Tandem Educadis : un éducateur condamné, une affaire qui dépasse le tribunal

Un éducateur sans diplôme reconnu coupable de violences sur un enfant de 8 ans, révélant des failles profondes dans la protection de l'enfance dans les Deux-Sèvres.

Tandem Educadis : un éducateur condamné, une affaire qui dépasse le tribunal
Illustration Agnès Poirier / info.fr

Le 14 avril 2026, le tribunal correctionnel de Niort a condamné un éducateur de Tandem Educadis pour violences sur un mineur de 8 ans. Cette nouvelle audience judiciaire s'inscrit dans un scandale plus large autour de cet opérateur privé, auquel le Département des Deux-Sèvres avait confié des enfants placés en aide sociale à l'enfance.

Le prévenu était absent à l’audience. Cela ne l’a pas empêché d’être condamné. Le 14 avril 2026, le tribunal correctionnel de Niort a reconnu coupable un éducateur de 56 ans employé par Tandem Educadis pour des violences commises sur un enfant de 8 ans à Thouars, le 1er février 2025. La peine : quatre mois de prison avec sursis et interdiction d’exercer auprès de mineurs, selon La Nouvelle République.

Un détail aggrave le tableau : cet homme exerçait sans diplôme d’éducateur. Tandem Educadis l’avait recruté malgré l’absence des qualifications requises pour travailler auprès d’enfants vulnérables.

Une structure déjà dans le viseur de la justice

Cette condamnation n’est pas la première. En septembre 2025, un ex-cadre de Tandem Educadis avait écopé de trois mois de prison ferme pour avoir exercé en dépit d’une interdiction liée à une condamnation pour proxénétisme en 2022, comme le rapportait Mediapart. Deux procédures, deux condamnations, et plusieurs enquêtes toujours en cours pour violences sur mineurs - dont au moins un viol.

C’est dans ce contexte que le Conseil départemental des Deux-Sèvres avait pris une décision radicale : retirer les 25 enfants placés auprès de Tandem. La structure privée s’était vu confier leur accueil en 2023 dans le cadre d’une délégation de service. Face aux soupçons de maltraitances, le Département a créé une Maison d’enfants à caractère social pour les accueillir, en janvier 2026, selon La Nouvelle République.

La question de la responsabilité du Département

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Le procès du 14 avril a aussi mis en lumière la question du contrôle exercé - ou non - par le donneur d’ordre public. Plusieurs avocats des mineurs, dont Mes Eugénie Merenda, Yohan Scattolin et Pauline Mézières, portent de nouvelles charges contre le Département des Deux-Sèvres pour manquement à la protection, toujours selon La Nouvelle République. Côté politique, LFI et le PCF locaux dénoncent ce qu’ils qualifient de « chaîne complète de défaillances », ciblant la délégation à des opérateurs privés lucratifs.

Ouest-France relève de son côté que plusieurs acteurs impliqués semblent se renvoyer la responsabilité : « Tout le monde se défausse », résume le titre du journal régional.

Un budget en hausse, des réponses à construire

Le Département a voté pour 2026 un budget de 67,2 millions d’euros pour la protection de l’enfance, qualifié de niveau historique sur son site officiel. Il prévoit notamment la construction d’un nouveau foyer à Parthenay, avec six places d’urgence pour des enfants de 6 à 12 ans, et s’appuie sur 271 assistants familiaux. Ces mesures visent à réduire le recours à des structures externalisées.

Les enquêtes pénales en cours, dont celle portant sur un viol présumé, ne sont pas closes. Les suites judiciaires restent à venir.

Sources

Agnès Poirier

Agnès Poirier

Correspondante à Niort, elle suit les mutuelles, les tensions sur l'emploi, l'agriculture et les débats sur les services publics ruraux. Formée à l'IJBA Bordeaux, elle a commencé en PQR poitevine. Ligne de travail : interroger les syndicalistes, les agriculteurs, les élus, croiser les bilans sociaux avant de conclure.

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