Une semaine après un signalement sur la plateforme Pharos du ministère de l'Intérieur, le parquet de Melun a ouvert une enquête contre l'entreprise ObeyMe Dolls, basée à Savigny-le-Temple en Seine-et-Marne. Cette société, qui se présente comme le numéro un de la poupée sexuelle en France et en Europe, est soupçonnée de commercialiser des poupées à l'allure enfantine, un délit passible de cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.
L'essentiel
- Une enquête a été ouverte la semaine dernière par le parquet de Melun après un signalement Pharos visant l'entreprise ObeyMe Dolls de Savigny-le-Temple
- La haute-commissaire à l'Enfance Sarah El Haïry a saisi la justice, exigeant la transmission des noms des acheteurs aux autorités judiciaires
- L'association Mouv'enfants avait placé l'entreprise dans son viseur en début de semaine, après avoir déjà dénoncé une société française expatriée similaire
- La commercialisation de poupées sexuelles à l'apparence enfantine est passible de cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende selon le Code pénal
- Cette affaire intervient quelques semaines après l'ouverture d'une enquête similaire visant les plateformes Shein et AliExpress par le parquet de Paris
Le procureur de Melun Jean-Michel Bourlès a confirmé ce vendredi 28 novembre à l’AFP l’ouverture d’une enquête concernant une entreprise française commercialisant des poupées sexuelles à l’allure enfantine. L’investigation vise ObeyMe Dolls, société implantée à Savigny-le-Temple en Seine-et-Marne, après un signalement déposé la semaine dernière sur la plateforme Pharos, le portail du ministère de l’Intérieur dédié aux contenus illicites en ligne. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre les produits pédocriminels, quelques semaines après le scandale similaire impliquant les plateformes asiatiques Shein et AliExpress.
Une mobilisation des autorités contre les contenus pédocriminels
La haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry a rapidement saisi la justice après la révélation de cette affaire par Le Parisien. Son intervention marque une volonté politique ferme de ne tolérer aucune zone grise dans ce domaine. Dans une déclaration sans équivoque, elle affirme sa position :
« Qu’il s’agisse d’une plate-forme internationale comme Shein ou d’une entreprise française, ma position est la même: si des contenus ou des produits pédocriminels sont identifiés, les fournisseurs doivent transmettre le nom des acheteurs à la justice »
L’ancienne ministre ne mâche pas ses mots concernant la proximité géographique de cette entreprise avec les citoyens français :
« Aucune zone d’ombre ne sera tolérée, qui plus est quand le revendeur de ces horreurs peut être votre voisin, comme ici en Seine-et-Marne »
Cette déclaration souligne l’importance de traquer ces activités illégales, qu’elles émanent de géants du commerce international ou d’entreprises locales.
L’association Mouv’enfants à l’origine du signalement
Selon La République de Seine-et-Marne, l’association Mouv’enfants, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux enfants, avait déjà placé cette société dans son viseur en début de semaine. L’organisation avait notamment dénoncé l’existence d’une autre entreprise française expatriée, Dolls France, hébergée à Hong Kong et commercialisant des produits similaires. Cette mobilisation associative s’inscrit dans une vigilance accrue après la découverte début novembre de poupées pédopornographiques vendues sur plusieurs plateformes asiatiques.
Sur le site d’ObeyMe Dolls, qui se définit comme le « N°1 de la poupée sexuelle ‘sex doll’ et ‘love doll’ en France et en Europe », un message indique désormais que certaines références ont été retirées. L’entreprise justifie cette décision en expliquant :
« Cette décision fait suite à la problématique récente liée à la conformité des poupées, évoquée dans les médias, et vise à nous aligner strictement sur les exigences réglementaires »
Un cadre juridique strict mais des zones grises persistantes
La législation française est pourtant claire sur ce sujet. Selon le Code pénal, la diffusion de l’image ou la représentation d’un mineur présentant un caractère pornographique constitue un délit passible de cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. Ces poupées sexuelles réalistes, reproduisant l’apparence, la taille et les traits physiques d’enfants, tombent directement sous le coup de cette législation.
Le problème réside dans l’accessibilité de ces produits en ligne. Comme l’a souligné l’association Mouv’enfants dans son signalement concernant Dolls France, ces articles sont vendus sur Internet « sans contrôle d’âge » et livrables en France. L’expatriation de certaines entreprises françaises en Chine ou à Hong Kong leur permet de prospérer dans ce que l’association qualifie de « zone grise où l’argent circule librement, mais où la loi, elle, ne s’applique plus ».
Une affaire qui s’inscrit dans un scandale plus large
Cette enquête intervient quelques semaines après l’ouverture d’une investigation par le parquet de Paris concernant la vente de poupées sexuelles d’apparence enfantine sur les plateformes Shein et AliExpress. Le scandale avait éclaté début novembre, provoquant une onde de choc dans l’opinion publique et une mobilisation rapide des autorités judiciaires.
L’association Mouv’enfants a également saisi la répression des fraudes et alerté les autorités européennes ainsi que les plateformes de paiement, demandant le blocage immédiat des transactions liées à ces activités et l’interdiction de diffusion de ces contenus sur le territoire de l’Union européenne. Cette stratégie vise à assécher les sources de financement de ces commerces illicites en coupant les circuits de paiement.
Quelles conséquences pour l’entreprise seine-et-marnaise ?
L’enquête en cours devra déterminer si les produits commercialisés par ObeyMe Dolls constituent effectivement une infraction au regard de la législation sur la protection des mineurs. Les enquêteurs devront analyser les caractéristiques des poupées retirées du catalogue et vérifier si elles reproduisaient bien l’apparence d’enfants dans un contexte sexuel. La liste des acheteurs pourrait également être scrutée dans le cadre de l’investigation.
Cette affaire soulève des questions plus larges sur la régulation du commerce en ligne et la capacité des autorités à contrôler la vente de produits illicites sur Internet. Alors que les plateformes internationales font l’objet d’une attention croissante, cette enquête démontre que des entreprises françaises peuvent également être impliquées dans ce type d’activités. Reste à savoir si les mesures prises permettront d’éradiquer durablement ce commerce qui exploite l’image des enfants à des fins criminelles.
Sources
- BFM TV (28 novembre 2025)
- AFP (28 novembre 2025)
- Le Parisien (28 novembre 2025)
- La République de Seine-et-Marne (novembre 2025)