Tarn-et-Garonne : félicitations socialiste au RN et accusations de trahison fracturent la gauche
Après les municipales 2026, plusieurs incidents révèlent des fractures profondes au sein de la gauche du département
Une élue socialiste qui félicite le maire RN de Moissac, un conseiller départemental accusé de trahison, un comité pro-Mélenchon qui se monte à Villebrumier. En quelques semaines, plusieurs incidents ont mis à nu les tensions internes à la gauche en Tarn-et-Garonne.
Une élue socialiste qui félicite le maire RN de Moissac, un conseiller départemental accusé de trahison, un comité pro-Mélenchon qui se monte à Villebrumier. En quelques semaines, plusieurs incidents ont mis à nu les tensions internes à la gauche en Tarn-et-Garonne.
L’essentiel
- 15 mars 2026 : Dominique Sardeing, élue PS au conseil départemental, appelle personnellement Romain Lopez (RN) pour le féliciter de sa réélection à Moissac avec 62% des voix.
- 30 avril 2026 : Jean-Michel Baylet accuse Jean-Luc Deprince d’avoir trahi la gauche en votant les délégations de signature à Jean-Claude Bertelli, élu président du conseil départemental.
- 29 mars 2026 : Didier Lallemand (UDR-RN) est élu maire de Montauban avec 34 voix sur 53 au conseil municipal d’installation.
- Comité « France rebelle » : François Desanti crée à Villebrumier un comité de soutien à Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle 2027, ciblant explicitement les déçus des « trahisons » à gauche.
- Contexte régional : Le RN dirige désormais 13 communes en Occitanie, contre 3 lors des précédentes municipales, selon Le Journal Toulousain.
Un coup de téléphone qui fait des vagues
Le soir du 15 mars 2026, Romain Lopez est réélu maire de Moissac dès le premier tour avec environ 62% des suffrages, selon Le Journal Toulousain. La même soirée, Dominique Sardeing, conseillère départementale socialiste, décroche son téléphone pour le féliciter personnellement. Le geste, rapporté par La Dépêche du Midi, a circulé dans les couloirs de la gauche locale.
Pour beaucoup d’élus de gauche du département, appeler un représentant du Rassemblement national pour le congratuler dépasse le cadre de la courtoisie républicaine habituelle. L’incident est resté sans réaction officielle publique de la fédération PS, mais il a alimenté les discussions internes.
Bertelli élu, Deprince accusé
Plus grave aux yeux de Jean-Michel Baylet : ce qui s’est passé le 30 avril 2026 au conseil départemental. Jean-Claude Bertelli est élu président du département. Lors de la séance, le vote des délégations de signature - acte symbolique et pratique du soutien à un exécutif - aurait bénéficié du vote de Jean-Luc Deprince, conseiller départemental classé à gauche.
Baylet a directement mis en cause Deprince, l’accusant d’avoir « trahi la gauche », toujours selon La Dépêche du Midi. Deprince nie. Il se dit « homme de gauche » et refuse l’étiquette de « girouette », selon la même source. L’échange illustre la ligne de fracture qui traverse le groupe de gauche au département depuis les élections.
Jean-Michel Baylet lui-même navigue dans des eaux agitées. Réélu maire de Valence d’Agen le 15 mars avec plus de 61% des voix malgré des accusations de violences sexuelles classées sans suite, selon Le Parisien, il reste une figure centrale à gauche - mais contestée. Dans ce contexte, ses accusations contre Deprince sonnent aussi comme un repositionnement politique.
Montauban bascule, la gauche se fragmente
Le tableau d’ensemble n’est pas favorable à la gauche montalbanaise. Le 22 mars 2026, au second tour des municipales, Didier Lallemand (UDR-RN) obtient 37,82% des suffrages à Montauban. Arnaud Hilion, candidat PS-Écologistes, plafonne à 21,91%, selon L’Opinion et France 3 Occitanie. Une semaine plus tard, le 29 mars, Lallemand est officiellement élu maire de Montauban lors du conseil municipal d’installation, avec 34 voix sur 53, comme le confirme le site officiel de la ville. La vie politique du département s’en trouve durablement recomposée.
La chute de Montauban - chef-lieu du Tarn-et-Garonne - dans l’escarcelle de l’alliance UDR-RN est un signal fort. La gauche, divisée entre socialistes, insoumis et diverses sensibilités écologistes, n’est pas parvenue à constituer un front commun suffisamment solide au second tour. La ville de Montauban entame ainsi une nouvelle ère politique.
Villebrumier se rebelle
C’est dans ce contexte que François Desanti entre en scène. Journaliste retraité, ancien dirigeant des comités de chômeurs CGT en 1997, il crée à Villebrumier le comité d’action populaire « France rebelle », explicitement tourné vers le soutien à Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle 2027. Le message est direct : il invite « les déçus des trahisons à gauche » à rejoindre la structure, selon La Dépêche du Midi.
La démarche de Desanti cristallise une tendance visible dans plusieurs territoires ruraux du département. Une partie de l’électorat de gauche, déçue par des élus qu’elle juge trop accommodants avec la droite ou l’extrême droite, cherche une expression politique plus radicale. La création de « France rebelle » à Villebrumier est, à cette échelle, un signe de ce déplacement.
Contexte dans le Tarn-et-Garonne
Le Tarn-et-Garonne (82) est un département traditionnellement ancré à gauche, avec une culture radicale-socialiste héritée de la IIIe République. Jean-Michel Baylet et son parti - le Parti radical de gauche - y ont longtemps exercé une influence structurante. Mais les municipales 2026 ont redistribué les cartes.
À l’échelle régionale, le RN est passé de 3 à 13 communes dirigées en Occitanie, selon Le Journal Toulousain. La percée est nette dans des villes moyennes et des bourgs ruraux où la gauche n’a pas réussi à mobiliser. Moissac et Montauban, deux communes emblématiques du 82, illustrent cette dynamique.
L’élection de Jean-Claude Bertelli à la présidence du conseil départemental le 30 avril 2026 marque un tournant supplémentaire. Elle signe la fin d’une période où la gauche contrôlait l’exécutif départemental. La question du positionnement de certains élus - comme Deprince - lors de ce scrutin interne devient dès lors politiquement explosive.
Des lignes de fracture durables
Les trois incidents - le coup de fil de Sardeing, l’accusation contre Deprince, la création de « France rebelle » - ne sont pas des anecdotes isolées. Ils dessinent une gauche départementale en cours de recomposition, tiraillée entre pragmatisme institutionnel et radicalité militante.
Deprince nie toute trahison. Sardeing n’a pas commenté publiquement son appel à Lopez, selon les informations disponibles. Et Desanti construit sa structure à Villebrumier, village de 1 500 habitants environ, loin des grandes salles de la fédération socialiste de Montauban.
La gauche en Tarn-et-Garonne dispose d’un calendrier chargé pour tenter de se recomposer avant 2027 : les batailles internes des prochains mois, notamment autour du positionnement face au nouveau président départemental Bertelli, diront si ces fractures sont réparables ou structurelles.
Sources
- La Dépêche du Midi : Félicitations d'une socialiste au maire RN, accusations de trahison à gauche, comité de soutien à Jean-Luc Mélenchon
- Le Journal Toulousain : Municipales Moissac : Romain Lopez réélu au premier tour
- Ville de Montauban : Conseil municipal d'installation — Didier Lallemand élu maire
- L'Opinion : Montauban : Didier Lallemand officiellement élu maire de la cité d'Ingres