Sénégal : reprise des permis pétroliers après huit ans de gel
Le ministre Abdourahmane Diouf met fin au moratoire de 2017 et oriente la stratégie vers le contenu local avec un objectif de 50 % d'ici 2030
Le ministre sénégalais de l'Énergie Abdourahmane Diouf a annoncé ce 22 juillet la relance de l'attribution de permis pétroliers, gelée depuis 2017. La priorité est donnée au secteur privé national, avec un objectif de 50 % de contenu local d'ici 2030.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le ministre Abdourahmane Diouf annonce le 22 juillet 2026 la reprise de l'attribution de permis pétroliers, gelée depuis 2017
- L'objectif fixé est d'atteindre 50 % de contenu local dans les hydrocarbures d'ici 2030, conformément à la loi de 2019
- Les projets Sangomar (pétrole) et Grand Tortue Ahmeyim (gaz) sont déjà en production depuis 2023
- Le financement des entreprises locales est identifié comme le principal obstacle par le gouvernement
Le Sénégal tourne une page de huit ans. Le 22 juillet, le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines Abdourahmane Diouf a officialisé la reprise de l’attribution de nouveaux permis pétroliers, suspendue depuis 2017. Une décision stratégique qui marque un tournant dans la gestion des ressources énergétiques du pays, alors que les premiers projets offshore entrent en production.
Un vide juridique de huit ans
Depuis 2017, aucun nouveau permis d’exploration n’avait été délivré. Le ministre a évoqué un « vide absolu » dans les contrats de partage de production, selon Dakaractu. Cette suspension de fait a figé le secteur pendant que les projets déjà attribués, comme Sangomar (pétrole) et Grand Tortue Ahmeyim (gaz, partagé avec la Mauritanie), avançaient vers leur phase d’exploitation.
L’annonce du 22 juillet met fin à cette parenthèse et ouvre une nouvelle phase d’exploration, avec une orientation clairement affichée : privilégier les acteurs nationaux.
Le contenu local au cœur de la stratégie
La nouvelle politique s’appuie sur la loi de 2019 relative au contenu local dans le secteur des hydrocarbures. L’objectif fixé par le gouvernement est d’atteindre 50 % de contenu local d’ici 2030, selon la RTS. Concrètement, cela signifie réserver une part croissante des contrats, emplois et sous-traitance aux entreprises et travailleurs sénégalais.
Abdourahmane Diouf a précisé que les investisseurs internationaux restent les bienvenus, mais idéalement via des joint-ventures avec des acteurs locaux, rapporte Dakaractu. Petrosen, la compagnie nationale, est appelée à jouer un rôle central dans les futurs contrats.
Le défi du financement
Le principal obstacle identifié par le ministre reste le financement des entreprises locales. Selon l’APS, le gouvernement encourage un rapprochement entre les banques sénégalaises et les entrepreneurs nationaux pour lever ce verrou. Sans accès au crédit, les PME et ETI locales ne pourront rivaliser avec les majors étrangères sur des appels d’offres pétroliers, qui exigent des capacités financières et techniques lourdes.
Aucun calendrier précis d’appels d’offres n’a été divulgué à ce stade, selon Africtelegraph. Les modalités pratiques - critères de sélection, zones ouvertes, conditions de partenariat - restent à détailler.
Contexte au Sénégal
Le Sénégal compte environ 19 millions d’habitants et connaît depuis 2023 une transformation rapide de son économie avec l’entrée en production de ses premiers gisements offshore. Le projet Sangomar, situé à une centaine de kilomètres au large de Dakar, a démarré et le projet Sangomar a une capacité de 100 000 barils par jour. Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, alimente quant à lui le marché du gaz naturel liquéfié.
Ces deux projets, attribués avant le gel de 2017, ont été portés par des consortiums internationaux (Woodside Energy pour Sangomar, BP pour Grand Tortue). La nouvelle politique vise à éviter que les prochaines vagues d’exploration ne reproduisent ce schéma, en imposant une participation locale dès l’attribution des permis.
Ce que cela change vu de France
Pour les compagnies françaises présentes en Afrique de l’Ouest, notamment TotalEnergies, cette réorientation impose une adaptation. Les futurs appels d’offres sénégalais exigeront des partenariats locaux solides, là où les majors ont historiquement opéré en solo ou avec des consortiums internationaux. La loi sur le contenu local de 2019 est surveillée de près par les investisseurs européens, qui y voient un modèle potentiellement duplicable dans d’autres États producteurs de la région.
Le Sénégal rejoint ainsi le Nigeria, l’Angola ou le Ghana dans une tendance régionale : celle de reprendre la main sur la valorisation de ses ressources naturelles, après des décennies de contrats jugés trop favorables aux acteurs étrangers.
La mise en œuvre concrète de cette politique, et notamment la capacité des entreprises sénégalaises à se positionner sur des projets d’envergure, dira si cette ambition de souveraineté économique peut se traduire dans les faits.