Tchernobyl : 500 millions pour réparer le dôme endommagé

Le G7, réuni à l'abbaye des Vaux-de-Cernay, mandate la BERD pour lever les fonds. Le directeur du site prévient : le dôme ne remplit plus sa fonction depuis février 2025.

Photo : Tchernobyl : 500 millions pour réparer le dôme endommagé
Photo : Tchernobyl : 500 millions pour réparer le dôme endommagé EBRD / Tchernobyl NSC

500 millions d'euros. C'est le prix de la perforation du Nouveau Confinement de Sécurité de Tchernobyl par un drone russe, il y a treize mois. Le dôme laisse fuir des substances radioactives. Le G7 promet de payer. Personne ne peut garantir qu'un autre drone n'arrivera pas avant la fin des travaux.

LES ENJEUX
Un dôme qui ne confine plus
Depuis février 2025, le NSC ne retient plus les substances radioactives, selon le directeur du site
500 millions sans calendrier
Le G7 annonce le chiffre mais ni les contributeurs ni le calendrier de la levée de fonds ne sont précisés
Washington absent
Marco Rubio, retenu par la guerre Iran-Israël, n'était pas à la table le jour de l'annonce
3 à 4 ans de travaux en zone de guerre
Réparer un dôme nucléaire sous la menace de nouvelles frappes russes reste un pari sans précédent
L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le G7 chiffre à 500 millions d'euros les réparations du Nouveau Confinement de Sécurité de Tchernobyl, perforé par un drone russe le 14 février 2025
  • La BERD est mandatée pour lever les fonds, comme en 1995 lors de la construction initiale du NSC
  • Le directeur du site, Sergiï Tarakanov, déclare que le dôme n'assure plus sa fonction de confinement des substances radioactives
  • Le coût total du NSC original avait dépassé 2 milliards d'euros pour un devis initial de 432 millions
  • La réparation complète nécessite un cessez-le-feu pour déplacer le dôme sur ses rails, condition dont la réalisation reste incertaine

14 février 2025, 2 heures du matin. Un drone frappe le Nouveau Confinement de Sécurité (NSC) de Tchernobyl, à 100 kilomètres au nord de Kiev. Selon Le Monde, l’engin a percuté la coque de protection de l’arche. Le dôme de 100 mètres de haut, construit par la joint-venture Novarka (Bouygues et Vinci) et mis en place en novembre 2016, d’après Challenges, est perforé. En dessous : 190 tonnes de combustible nucléaire fondu, piégé dans le cœur du réacteur n°4 depuis l’explosion d’avril 1986.

Treize mois plus tard, le trou est toujours là. Et le dôme, faut-il le rappeler, ne remplit plus sa mission.

26 mars, abbaye des Vaux-de-Cernay : le chiffre tombe

Jeudi soir, à l’issue de la première journée de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères et président de la session, a posé un chiffre sur la table : « Ce soir, nous avons présenté le premier bilan financier des destructions provoquées par ce drone qui se chiffrent aux alentours de 500 millions d’euros », a-t-il déclaré depuis l’abbaye des Vaux-de-Cernay, à une cinquantaine de kilomètres de Paris, comme le rapporte Sud Ouest. Le chiffre a depuis été confirmé par 20 Minutes.

500 M€
coût estimé des réparations du NSC de Tchernobyl
Source : Jean-Noël Barrot, G7 du 26 mars 2026

Un calcul rapide montre l’ampleur du dégât : le contrat Novarka pour le NSC s’élevait à environ 1,4 milliard d’euros, d’après CNews, tandis que le coût total du programme avait dépassé les 2 milliards d’euros, selon Challenges. Un seul drone a donc provoqué des dégâts représentant environ 25 % de la valeur totale de l’ouvrage. Le budget total du chantier originel avait dépassé les 2 milliards d’euros pour un devis initial de 400 millions. Le devis initial était de 400 millions d’euros : le chantier en a coûté plus de 2 milliards.

« Le G7 doit jouer un rôle de catalyseur dans la levée de fonds, en lien étroit avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) », a ajouté le ministre, d’après Sud Ouest. Traduction : le G7 ne paie pas directement, il organise la quête.

