Sénégal : la dette publique multipliée par 9 en douze ans, Lazard appelé en renfort

Le pays fait face à un remboursement quotidien de 15 milliards FCFA en 2026 et a révélé plus de 13 milliards de dollars de dettes cachées sous l'ancien régime

Sénégal : la dette publique multipliée par 9 en douze ans, Lazard appelé en renfort
Illustration Awa Diallo / info.fr
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La dette publique du Sénégal est passée de 2 741 à 25 585 milliards FCFA entre 2012 et 2024, atteignant 128,6 % du PIB. La découverte de dettes non déclarées a entraîné la suspension d'un programme du FMI. Dakar négocie désormais avec la banque Lazard pour gérer ce fardeau.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • La dette publique sénégalaise est passée de 2 741 à 25 585 milliards FCFA entre 2012 et 2024, soit une multiplication par plus de 9.
  • Le remboursement quotidien atteint 15 milliards FCFA en 2026, pour un total annuel de 5 497 milliards.
  • Plus de 13 milliards de dollars de dettes non déclarées ont été révélées sous l'ancien régime, entraînant la suspension d'un programme du FMI de 1,8 milliard de dollars.
  • Le Sénégal a nommé la banque Lazard comme conseiller financier pour gérer sa dette, selon Reuters ce 16 juillet 2026.
  • La dette publique représente désormais 128,6 % du PIB, contre 81,8 % en 2019.
5 faits vérifiés 3 sources mis à jour le 16 juillet à 14:10

Le Sénégal traverse une crise de la dette publique d’une ampleur inédite. Selon le Bulletin statistique de la dette publique 2019-2024 publié par le ministère de l’Économie, l’endettement public est passé de 2 741 milliards de francs CFA en 2012 à 25 585 milliards fin 2024, soit une multiplication par plus de 9 en douze ans. Cette dette représente désormais 128,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre 81,8 % en 2019.

Le remboursement quotidien devrait atteindre 15 milliards FCFA en 2026, soit 5 497 milliards sur l’année, selon Senego. Une charge qui pèse lourdement sur les finances publiques du pays et contraint le nouveau gouvernement à une gestion de crise.

Plus de 13 milliards de dollars de dettes cachées révélées

Le nouveau gouvernement, arrivé au pouvoir après l’élection présidentielle de 2024, a révélé l’existence de dettes non déclarées dépassant 13 milliards de dollars, soit plus d’un quart du PIB. Ces engagements, dissimulés sous l’ancien régime de Macky Sall, ont été découverts lors d’un audit approfondi des finances publiques.

Cette révélation a eu des conséquences immédiates sur les relations avec les partenaires financiers internationaux. Le Fonds monétaire international (FMI) a suspendu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars suite à ces déclarations manquantes, selon CNBC Africa et TV5MONDE Info. Le FMI exige désormais une transparence totale avant d’envisager un nouveau dispositif de soutien.

La « dette cachée » a renchéri le service de la dette de 12 % en 2026, portant la charge annuelle à 5 500 milliards FCFA au lieu des 4 900 milliards initialement prévus, rapporte Sika Finance. Cette augmentation contraint davantage les marges budgétaires du pays pour les secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation ou les infrastructures.

Lazard nommé comme conseiller financier

Face à cette situation critique, le Sénégal a décidé de faire appel à la banque d’affaires Lazard pour l’accompagner dans la gestion de sa dette. L’information, rapportée par Bloomberg et confirmée par Reuters ce 16 juillet, marque une étape importante dans la stratégie de Dakar pour restructurer son endettement.

Lazard devra conseiller les autorités sénégalaises sur les options disponibles : négociation avec les créanciers, réaménagement des échéances, ou restructuration partielle. Le cabinet international interviendra également dans les discussions avec le FMI pour débloquer un nouveau programme de financement, indispensable à la stabilisation des comptes publics.

Selon Zonebourse et CNBC Africa, les investisseurs estiment qu’une restructuration de la dette souveraine devient de plus en plus difficile à éviter, malgré les démentis répétés du gouvernement sénégalais. Les marchés financiers scrutent de près les prochaines annonces de Dakar.

