Tom Pidcock accuse, ASO défend son badigeon blanc
Après la chute du Britannique dans la descente du Col de Puy Mary, l'organisateur justifie l'usage de la chaux contre la fonte du bitume
Tom Pidcock tombe dans un virage, traite la substance blanche de « merde » et accuse. ASO rétorque sans ce badigeon, le goudron fond à 60°C.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Température extrême
Quand l'air atteint 40°C, le goudron monte à 60°C et commence à fondre. Le badigeon de chaux fait baisser la température de 10 à 15°C pour éviter le ressuyage.
Adhérence vs fonte
ASO privilégie le risque de glissance localisée sur quelques virages traités plutôt qu'une fonte généralisée du bitume sur des kilomètres de descente.
Précédent Beloki 2003
La chute de Joseba Beloki sur route ramollie reste la référence. ASO utilise ce précédent pour justifier l'usage préventif de la chaux blanche.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Tom Pidcock chute dans la descente du Col de Puy Mary le 14 juillet lors de l'étape 10 du Tour 2026 et accuse le badigeon blanc d'être glissant
- ASO défend la chaux elle fait baisser la température de l'asphalte de 10 à 15°C pour éviter que le goudron ne fonde à 60°C
- André Bancala, coordinateur des routes, rétorque que seuls un ou deux coureurs sont tombés et que leur trajectoire n'était peut-être pas idéale
- Le précédent Beloki en 2003, qui avait chuté sur route ramollie par la chaleur, justifie l'usage préventif du badigeon selon ASO
- Chris Harper, coéquipier de Pidcock, se fracture le pouce en tombant au même endroit
Tom Pidcock roule trop vite dans la descente du Col de Puy Mary, le 14 juillet. Étape 10 du Tour de France 2026. Le virage arrive, le Britannique penche, les roues dérapent. Il tombe. Derrière lui, son coéquipier Chris Harper chute au même endroit - se fracasse le pouce. Plus loin, d’autres coureurs dérapent aussi. Plusieurs chutes, un seul virage.
Pidcock se relève, furieux. Devant les micros, il lâche ce qu’il a sur le cœur: « Quand ils nettoient, ils mettent cette merde blanche partout, et c’est vraiment glissant ». La « white shit » - comme il dit. Une substance pulvérisée par l’organisation sur les zones à risque. D’autres coureurs confirment: « patinoire ». Harper ne dit rien, il a le pouce dans le plâtre.
ASO: « Sans ça, le bitume fond »
L’Amaury Sport Organisation réagit par la voix d’André Bancala - coordinateur des routes du Tour. Il défend le badigeon. La substance blanche, c’est de l’eau mélangée à de la chaux. Elle ne sert pas à nettoyer. Elle sert à refroidir.
Le principe: quand la température de l’air flirte avec les 40°C à l’ombre - le goudron noir peut grimper jusqu’à 60°C. À ce stade, l’asphalte ramollit, commence à fondre, se liquéfie. Le phénomène s’appelle « ressuyage ». Les roues s’enfoncent, le bitume colle, les coureurs perdent le contrôle.
La chaux blanche utilise l’effet albédo: elle réfléchit la lumière du soleil au lieu de l’absorber. Résultat: la température de l’asphalte baisse très rapidement de 10°C à 15°C. L’objectif est de maintenir la surface sous les 50°C - seuil critique pour certaines surfaces.
Bancala insiste: « On ne traite pas des kilomètres mais essentiellement des virages, des passages délicats ». Les départements identifient les zones à risque. L’organisation applique le badigeon. C’est une « manœuvre de sauvetage » - une « intervention d’urgence vitale » pour que l’étape puisse avoir lieu.
« Leur trajectoire n’était pas idéale »
Pidcock accuse le produit d’être glissant. Bancala retourne l’argument: « Quand seulement un ou deux coureurs tombent, il se peut simplement que leur trajectoire n’était pas idéale ». Il ajoute: « Nous n’avons pas constaté de vague générale de chutes ». Un ou deux coureurs - pas une hécatombe.
Le coordinateur rappelle aussi que les routes du Tour ne sont pas un « circuit de Formule 1 » - pas une « piste de F1 immaculée ». Ce sont des routes publiques, avec leurs défauts, leurs revêtements inégaux, leurs conditions changeantes. Les coureurs doivent s’adapter.
Le précédent Beloki
L’argument d’ASO s’appuie sur un précédent: 2003. Joseba Beloki roule sur une route ramollie par la chaleur. Le bitume colle, la roue arrière part, le coureur s’écrase. L’image reste gravée dans toutes les mémoires du Tour.
C’est pour éviter un nouveau Beloki qu’ASO badigeonne. Entre un risque de glissance localisée et un risque de fonte généralisée, l’organisation choisit la chaux. Le calcul est simple: mieux vaut un virage délicat que des kilomètres de bitume liquéfié.
Ce que les coureurs ne disent pas
Pidcock parle de « perte totale d’adhérence ». Il décrit la route comme « très glissante ». Mais il ne dit pas à quelle vitesse il est entré dans le virage. Il ne dit pas quelle ligne il a choisie. Il ne dit pas si ses pneus étaient adaptés à la surface traitée.
Harper et d’autres coureurs tombent au même endroit. D’autres coureurs passent sans problème. La question reste ouverte: est-ce le produit qui glisse, ou la trajectoire qui ne convient pas? ASO a choisi sa réponse. Les coureurs ont choisi la leur.
Entre les deux, il y a un virage blanc dans la descente du Puy Mary. Et un pouce cassé.
