Séquestration pour cryptomonnaies en Sarthe : 40 minutes de terreur pour une famille

Un couple et leurs enfants ont été pris en otage à La Chapelle-Saint-Aubin par des agresseurs cherchant à extorquer des codes d'accès à des actifs numériques

Séquestration pour cryptomonnaies en Sarthe : 40 minutes de terreur pour une famille
Quartier résidentiel français avec présence policière discrète en arrière-plan Nathalie Rousselin / INFO.FR (img2img)

Une nouvelle famille a été victime d'une séquestration liée aux cryptomonnaies à La Chapelle-Saint-Aubin, dans la Sarthe. Pendant 40 minutes, un couple et leurs enfants ont été retenus en otage par des malfaiteurs déterminés à obtenir les codes d'accès à leurs actifs numériques. Cette affaire s'inscrit dans une série inquiétante d'agressions similaires qui ciblent les détenteurs de cryptomonnaies en France depuis plusieurs mois.

L'essentiel

  • Une famille séquestrée pendant 40 minutes à La Chapelle-Saint-Aubin pour extorquer des codes d'accès à des cryptomonnaies
  • Au moins trois affaires similaires recensées en France depuis mai 2025, de la Normandie à la Côte d'Azur
  • À Verneuil-sur-Seine le 9 janvier 2026, trois agresseurs ont ciblé une famille dont le père travaille dans les cryptomonnaies
  • Dans le Calvados, une séquestration avec actes de torture a conduit à l'arrestation de quatre suspects le 29 juillet 2025
  • Six personnes dont trois mineurs mis en examen à Grasse pour une séquestration ayant causé 100 000 euros de préjudice

Quarante minutes d’angoisse. C’est le temps qu’a duré la séquestration d’une famille à La Chapelle-Saint-Aubin, dans la Sarthe, victime d’un homejacking ciblé visant leurs cryptomonnaies. Les agresseurs, parfaitement renseignés sur les activités de leurs victimes, ont fait irruption au domicile familial avec un objectif précis : extorquer les codes d’accès aux portefeuilles numériques. Cette attaque révèle une tendance criminelle en pleine expansion sur le territoire français, où les détenteurs de cryptoactifs deviennent des cibles privilégiées.

Une méthode criminelle qui se répand en France

L’affaire de La Chapelle-Saint-Aubin n’est pas un cas isolé. Selon Actu.fr, une famille de Verneuil-sur-Seine, dans les Yvelines, a subi une agression similaire le vendredi 9 janvier 2026 en fin d’après-midi. Trois malfaiteurs ont séquestré quatre personnes à leur domicile, ciblant spécifiquement le père qui travaille dans le secteur des cryptomonnaies.

« L’objectif était de récupérer des fonds tenus sur différents comptes, explique une source proche de l’enquête. Les malfaiteurs souhaitaient obtenir les codes d’accès », révèle l’enquête menée dans les Yvelines. Le trio a ligoté toute la famille avant de prendre la fuite, laissant les victimes traumatisées mais capables de se libérer et d’alerter les autorités en se réfugiant chez un voisin.

Des violences d’une gravité croissante

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Si la séquestration sarthoise a duré 40 minutes, d’autres affaires récentes témoignent d’une escalade dans la violence. Selon France 3 Régions, une famille des Moutiers-en-Cinglais, dans le Calvados, a vécu un véritable calvaire dans la nuit du 16 au 17 mai 2025. Me Aline Lemaire, avocate de la famille, décrit une scène d’horreur : « Ils ont été réveillés pour être isolés dans une pièce, bâillonnés, ligotés et ils ont subi pendant plusieurs heures des violences particulièrement graves. »

Dans cette affaire normande, les agresseurs recherchaient un coffre-fort censé contenir 300 000 euros en espèces. Face à l’impossibilité pour les victimes de satisfaire leurs exigences, les malfaiteurs ont commis des actes de torture, allant jusqu’à sectionner un doigt de la mère de famille. Quatre hommes originaires de région parisienne ont été arrêtés le 29 juillet 2025 et mis en examen pour séquestration et actes de torture en bande organisée.

Un phénomène qui touche toute la France

La géographie de ces crimes dessine une carte inquiétante. Selon Nice-Matin, une famille avec trois enfants a été séquestrée à Grasse, sur la Côte d’Azur, le 4 septembre 2025. Peu après 23 heures, quatre individus aux visages dissimulés ont fait irruption dans une villa de l’est de la commune, armés d’une arme de poing et d’un couteau. Le préjudice a été estimé à plus de 100 000 euros en produits de luxe dérobés.

« La Division de la criminalité territoriale du Service interdépartemental de police judiciaire a rapidement identifié les personnes en cause, les liens constitués et la répartition des rôles de chacun », précise le parquet de Grasse dans son communiqué.

Six personnes, dont trois mineurs de 17 ans, ont été mises en examen pour « vol avec arme en bande organisée, séquestration et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime en bande organisée ». Toutes ont été placées en détention provisoire, révélant l’implication d’individus déjà connus pour des faits de trafic de stupéfiants.

Les cryptomonnaies, une cible de choix pour les criminels

La multiplication de ces agressions s’explique par la nature même des cryptomonnaies. Contrairement aux comptes bancaires traditionnels, les portefeuilles numériques peuvent contenir des sommes considérables accessibles uniquement par des codes privés. Une fois ces codes obtenus sous la contrainte, les transferts sont quasi instantanés et difficilement traçables, offrant aux malfaiteurs une opportunité de gain rapide.

Les forces de l’ordre constatent une professionnalisation croissante de ces réseaux criminels. Les agresseurs disposent souvent d’informations précises sur leurs victimes : activité professionnelle dans la blockchain, transactions importantes repérées sur les réseaux sociaux, ou encore participation à des événements liés aux cryptoactifs. Cette collecte de renseignements préalable transforme ces agressions en opérations ciblées et planifiées.

Un traumatisme durable pour les victimes

Au-delà du préjudice financier, les conséquences psychologiques restent profondes. Me Aline Lemaire, qui défend la famille normande, témoigne de l’état de ses clients plusieurs mois après les faits : « Ils sont traumatisés, ils vivent dans un stress permanent compte tenu de cette nuit d’horreur dont ils ont été victimes. Ils se demandent toujours pourquoi ils ont été la cible de cette agression. »

Les victimes de La Chapelle-Saint-Aubin, bien que leur séquestration ait été plus brève, devront également composer avec ce traumatisme. Les enquêteurs s’interrogent désormais sur l’existence d’un réseau structuré qui ciblerait méthodiquement les détenteurs de cryptomonnaies à travers le territoire. Les similitudes entre ces affaires – mode opératoire, durée des séquestrations, violence employée – suggèrent une possible coordination ou une circulation d’informations entre différents groupes criminels. Cette vague d’agressions pose une question cruciale : comment protéger efficacement les détenteurs de cryptoactifs sans compromettre le principe même de décentralisation qui fait l’essence de ces technologies ?

Sources

  • Actu.fr (9 janvier 2026)
  • France 3 Régions (30 octobre 2025)
  • Nice-Matin (1er décembre 2025)
  • TF1 Info (12 février 2025)
  • Le Parisien (1er août 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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