Sponsoring Altrad et XV de France : le fisc réclame 331 millions, enquête du PNF
Mediapart révèle un montage offshore à Dubaï impliquant le sponsor maillot du XV de France. Le fisc réclame 331 millions d'euros au groupe Altrad, dont le siège est à Montpellier. Le Parquet national financier enquête.
Le Parquet national financier enquête sur le groupe Altrad, sponsor maillot du XV de France, pour fraude fiscale aggravée et blanchiment. Le fisc réclame 331 millions d'euros à l'industriel montpelliérain, soupçonné d'un montage offshore à Dubaï. Une perquisition a eu lieu en juin 2026.
L’essentiel
- Fait 1 : Le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire pour fraude fiscale aggravée et blanchiment en bande organisée visant le groupe Altrad.
- Fait 2 : L’administration fiscale réclame 331 millions d’euros d’arriérés au géant du BTP, sponsor maillot du XV de France depuis 2018.
- Fait 3 : Une cinquantaine d’enquêteurs ont perquisitionné le siège social du groupe à Montpellier en juin 2026.
- Fait 4 : Les fonds du sponsoring de la FFR seraient liés à un montage offshore via Dubaï mis en place entre 2018 et 2024.
- Fait 5 : Mohed Altrad, patron du groupe, a déjà été condamné en décembre 2022 pour corruption active et trafic d’influence dans l’affaire Laporte-Altrad.
Ce que révèle Mediapart
Les révélations de Mediapart jettent une lumière crue sur les finances du sponsor officiel du XV de France. Selon le journal d’investigation, le groupe Altrad est visé par une enquête du Parquet national financier (PNF) pour fraude fiscale aggravée et blanchiment en bande organisée. L’administration fiscale française réclame au géant du BTP la somme de 331 millions d’euros, correspondant à des arriérés d’impôts sur la période 2018-2024. Le préjudice total potentiel est estimé entre 350 et 400 millions d’euros, selon une source interne au groupe citée par nos confrères.
Un montage offshore à Dubaï
Au cœur des soupçons : un système complexe de montage offshore piloté depuis un hub à Dubaï. Les enquêteurs estiment que le groupe aurait artificiellement transféré une partie de ses bénéfices vers des entités situées aux Émirats arabes unis afin d’échapper à l’impôt sur les sociétés en France. L’enquête pénale a été déclenchée après une plainte de l’administration fiscale déposée à la mi-avril 2026. Le PNF a immédiatement ouvert une enquête préliminaire, confiée à la brigade financière.
En juin 2026, une cinquantaine d’enquêteurs ont perquisitionné le siège social du groupe Altrad, situé à Montpellier. Les investigations portent notamment sur les flux financiers entre la maison mère française et les filiales offshore. Selon le PNF, les perquisitions ont permis de saisir de nombreux documents comptables et supports informatiques.
Le lien avec le sponsoring du XV de France
L’affaire prend une dimension particulière pour le monde du rugby : Altrad est le sponsor maillot du XV de France depuis 2018, avec un contrat prolongé jusqu’en juin 2027. Selon Mediapart, les enquêteurs soupçonnent que les fonds ayant servi à financer ce partenariat avec la Fédération française de rugby (FFR) proviennent en partie du montage offshore. Une information que ni la FFR ni Altrad n’ont commentée pour l’instant.
Interrogé par Mediapart, Me Christophe Ingrain, avocat du groupe Altrad, a tenu à relativiser la portée de l’enquête. Il affirme qu’elle est liée à un contentieux fiscal ancien et que le groupe collabore pleinement avec les autorités. « Altrad conteste formellement tout montage frauduleux et entend démontrer sa bonne foi », a-t-il déclaré.
Contexte dans l’Hérault
Le groupe Altrad est l’un des fleurons industriels de l’Hérault et de la région Montpellier. Fondé en 1985, il compte aujourd’hui plus de 60 000 salariés dans le monde, dont environ 3 000 dans le département. Son siège social, situé dans la zone d’activités de la Pompignane à Montpellier, emploie près de 500 personnes. L’entreprise est un acteur majeur du BTP local et régional, et son image est étroitement liée au territoire. Cette nouvelle affaire judiciaire intervient après la précédente condamnation de son fondateur, Mohed Altrad, qui avait déjà terni sa réputation.
Un précédent judiciaire
Ce n’est pas la première fois que Mohed Altrad est dans le viseur de la justice. En décembre 2022, le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamné à 18 mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour corruption active et trafic d’influence dans le cadre de l’affaire dite Laporte-Altrad. Cette affaire, qui avait éclaboussé la FFR, concernait des avantages accordés à Bernard Laporte, alors président de la Fédération, en échange de faveurs pour le groupe Altrad, notamment le sponsoring du XV de France.
Aujourd’hui, la nouvelle enquête relance les questions sur l’origine et la régularité des contrats liant le groupe au rugby français. La FFR n’a pas encore réagi publiquement. Le contrat de sponsoring actuel court jusqu’en 2027, mais l’affaire pourrait pousser la fédération à revoir ses engagements.
Prochaine étape
L’enquête préliminaire du PNF se poursuit. Les juges d’instruction pourraient être saisis prochainement si les éléments recueillis le justifient. Le groupe Altrad devra répondre des accusations devant la justice, tandis que l’administration fiscale attend le paiement des 331 millions d’euros réclamés. Une affaire à suivre de près, tant pour le rugby que pour l’économie locale de l’Hérault.