Serqueux : la démolition de l’église Saint-Martin a commencé, le maire défend « le choix de la raison »
Les pelleteuses sont entrées en action le 16 juin. Le maire Thomas Hermand justifie une décision prise après consultation citoyenne face à un coût de rénovation de 950 000 euros.
Les travaux de démolition de l'église Saint-Martin de Serqueux ont débuté le 16 juin. Le maire de la commune, Thomas Hermand, répond aux critiques en rappelant une consultation citoyenne favorable et l'absence de financement pour une réhabilitation jugée trop coûteuse.
L’essentiel
- Démolition lancée le 16 juin 2026 à Serqueux (Seine-Maritime).
- Coût de réhabilitation estimé à 950 000 € HT, sans subventions obtenues.
- Consultation citoyenne en novembre 2022 : 221 voix pour la démolition, 30 contre.
- L’église labellisée Architecture Contemporaine Remarquable, fermée depuis 2015.
- Une pétition en ligne lancée en mai 2026 pour tenter de sauver l’édifice.
Les engins de chantier ont investi le parvis de l’église Saint-Martin de Serqueux. Depuis le 16 juin, la démolition de l’édifice, fermé au public depuis 2015 et désacralisé en 2020, est en cours. Une décision que le maire, Thomas Hermand, assume pleinement, malgré les protestations de défenseurs du patrimoine.
Ce qui s’est passé
Conçue par l’architecte Michel Percheron et inaugurée en 1959, l’église Saint-Martin se distinguait par sa voûte parabolique en fusées céramiques. Elle avait reçu le label Architecture Contemporaine Remarquable, reconnaissant l’intérêt patrimonial de son architecture moderniste. Mais les infiltrations d’eau et les désordres structurels ont conduit à son interdiction au public en 2015. En février 2016, le clocher avait déjà été démonté en urgence pour sécuriser une maison médicale voisine. L’édifice a été désacralisé en 2020.
Selon la commune, la réhabilitation complète était estimée à 950 000 euros hors taxes. Aucun financement n’a pu être obtenu, ni de la Mission Bern, ni de la Fondation du patrimoine, ni de l’État. « Nous avons frappé à toutes les portes, explique Thomas Hermand au micro de Seven Radio. Sans subventions, une commune de 1 000 habitants ne peut pas assumer une telle dépense. »
Une décision validée par la consultation citoyenne
Pour justifier son choix, le maire s’appuie sur une consultation citoyenne organisée en novembre 2022. Sur 251 votants, 221 se sont prononcés en faveur de la démolition, contre 30 pour la conservation. Un résultat sans ambiguïté, selon Thomas Hermand, qui parle d’un « choix de la raison ».
La mairie souligne également que le bâtiment, inutilisable depuis onze ans, ne bénéficiait d’aucun projet de réaffectation. « Ce n’est pas un geste irréfléchi, se défend l’élu. L’église était vide, dangereuse et sans avenir. Avec les moyens de la commune, nous préférons concentrer nos efforts sur d’autres équipements publics. »
Une pétition et des défenseurs du patrimoine
En mai 2026, une pétition en ligne a été lancée sur Change.org pour tenter de stopper la démolition. Ses signataires dénoncent la disparition d’un témoin rare de l’architecture religieuse moderniste en Normandie. « Détruire un édifice labellisé Architecture Contemporaine Remarquable, c’est un signal inquiétant pour la protection du patrimoine du XXe siècle », peut-on lire dans le texte de la pétition.
L’association Observatoire du Patrimoine Religieux a également réagi, publiant sur X : « En Seine-Maritime, les pelleteuses effacent 70 ans d’histoire en détruisant l’église de Serqueux. »
Interrogé par France 3 Normandie, le maire a répondu aux critiques en rappelant l’impasse financière : « Nous avons tout essayé. La Mission Bern nous a répondu que le dossier n’était pas prioritaire. La Fondation du patrimoine nous a indiqué qu’elle ne pouvait pas abonder sans cofinancement public. »
Contexte dans la Seine-Maritime
La Seine-Maritime compte de nombreuses églises rurales en péril. Avec 1 200 édifices religieux sur son territoire, le département fait face à un défi de taille pour leur entretien. La commune de Serqueux, située dans le pays de Bray, ne dispose que d’un budget annuel d’environ 1,5 million d’euros. Le coût de rénovation de l’église représentait près des deux tiers de ses dépenses d’investissement annuelles, une somme jugée insoutenable par la municipalité.
Ce cas illustre les difficultés rencontrées par les petites communes pour préserver un patrimoine religieux souvent surdimensionné par rapport à la démographie actuelle. Plusieurs églises ont déjà été vendues ou transformées dans le département, mais la destruction d’un édifice labellisé reste rare.
Prochaine étape
Le chantier de démolition doit s’étaler sur plusieurs semaines. La mairie prévoit de végétaliser le terrain libéré pour en faire un espace de respiration paysager. Aucun projet de construction n’est à l’ordre du jour. La dalle de béton et les fondations seront conservées pour éviter des coûts d’excavation supplémentaires.