Un « mur de dette » entre 2026 et 2031

Le Sénégal fait face à un « mur de dette » avec d’importantes échéances concentrées sur les prochaines années. Des remboursements majeurs portent notamment sur des eurobonds émis dans les années 2010 et arrivant à échéance entre 2026 et 2031, selon allAfrica.com.

La dette extérieure représente 71 % de la dette de l’administration centrale à fin 2024, soit 16 894 milliards FCFA, d’après Pressafrik. Cette exposition importante aux créanciers internationaux et aux fluctuations des devises accroît la vulnérabilité financière du pays en cas de choc économique ou de dépréciation du franc CFA.

Les analystes s’inquiètent également du poids croissant des intérêts. Chaque année, une part croissante du budget national est consacrée au service de la dette plutôt qu’aux investissements productifs, fragilisant les perspectives de croissance à moyen terme.

Transparence et nouvelle gouvernance

Pour restaurer la confiance, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan a publié en juillet 2026 le Bulletin statistique de la dette publique 2019-2024, un document fiabilisé avec l’appui du cabinet international Forvis Mazars. Ce bulletin détaille l’évolution de l’endettement public sur cinq ans et vise à apporter une transparence totale sur les engagements financiers de l’État.

Une nouvelle Direction générale des financements et de la dette a été créée en juin 2026 pour centraliser la gestion de l’endettement public. Babacar Touré a été nommé à sa tête, selon RFI. Cette structure unique remplace plusieurs services dispersés et doit permettre un pilotage plus rigoureux des emprunts et des remboursements.

Les autorités sénégalaises insistent sur la nécessité de cette réforme institutionnelle pour éviter que les errements du passé ne se reproduisent. La nouvelle direction devra également superviser les négociations avec les bailleurs de fonds et coordonner les stratégies d’emprunt avec les orientations budgétaires du gouvernement.

Contexte dans la sous-région ouest-africaine

Le Sénégal n’est pas le seul pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) confronté à un endettement élevé. L’encours régional de la dette publique a augmenté significativement entre 2024 et 2025, plaçant plusieurs États membres sous pression financière.

Cependant, la situation sénégalaise est particulièrement préoccupante en raison de l’ampleur de la hausse sur une période courte et de la découverte tardive de dettes cachées. Le pays, considéré pendant longtemps comme l’un des plus stables de la zone franc, voit sa note de crédit dégradée et ses coûts d’emprunt augmenter sur les marchés internationaux.

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) surveille de près l’évolution de la dette sénégalaise, qui pourrait avoir des répercussions sur la stabilité monétaire régionale si elle devait nécessiter un soutien d’urgence. La capacité du Sénégal à honorer ses engagements sans aide extérieure massive reste une question ouverte.

Enjeux pour la France et les investisseurs européens

La crise de la dette sénégalaise concerne directement la France, principal partenaire commercial et historique du pays. Les entreprises françaises sont fortement implantées à Dakar, notamment dans les secteurs des télécommunications, de l’énergie et des infrastructures. Une restructuration de la dette pourrait affecter leurs activités et leurs contrats avec l’État.

L’Agence française de développement (AFD) figure parmi les créanciers bilatéraux du Sénégal. Paris suit de près les négociations avec le FMI et pourrait être sollicité pour participer à un éventuel plan de soutien coordonné au niveau international.

Les investisseurs européens détiennent par ailleurs une part significative des eurobonds sénégalais. Une restructuration impliquerait des négociations complexes sur les modalités de remboursement, avec des conséquences potentielles pour d’autres émetteurs africains cherchant à lever des fonds sur les marchés européens.

Prochaines étapes

Le gouvernement sénégalais négocie actuellement un nouveau programme avec le FMI, condition indispensable pour débloquer des financements multilatéraux et rassurer les marchés. Les discussions portent sur les réformes budgétaires à mettre en œuvre et les engagements de transparence à respecter.

Lazard devrait remettre ses premières recommandations dans les semaines à venir. Les autorités sénégalaises devront alors trancher entre plusieurs scénarios, chacun impliquant des arbitrages difficiles entre rigueur budgétaire, maintien des services publics et préservation de la croissance économique.

Awa
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Sources

Awa Diallo

Awa Diallo

Awa Diallo est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondante à Dakar. basée sur place, Elle couvre l'actualité de le Senegal pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Elle pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,…

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