Le précédent de 1995 : même schéma, même BERD, même dérapage

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Infographie : De la catastrophe au drone, quarante ans de confinement
De la catastrophe au drone, quarante ans de confinement , INFO.FR

La dernière fois que le G7 a mandaté la BERD pour sauver Tchernobyl, c’était en 1995. Le fonds dédié avait mis deux ans à être créé. La conférence des 27 donateurs se réunissait deux fois par an, d’après le récit détaillé d’Alice Mérieux dans Challenges. Le devis de 432 millions avait fini à plus de 2 milliards. Le chantier, prévu pour 2015, s’était achevé en 2016, avec retard.

Disons-le : rien dans ce précédent ne laisse penser que 500 millions suffiront, ni que le calendrier sera tenu.

Un dôme percé, un directeur qui alerte, un site sous les bombes

Sur le terrain, la situation est décrite sans ambiguïté par Sergiï Tarakanov, directeur du site de Tchernobyl. En décembre 2025, il déclarait à CNews : « Il n’assure pas sa fonction de retenir les substances radioactives à l’intérieur. » Le même Tarakanov estimait qu’il faudrait « peut-être encore trois à quatre ans » avant que le dôme retrouve pleinement son rôle de confinement.

Trois à quatre ans. En zone de guerre active.

« Personne ne peut garantir que la structure de protection restera debout après cela. C’est la principale menace », ajoutait-il, évoquant le risque d’une nouvelle frappe ou d’un bombardement à proximité. En octobre 2025, une frappe russe sur une sous-station proche avait déjà coupé l’alimentation électrique du NSC, d’après la même source.

Infographie : Les positions en présence
Les positions en présence , INFO.FR

Qui paie, et quand ?

Le communiqué de Jean-Noël Barrot ne le dit pas. La question du partage des contributions entre les sept membres reste ouverte, et l’absence du secrétaire d’État américain Marco Rubio, retenu à Washington par l’engagement militaire américain aux côtés d’Israël contre l’Iran, comme le rapporte Sud Ouest, n’est pas anecdotique. Les États-Unis sont historiquement le principal contributeur de la BERD pour les projets liés à Tchernobyl. En 2011, lors d’une conférence des donateurs à Kiev, la Commission européenne avait annoncé une contribution de 110 millions d’euros, d’après Euractiv, mais la conférence s’était soldée par un résultat décevant, le financement global restant largement insuffisant. Un fonctionnaire européen avait alors confié, sous couvert d’anonymat : « Si nous obtenons plus de 500 millions d’euros, ce sera un succès. »

Quinze ans plus tard, on retombe sur le même chiffre.

L’ingénieur américain Eric Schmieman, qui a travaillé sur le système de sécurité de Tchernobyl, résumait la situation avec une concision glaçante dans CNews : « Ne pas réparer les dommages provoqués, ce n’est pas une option. »

Le scénario que personne ne chiffre

En filigrane, sur fond de guerre qui ne montre aucun signe de cessation, une question reste sans réponse : la réparation complète du NSC nécessite, d’après les responsables ukrainiens cités par CNews, de déplacer le dôme sur les rails qui avaient servi à sa mise en place, pour permettre aux ouvriers de travailler sans exposition aux rayonnements. Cette opération suppose un cessez-le-feu. On ignore quand, et même si, cette condition sera remplie.

En attendant, 190 tonnes de combustible nucléaire fondu restent sous un dôme percé, à 100 kilomètres de Kiev, dans un pays en guerre. Le G7 promet l’argent. Personne ne promet la paix. Et personne ne peut garantir qu’un autre drone n’arrivera pas avant la première soudure.

La séquence en vidéo

Sources

Pierre Monteil

Pierre Monteil

Correspondant international et analyste géopolitique. Formation en relations internationales et journalisme. Expérience terrain dans plusieurs zones de conflit et expertise des questions diplomatiques européennes. Spécialisé dans l'analyse des crises internationales, les relations franco-européennes et les enjeux de défense. Rejoint INFO.FR pour décrypter l'actualité mondiale avec rigueur et pédagogie.

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