La SEC place la régulation crypto au cœur de son agenda 2026
Paul S. Atkins dévoile un projet de règles favorables aux startups crypto, en rupture avec la politique de répression des années précédentes
Le président de la SEC américaine a publié le 7 juillet 2026 son agenda réglementaire pour l'année, plaçant la directive 'Regulation Crypto' en tête des priorités. Le texte prévoit des exemptions temporaires d'enregistrement et de nouvelles règles de garde des actifs numériques.
L’essentiel
- Fait 1 : Le 7 juillet 2026, le président de la SEC Paul S. Atkins a publié l’agenda réglementaire de l’agence pour 2026, selon SEC.gov
- Fait 2 : La directive ‘Regulation Crypto’ doit être proposée dès juillet 2026, selon CoinDesk et The Cryptonomist
- Fait 3 : Elle prévoit des exemptions d’enregistrement pour les levées de fonds crypto allant jusqu’à 5 millions de dollars
- Fait 4 : Un volet distinct encadre la garde des actifs et la responsabilité financière des courtiers-négociants, selon PYMNTS
- Fait 5 : Le projet ouvre aussi la voie à une intégration des crypto-actifs sur les bourses nationales et les systèmes de négociation alternatifs, selon Mitrade
L’agenda réglementaire de la SEC pour 2026, rendu public le 7 juillet par son président Paul S. Atkins, confirme ce que plusieurs observateurs du secteur anticipaient depuis des mois : la finance numérique devient une priorité affichée de l’agence, et non plus seulement un terrain de contentieux judiciaires. Selon SEC.gov, cette publication trace la feuille de route de l’année et intègre pour la première fois un chantier baptisé ‘Regulation Crypto’, dont la proposition formelle est attendue dès ce mois de juillet 2026.
Ce que prévoit la directive ‘Regulation Crypto’
Le texte, dont les grandes lignes ont été rapportées par CoinDesk, vise avant tout à clarifier les règles de l’offre et de la vente d’actifs numériques, un flou juridique dénoncé depuis des années par les acteurs du secteur. Concrètement, la SEC prévoit d’introduire des exemptions temporaires d’enregistrement pour les startups qui lèvent des fonds via des contrats d’investissement crypto, dans la limite de 5 millions de dollars. L’objectif affiché est de permettre à de jeunes projets de lever des capitaux sans se soumettre immédiatement aux obligations d’enregistrement classiques, jugées trop lourdes pour des structures naissantes.
Selon Bankless, le projet comprend également un mécanisme de ‘safe harbor’ destiné aux réseaux qui s’engagent dans un processus de décentralisation progressive. Ce dispositif offrirait une fenêtre de tolérance réglementaire aux équipes qui démontrent une trajectoire claire vers une gouvernance distribuée, un point qui avait déjà fait l’objet de discussions sous la précédente présidence de l’agence sans jamais aboutir à un texte définitif.
Garde des actifs et responsabilité des courtiers
Au-delà de l’émission de jetons, l’agenda de la SEC s’attaque à un autre volet sensible : la garde (custody) des actifs numériques. D’après PYMNTS, l’agence prévoit des amendements sur la responsabilité financière des courtiers-négociants (broker-dealers) qui manipulent des cryptomonnaies, ainsi que sur leurs obligations de tenue de registres. Ces règles concernent directement les plateformes et intermédiaires financiers qui souhaitent proposer des services liés aux actifs numériques sans s’exposer à des poursuites pour manquement aux obligations fiduciaires.
Le plan prévoit aussi, selon Mitrade, d’ouvrir la porte à une négociation des crypto-actifs sur les bourses nationales de valeurs et les systèmes de négociation alternatifs (ATS), deux infrastructures jusqu’ici largement fermées à ce type d’actifs aux États-Unis. Cette réforme de la structure de marché pourrait, si elle aboutit, rapprocher le traitement réglementaire des cryptomonnaies de celui des valeurs mobilières classiques.
Contexte : le blocage législatif au Congrès
Cette initiative de la SEC intervient dans un contexte particulier : les réformes législatives censées fixer un cadre pérenne pour la structure du marché crypto restent, elles, bloquées au Congrès américain, selon Bankless. Faute d’accord entre les deux chambres sur un texte de loi, c’est l’agence de régulation qui prend les devants par voie réglementaire, un choix qui lui confère un rôle central dans la définition des règles du jeu, au moins à court terme. Cette situation illustre un phénomène récurrent à Washington : quand le pouvoir législatif s’enlise, les agences fédérales avancent par leurs propres moyens, avec l’inconvénient que leurs décisions restent plus facilement réversibles qu’une loi votée par le Congrès.
Cointelegraph relève que la SEC cherche, par cette refonte, à rapatrier les produits et marchés d’actifs numériques sur le sol américain, tout en maintenant un objectif de protection des investisseurs. C’est ce double impératif, attirer l’activité économique sans sacrifier les garde-fous, qui structure l’ensemble du projet.
L’objectif politique affiché par l’administration Trump
Paul S. Atkins a explicitement relié ces initiatives à la volonté du président Donald Trump de faire des États-Unis la ‘capitale mondiale de la crypto’, selon TradingView. Cette ambition passe notamment par la promotion de la tokenisation d’actifs financiers sur le territoire américain, un axe que l’administration défend depuis son arrivée au pouvoir. La nomination d’Atkins à la tête de la SEC avait déjà été perçue par les acteurs du secteur comme un signal de rupture avec l’approche répressive privilégiée par le régulateur sous la présidence précédente, marquée par de multiples poursuites contre des plateformes d’échange et des émetteurs de jetons.
Ce changement de doctrine ne signifie pas pour autant une dérégulation totale : les textes évoqués dans l’agenda 2026 conservent des mécanismes de contrôle, notamment sur la garde des actifs et la responsabilité des intermédiaires financiers. Il s’agit plutôt d’un basculement méthodologique, de la sanction a posteriori vers un encadrement a priori, avec des règles écrites avant que les litiges ne surviennent.
La publication de l’agenda ne vaut pas adoption des textes. La procédure réglementaire américaine impose généralement une phase de consultation publique avant toute mise en œuvre définitive, ce qui laisse ouverte la question du calendrier précis d’entrée en vigueur de ‘Regulation Crypto’. Les prochaines semaines devraient permettre de savoir si la proposition formelle, promise pour juillet 2026, respecte ce délai.