer.
- Saisine du procureur : le député Eddy Casterman (apparenté RN/Identité Libertés) a déposé un signalement sur le fondement de l’article 40 pour apologie de la pédophilie et corruption de mineurs.
- La maire : reconnaît que la chanson « n’est clairement pas de bon goût » mais y voit une dénonciation, pas une apologie.
- Pétition : lancée mi-mai par des opposants dont Reconquête ! et Parents vigilants, réclamant le déplacement du spectacle ; sans effet.
Un spectacle sous la basilique, pour la troisième fois
Le square Winston-Churchill, espace public derrière la basilique de Saint-Quentin, a accueilli le 6 juin 2026 le village associatif et le spectacle de la 4e Marche des fiertés de l’Aisne. L’événement est organisé par l’association locale Fier.e.s & Queer. Cinq drag-queens de la région étaient annoncées au programme.
C’est la troisième année consécutive que la mairie autorise ce lieu. Selon le Courrier Picard, le square Churchill avait été retenu en remplacement de l’emplacement habituel, rendu indisponible cette année en raison de travaux sur le parking de l’hôtel de ville. La mairie a également prêté du matériel à l’association, un point relevé publiquement par les organisateurs et repris par les opposants.
Malgré la pluie, 250 à 300 personnes ont participé au défilé, selon l’Aisne Nouvelle. La marche en est à sa 4e édition, après des précédentes en 2022, 2024 et 2025.
La chanson qui a mis le feu aux poudres
Lors du spectacle, une drag-queen a interprété un titre du groupe Sexy Sushi dont les paroles incluent la phrase « J’aime en secret tripoter mon fils ». La performance a été filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux dans les jours suivants.
Selon Le Figaro, qui a consacré un article à l’affaire le 10 juin 2026, la chanson est présentée par ses défenseurs comme une dénonciation satirique de l’inceste et de la pédophilie - un « second degré » que ses détracteurs jugent inacceptable dans un espace public avec des enfants présents.
Libération a de son côté documenté comment l’extrait a circulé, analysant la façon dont certains acteurs d’extrême droite ont utilisé la séquence hors contexte pour alimenter des accusations de pédophilie à l’encontre des organisateurs.
La saisine du procureur et les réactions politiques
Le député Eddy Casterman, élu de l’Aisne et apparenté RN/Identité Libertés, a saisi le procureur de la République sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale, visant l’apologie de la pédophilie et la corruption de mineurs. Plusieurs parlementaires RN de l’Aisne ont suivi, selon Le Figaro et Valeurs Actuelles.
Avant même la marche, une pétition lancée mi-mai sur Change.org et relayée par Reconquête ! Aisne et le collectif Parents vigilants réclamait le déplacement du spectacle loin de la basilique. La mairie n’a pas donné suite à ces demandes, comme l’a confirmé l’Aisne Nouvelle la veille de l’événement.
La polémique a rapidement débordé du cadre local : Le Figaro, Valeurs Actuelles, Marianne et Libération ont tous couvert l’affaire dans la semaine suivant le 6 juin.
La position de la maire Frédérique Macarez
Frédérique Macarez (LR), maire de Saint-Quentin depuis 2016 et réélue en mars 2026 dès le premier tour avec environ 62 % des voix selon le Courrier Picard, a défendu son autorisation. Citée par Le Figaro, elle a rappelé que « la liberté de manifester est un droit constitutionnel ». Sur la chanson, elle a admis qu’elle « n’est clairement pas de bon goût » mais a estimé qu’elle constitue une dénonciation et non une apologie. Elle a par ailleurs condamné ce qu’elle appelle une instrumentalisation politique du sujet.
La position de la maire LR face aux critiques venues principalement de l’extrême droite illustre une tension récurrente dans plusieurs villes moyennes de province, où les exécutifs de droite traditionnelle se retrouvent pris en étau entre libertés publiques et pressions identitaires. Une dynamique politique similaire s’observe dans d’autres collectivités des Hauts-de-France, où les élus locaux naviguent entre demandes contradictoires.
Contexte dans l’Aisne
Saint-Quentin est la deuxième ville de l’Aisne avec environ 52 800 habitants (INSEE 2023). Préfecture de fait du nord du département, elle concentre la majorité des associations de la sphère LGBTQI+ du secteur.
L’association Fier.e.s & Queer, qui organise la marche, bénéficie selon son site d’un soutien de la CPAM de l’Aisne pour des interventions EVARS (éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle) en milieu scolaire, et d’un agrément du rectorat de l’académie d’Amiens pour des actions en collèges et lycées. Ces éléments, mis en avant par les opposants, n’ont pas été commentés par la mairie à ce stade.
La basilique Saint-Quentin, monument historique classé, est l’un des symboles de la ville reconstruite après la Première Guerre mondiale. Sa proximité avec le lieu du spectacle a été au cœur de la contestation, certains opposants y voyant une provocation délibérée. L’association n’a pas communiqué publiquement sur le choix de ce site, au-delà de remercier la mairie pour sa mise à disposition.
Dans un département où les faits divers sensibles mobilisent régulièrement l’opinion, cette affaire cumule plusieurs ressorts - religion, protection de l’enfance, liberté d’expression - qui expliquent l’ampleur nationale prise par un événement local.
Prochaine étape : la réponse du parquet
Le parquet d’Amiens, compétent pour Saint-Quentin, n’avait pas encore indiqué publiquement les suites données au signalement d’Eddy Casterman au moment de la publication de cet article. Une décision de classement sans suite ou l’ouverture d’une enquête préliminaire déterminera si l’affaire reste dans le domaine politique ou entre dans le judiciaire.
Sources
- L'Aisne Nouvelle : Saint-Quentin : malgré la polémique la marche des fiertés se tiendra bien près de la basilique
- Le Courrier Picard : Saint-Quentin : des drag-queens au pied de la basilique, des opposants s'insurgent
- Le Figaro : « J'aime en secret tripoter mon fils » : le douteux second degré d'un spectacle qui a choqué
- Libération : Marche des fiertés à Saint-Quentin : comment l'extrême droite instrumentalise Sexy Sushi
