Tentative d’infanticide à Dillon : Sabine Béraud jugée aux assises de la Martinique
La mère de 34 ans comparaît depuis le 2 juin 2026 pour les coups de couteau portés à ses trois enfants et deux voisines en novembre 2022.
Sabine Béraud, 34 ans, est jugée depuis le 2 juin 2026 devant la cour d'assises de la Martinique pour tentative de meurtre sur ses trois jeunes enfants et deux voisines. Les faits remontent au 29 novembre 2022, dans un immeuble de l'avenue Salvador Allende à Dillon, Fort-de-France. Le procès est prévu sur trois jours.
L’essentiel
- Date des faits : 29 novembre 2022, vers 6h, avenue Salvador Allende, cité Dillon (Fort-de-France).
- Victimes : trois enfants de l’accusée (âgés d’un mois et demi et 2 ans au moment des faits) et deux voisines - six personnes blessées au total, prises en charge au CHU Pierre Zobda Quitman.
- Procès : ouvert le 2 juin 2026 devant la cour d’assises de la Martinique, durée prévue trois jours.
- Discernement : deux expertises psychiatriques retiennent une altération (non abolition) du discernement.
- Peines encourues : réclusion criminelle à perpétuité pour les tentatives sur mineures, jusqu’à 30 ans pour les tentatives sur adultes.
Une matinée de novembre 2022 à Dillon
Le 29 novembre 2022, peu après 6h du matin, les secours sont appelés dans un immeuble de l’avenue Salvador Allende, dans la cité Dillon à Fort-de-France. Sabine Béraud a blessé à l’arme blanche ses trois enfants - l’un âgé d’un mois et demi, les deux autres d’environ 2 ans - ainsi que deux voisines. Les plaies constatées touchent le cou, le thorax et le dos. Six personnes au total sont hospitalisées au CHU Pierre Zobda Quitman, selon France-Antilles et La 1ère Martinique.
Les trois enfants sont placés par les services sociaux à la suite de l’événement. Les deux aînés l’étaient déjà avant les faits, précise RCI Martinique. L’affaire secoue durablement le quartier de Dillon.
« Je reconnais les faits » - mais un trou noir
À l’audience du 2 juin 2026, Sabine Béraud, assistée de Maître Max Bellemare, reconnaît les faits devant la cour. Elle dit pourtant ne pas se souvenir d’avoir porté les coups. Selon France-Antilles, elle avait dans un premier temps désigné son compagnon, puis son père, comme auteur des blessures.
Une trentaine de personnes ont assisté au premier jour d’audience en salle B du tribunal judiciaire de Fort-de-France, rapporte France-Antilles.
Le parcours de l’accusée décortiqué par l’experte psychiatre
Le premier jour de procès a été largement consacré à la déposition de l’experte psychiatre, le docteur Nidal Nabhan-Abou, entendue en visioconférence. Elle a retracé, selon RCI Martinique, un parcours décrit comme « particulièrement chaotique » : père incarcéré pour inceste, maltraitances maternelles, suicides d’une amie et d’un demi-frère, hospitalisations psychiatriques répétées, tentatives de suicide de l’accusée elle-même.
Deux expertises psychiatriques indépendantes concluent à des troubles psychiques et une personnalité fragilisée. Un diagnostic de troubles bipolaires et une vulnérabilité au cannabis sont évoqués. Les deux expertises s’accordent sur une altération du discernement au moment des faits - mais pas son abolition. Cette nuance est juridiquement centrale : l’abolition du discernement aurait pu conduire à une irresponsabilité pénale.
Après la psychiatre, les dépositions d’officiers de police judiciaire et du médecin légiste sont prévues au cours des deux jours suivants, selon RCI Martinique.
Des peines maximales encourues
Les qualifications retenues à la charge de Sabine Béraud exposent l’accusée aux sanctions les plus lourdes du droit pénal français. Pour les tentatives de meurtre sur ses enfants mineurs, elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Pour les tentatives sur les deux voisines adultes, la peine maximale est de trente ans d’emprisonnement, selon France-Antilles.
La question de l’altération du discernement - reconnue par les experts mais non l’abolition - permettra aux jurés de prononcer une condamnation tout en modulant éventuellement la peine. Cette affaire s’inscrit dans un débat récurrent sur la prise en charge psychiatrique en amont d’actes violents. À titre de comparaison, d’autres dossiers d’homicides récents devant la justice posent des questions similaires sur la responsabilité pénale.
Contexte dans la Martinique
La Martinique (972) compte environ 350 000 habitants. Fort-de-France, préfecture et première commune de l’île, concentre une part importante des affaires criminelles portées devant la cour d’assises territoriale, seule juridiction compétente pour les crimes en Martinique.
La cité Dillon, dans le sud de Fort-de-France, est l’un des quartiers les plus peuplés de l’île. En novembre 2022, l’agression avait suscité une forte émotion locale, relayée immédiatement par RCI Martinique, France-Antilles et La 1ère.
Les violences intrafamiliales graves restent peu fréquentes devant les assises martiniquaises mais marquent durablement les communautés de proximité. Le suivi psychiatrique des auteurs - et la question des signalements en amont - est régulièrement soulevé lors de ces procès. Des affaires récentes en métropole, comme des faits de violence grave à Marseille, alimentent le même débat national sur la détection précoce des profils à risque.
Ce qu’il reste à juger
Le procès doit s’achever le 4 juin 2026. Après les témoignages des policiers et du médecin légiste, les plaidoiries des parties civiles et de la défense sont attendues. La décision des jurés populaires de la cour d’assises de la Martinique est attendue en fin de semaine.
Sources
- RCI Martinique : Une tentative d'infanticide devant la cour d'assises
- RCI Martinique : Procès pour tentative d'infanticide : l'experte psychiatre retrace le parcours chaotique de l'accusée
- France-Antilles Martinique : Accusée d'avoir voulu tuer trois de ses enfants, Sabine B. reconnaît les faits
- Martinique La 1ère : Six blessés par arme blanche à Fort-de-France, dont trois enfants