Sénégal : la rupture entre Faye et Sonko tourne à la scission politique

Après le limogeage de Sonko, le président Faye crée son propre parti, provoquant purges et appels au ralliement sur fond de crise de la dette

Sénégal : la rupture entre Faye et Sonko tourne à la scission politique
Illustration Awa Diallo / info.fr

Depuis le départ d'Ousmane Sonko de la primature en mai 2026, le pouvoir sénégalais se fracture. Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé la création de son propre parti début juillet, entraînant purges au PASTEF et appels publics au ralliement.

L’essentiel

  • Fait 1 : Le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a démis Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre.
  • Fait 2 : Le 4 juillet 2026, Faye a annoncé la création de son propre parti, actant sa rupture avec le PASTEF.
  • Fait 3 : Le 5 juillet 2026, Fatou Kiné Diakhaté a été démise de ses fonctions de coordonnatrice du MONCAP, avant d’appeler le 7 juillet à rejoindre le futur parti présidentiel.
  • Fait 4 : Le FMI évalue la dette publique sénégalaise à environ 132 % du PIB, avec des les discussions devaient aboutir avant le 15 juillet 2026.
  • Fait 5 : Le secteur privé sénégalais évoque plus de 300 milliards de FCFA d’arriérés de paiement de l’État.

Une rupture actée en plein cœur de l’été

Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko le 22 mai 2026, le pouvoir sénégalais traverse sa crise politique la plus sérieuse depuis l’arrivée aux affaires de Bassirou Diomaye Faye. Le président a franchi une nouvelle étape le 4 juillet en annonçant la création de son propre parti, selon Africanews. Une décision qui acte, dans les faits, la rupture avec le PASTEF, le mouvement dont il était jusque-là l’un des visages, aux côtés de son ancien Premier ministre.

Trois jours plus tard, le 7 juillet, l’affaire prend un tour plus personnel. Fatou Kiné Diakhaté, directrice de cabinet adjointe à la présidence, publie un appel officiel invitant les militants déçus à rejoindre le futur parti du chef de l’État, rapporte La Vie Sénégalaise. Dans son texte, elle cite Frantz Fanon, référence commune à toute une génération de militants panafricanistes, pour dénoncer ce qu’elle appelle une dérive du PASTEF vers le « messianisme », loin selon elle de l’esprit patriotique des origines, selon des propos relayés par Senego.

Une proche du président sacrifiée deux jours plus tôt

L’appel de Fatou Kiné Diakhaté n’a rien d’un cri d’alarme spontané. Le 5 juillet, soit deux jours avant sa prise de parole publique, elle avait été démise de ses fonctions de coordonnatrice du Mouvement National des Cadres Patriotes, la structure des cadres du PASTEF, précise PressAfrik. Sa sortie du 7 juillet ressemble donc à la suite logique d’une mise à l’écart plutôt qu’à un simple coup de communication. Elle illustre un mécanisme désormais visible au sommet de l’État : les fidèles du président Faye quittent, ou sont poussés à quitter, les instances du parti fondé par Ousmane Sonko, avant de se retrouver ailleurs, dans une structure encore en gestation.

Sur X, plusieurs comptes suivent la séquence de près. Le compte @LoAboutalib a ainsi commenté, le 7 juillet, l’absence de débat public sur la dette et la faible activité ministérielle depuis le départ de Sonko :

Une colère qui dépasse le seul duel Faye-Sonko

Le compte @Rassoul__ly a de son côté relayé l’appel de Fatou Kiné Diakhaté, amplifiant sur les réseaux un débat qui, jusqu’ici, restait feutré dans les cercles militants :

Ce que ces échanges mettent en lumière, au-delà du seul cas Diakhaté, c’est une impatience plus large. Depuis mai, les critiques portent sur le peu de communication gouvernementale autour de la trajectoire budgétaire du pays, alors même que le dossier de la dette s’annonce comme le plus sensible du mandat de Bassirou Diomaye Faye.

Contexte politique et économique au Sénégal

Cette crise s’inscrit dans une histoire politique récente marquée par l’alliance, puis la rupture, entre deux figures qui avaient fait campagne ensemble : Bassirou Diomaye Faye, devenu président, et Ousmane Sonko, nommé Premier ministre et resté à la tête du PASTEF. Le limogeage de Sonko en mai 2026, confirmé par Africa24, avait déjà signalé une divergence de fond entre les deux hommes. La création, un peu plus d’un mois plus tard, d’un parti présidentiel distinct transforme cette divergence en scission organisée au sein même de la coalition au pouvoir.

Pour un lecteur français, la situation rappelle les recompositions que peuvent connaître certaines coalitions électorales une fois arrivées au pouvoir : l’alliance de campagne ne survit pas toujours à l’exercice du pouvoir. Le Sénégal reste un partenaire économique et diplomatique historique de la France en Afrique de l’Ouest, et membre de la zone franc CFA. Cette instabilité politique se double d’une question budgétaire suivie de près par les créanciers internationaux, à un moment où plusieurs pays de la région sont déjà confrontés à des tensions sur leur dette souveraine.

La dette, urgence numéro un pour Dakar

Sur le fond, l’enjeu qui cristallise les critiques dépasse les querelles de personnes. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, mène depuis plusieurs semaines des discussions avec le Fonds monétaire international, qui doivent aboutir avant le 15 juillet 2026 pour établir la viabilité de la trajectoire de la dette sénégalaise, selon Dakaractu. Le FMI évalue cette dette publique à près de 132 % du PIB, un niveau qui nourrit des craintes de restructuration, voire de crise de liquidité, rapporte Financial Afrik.

Le secteur privé sénégalais, de son côté, a alerté sur plus de 300 milliards de FCFA d’arriérés de paiement de l’État, une somme qui pèse directement sur la trésorerie des entreprises locales. Le 5 juillet, la direction générale du budget a commencé à notifier aux ministères sectoriels leurs enveloppes indicatives, signe qu’un arbitrage budgétaire est en cours en interne, précise Dakaractu. Les raisons précises de ce retard d’arbitrage n’ont pas été détaillées publiquement à ce stade.

Prochaine étape

Les discussions entre Dakar et le FMI doivent se conclure avant le 15 juillet 2026. C’est à cette échéance que l’on saura si le gouvernement sénégalais obtient le feu vert nécessaire pour rassurer ses créanciers, dans un climat politique déjà tendu par la naissance du nouveau parti présidentiel.

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Sources

Awa Diallo

Awa Diallo

Awa Diallo est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondante à Dakar. basée sur place, Elle couvre l'actualité de le Senegal pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Elle pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,...

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