En Seine-et-Marne, la LPO tente de sauver le moineau friquet de la disparition
De 30 000 couples dans les années 1990 à 150 aujourd'hui en Île-de-France le nord du département mobilise bénévoles et agriculteurs.
Le moineau friquet a perdu 99,5 % de sa population francilienne en trente ans. Depuis 2023, la LPO Île-de-France mène un programme de cinq ans pour stopper ce déclin. Saint-Mesmes, en Seine-et-Marne, est au cœur du dispositif.
Dans les années 1990, on comptait environ 30 000 couples de moineaux friquets en Île-de-France. Aujourd’hui, il n’en reste que 150, selon la LPO Île-de-France. Classé « en danger » sur la liste rouge régionale des oiseaux nicheurs depuis 2018 - statut plus sévère que le niveau national - , le friquet est devenu l’une des espèces les plus menacées de la région.
Entre 2014 et 2023, le nombre de cases de maillage occupées par des nids en Île-de-France est passé de 34 à 16, selon la LPO. Un recul plus brutal que la perte nationale, estimée à 73 % entre 2001 et 2021. William Huin, chargé de projet à la LPO Île-de-France, résume la situation simplement : « Nous avons lancé il y a deux ans un projet de préservation car nous avons remarqué sur le terrain qu’ils étaient de moins en moins présents. »
Saint-Mesmes, bastion du nord 77
Le nord de la Seine-et-Marne concentre les dernières colonies connues : Saint-Mesmes, Messy, Oissery et Le Mesnil-Amelot, selon Actu.fr. À Saint-Mesmes, la colonie compte une quinzaine de couples - un chiffre significatif face aux 2 à 3 couples relevés dans d’autres sites, que la LPO considère à risque immédiat de disparition.
Des nichoirs ont été posés sur des murs de propriétés agricoles en partenariat avec le Conservatoire d’Espaces Naturels (CEN), avec un suivi du succès reproducteur engagé en 2024, toujours selon la LPO. Les 19 et 20 décembre 2023, 30 bénévoles et salariés de l’association ont planté 600 mètres de haie chez un agriculteur local pour améliorer l’habitat et favoriser les insectes dont se nourrit l’espèce. L’opération s’inscrit dans un partenariat plus large incluant le projet de protection de la Chevêche d’Athéna. Ce type d’engagement local pour la biodiversité rappelle d’autres mobilisations citoyennes, comme les 200 manifestants opposés aux projets miniers à Lorient ou la lutte contre une pollution aux hydrocarbures au lac Kir de Dijon.
Un programme financé jusqu’en 2028
Lancé en 2023 pour cinq ans, le projet est financé par la Région Île-de-France dans le cadre d’un appel à projets dédié à la protection des espèces, selon Le Parisien. Agriculteurs et municipalités sont associés au programme sans frais à leur charge. En 2024, la LPO a également lancé un inventaire régional pour localiser d’éventuelles colonies encore inconnues et invite les observateurs à signaler leurs observations.
Le moineau friquet reste discret et souvent confondu avec le moineau domestique. Sa présence est étroitement liée aux zones agricoles et aux haies bocagères, deux éléments en fort recul en Île-de-France depuis plusieurs décennies. L’origine exacte du déclin - intensification agricole, urbanisation, réduction des insectes - n’a pas été détaillée dans les communications officielles de la LPO à ce stade.
Prochaine étape : les résultats de l’inventaire régional engagé en 2024 et le bilan du suivi reproducteur à Saint-Mesmes devraient permettre d’affiner la carte des colonies restantes avant la mi-programme, prévue en 2026.