Sécheresse en Seine-Maritime : restrictions agricoles et faune menacée après la canicule historique
Le département en vigilance sécheresse depuis le 4 juin subit un record de chaleur à 42°C. Les travaux agricoles sont interdits l'après-midi, l'élevage souffre et les centres de soins pour animaux sont saturés.
Le département de la Seine-Maritime est placé en vigilance sécheresse depuis le 4 juin. Le record de 42°C enregistré à Rouen le 25 juin aggrave la situation. Les travaux agricoles sont interdits de 13h à 18h. L'herbe manque dans les pâturages et les centres de soins pour animaux sauvages sont débordés.
L’essentiel
- 4 juin 2026 : l’ensemble de la Seine-Maritime est placé en vigilance sécheresse par arrêté préfectoral.
- 42 °C : record absolu de température pour un mois de juin enregistré à Rouen le 25 juin, durant la vigilance rouge canicule.
- Restrictions : les travaux agricoles de récolte et de pressage sont interdits de 13h à 18h pour limiter le risque d’incendie.
- Faune : le centre de sauvegarde CHENE, à Allouville-Bellefosse, fait face à un afflux d’animaux déshydratés.
Une canicule sans précédent
La Seine-Maritime sort à peine de l’épisode caniculaire le plus intense jamais enregistré pour un mois de juin. Le 25 juin, Météo-France a relevé 42 °C à Rouen, un record historique. Le département avait été placé en vigilance rouge canicule pendant plusieurs jours. Selon Météo-France, le déficit de précipitations efficaces depuis l’hiver et le printemps a empêché la recharge des nappes phréatiques, qui poursuivent leur vidange saisonnière. Les sols sont très secs, et les cours d’eau ont un débit affaibli.
Des restrictions agricoles inédites
Pour faire face au risque extrême d’incendies de récolte, le préfet Jean-Benoît Albertini a pris un arrêté interdisant les travaux agricoles de récolte et de pressage entre 13 heures et 18 heures. Les engins agricoles, susceptibles de provoquer des étincelles, sont ainsi écartés pendant les heures les plus chaudes. Cette mesure, en vigueur depuis le 26 juin, concerne l’ensemble du département. Les agriculteurs doivent réorganiser leurs journées de travail, souvent déjà perturbées par la sécheresse.
L’élevage bovin est particulièrement touché. Selon les Chambres d’agriculture de Normandie, la sécheresse de surface persistante ralentit fortement la pousse de l’herbe dans les prairies. Les éleveurs doivent puiser dans leurs réserves de fourrage, voire acheter du foin, alors que la période de pâturage bat son plein. La situation rappelle celle de 2022, mais avec une intensité accrue. Par ailleurs, les orages récents ont causé 22 interventions des pompiers, dont un blessé léger à Claville-Motteville, mais sans apporter de pluie significative pour les cultures.
La faune sauvage sous pression
La baisse des niveaux d’eau a des conséquences directes sur la biodiversité. Selon l’Office français de la biodiversité, les herbiers aquatiques, indispensables à la ponte et à la survie des poissons comme le brochet, sont détruits par l’assèchement des cours d’eau. La reproduction de nombreuses espèces d’eau douce est compromise.
Les centres de sauvegarde de la faune sauvage sont en première ligne. Le CHENE, à Allouville-Bellefosse, centre agréé par l’Agence Normande de la Biodiversité et du Développement Durable, fait face à un afflux massif d’animaux déshydratés : hérissons, oiseaux, chevreuils. Les bénévoles multiplient les soins d’urgence. La directrice du centre, interrogée par nos confrères, indique que les arrivées ont doublé par rapport à un mois de juin normal. Les points d’eau naturels se raréfient, et la sécheresse contraint les animaux à se rapprocher des habitations à la recherche de nourriture et d’eau.
Contexte dans le département
La Seine-Maritime, deuxième département le plus peuplé de Normandie avec environ 1,2 million d’habitants, est un territoire agricole important : grandes cultures (blé, lin, colza) dans les plaines du département et élevage laitier sur le plateau du Pays de Caux. L’agriculture représente une part significative de l’économie locale. La sécheresse actuelle y est d’autant plus préoccupante que le département n’est pas habituellement le plus sec de la région. Cependant, les épisodes de sécheresse se répètent : 2022, 2023, et maintenant 2026. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), les nappes phréatiques du département sont majoritairement en dessous des normales saisonnières, avec une tendance à la baisse accélérée depuis mai.
Le département connaît aussi des tensions sur la ressource en eau potable. Plusieurs communes ont déjà pris des arrêtés municipaux limitant l’arrosage des jardins et le remplissage des piscines. La préfecture pourrait renforcer les restrictions si la situation ne s’améliore pas dans les prochains jours.
Prochaine étape : des orages insuffisants
Météo-France prévoit un temps instable pour les premiers jours de juillet, avec des passages orageux localisés. Mais ces orages, souvent brefs et violents, ne permettront pas de recharger les sols en profondeur. Le déficit hydrique reste très marqué. La préfecture de la Seine-Maritime devrait réévaluer la situation en début de semaine prochaine. L’arrêté interdisant les travaux agricoles pourrait être prolongé. Les éleveurs et les centres de soins pour animaux attendent une véritable amélioration des conditions météorologiques, qui pourrait prendre plusieurs semaines.