Toulouse : l’usine de drones Delair visée par une tentative d’incendie, un Biélorusse mis en examen pour espionnage
Le 1er juin, des cocktails Molotov sont lancés sans faire de dégâts. Trois jours plus tard, un homme de 48 ans est arrêté alors qu'il filme un prototype.
L'usine Delair, fabricant de drones pour l'armée ukrainienne, a été la cible d'une tentative d'incendie le 1er juin. Un ressortissant biélorusse a été interpellé et mis en examen pour espionnage au profit de la Russie.
L’essentiel
- 1er juin 2026 : plusieurs cocktails Molotov sont lancés contre l’usine Delair à Labège (Haute-Garonne). Les engins n’explosent pas et ne causent aucun dégât.
- 3 juin 2026 : un ressortissant biélorusse de 48 ans, résidant en Espagne, est interpellé alors qu’il filme un prototype de drone avec du matériel de pointe.
- 5 juin 2026 : le parquet de Paris le met en examen pour « livraison d’information à une puissance étrangère » et le place en détention provisoire. La DGSI enquête pour ingérence russe.
Une tentative d’incendie sans dégâts
Le 1er juin 2026, en début de soirée, plusieurs individus lancent des cocktails Molotov contre les bâtiments de l’usine Delair, située dans la zone d’activités de Labège, au sud-est de Toulouse. Les projectiles n’explosent pas et ne provoquent aucun dégât matériel notable. Les caméras de surveillance filment des silhouettes, mais aucune interpellation n’a lieu sur le moment, selon une source proche de l’enquête.
Le parquet de Toulouse ouvre une enquête pour « destruction par moyen dangereux pour les personnes » et la confie à la Section de recherches de la gendarmerie de Toulouse, en raison de la nature sensible de l’entreprise ciblée.
Un suspect biélorusse interpellé
Trois jours plus tard, le 3 juin, un homme est repéré aux abords de l’usine. Il filme un prototype de drone avec un appareil haut de gamme. Les gendarmes l’interpellent. Il s’agit d’un ressortissant biélorusse de 48 ans, né en Biélorussie et résidant en Espagne. Les enquêteurs établissent rapidement qu’il avait déjà été vu plusieurs fois sur les lieux ces dernières semaines, indique une source judiciaire.
L’affaire prend une tout autre dimension lorsque le parquet de Paris, compétent pour les dossiers d’ingérence étrangère, est saisi. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est chargée de l’enquête. Les investigations révèlent que le suspect aurait envoyé une vidéo du prototype de drone à un interlocuteur en Russie, selon plusieurs médias dont France 3 Occitanie.
Mise en examen pour atteinte aux intérêts fondamentaux
Le 5 juin, le suspect est mis en examen par un juge d’instruction parisien pour trois chefs : « livraison d’information à une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation », « collecte d’information en vue de les livrer à une puissance étrangère » et « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime ». Il est placé en détention provisoire.
Le parquet de Paris confirme que l’enquête est menée en lien avec la DGSI, qui suspecte une ingérence russe. La qualification d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation est réservée aux affaires les plus sensibles liées à la défense et à la sécurité nationale.
Delair, un fournisseur clé de l’Ukraine
Delair, fondée en 2009 à Labège, conçoit et fabrique des drones civils et militaires. L’entreprise emploie environ 250 salariés pour un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros en 2025. Depuis le début de la guerre en Ukraine, elle est devenue un fournisseur important de l’armée ukrainienne, mais aussi de l’armée française, notamment en drones de reconnaissance et de combat léger.
Cette position stratégique a attiré l’attention des services de renseignement étrangers. La tentative d’incendie et l’espionnage présumé s’inscrivent dans un contexte de multiplication des tentatives de déstabilisation contre des sites industriels critiques en France, comme l’a récemment rappelé le ministère de l’Intérieur.
Contexte dans la Haute-Garonne
Labège fait partie de la métropole toulousaine, premier pôle européen de l’aéronautique et du spatial. La commune accueille plusieurs entreprises de haute technologie, dont des sous-traitants de la défense. Le tissu économique local est dominé par l’aéronautique (Airbus, Thales) mais aussi par la filière drone, en pleine expansion. L’affaire Delair intervient alors que les autorités locales renforcent la sécurité des sites sensibles, dans le sillage de plusieurs alertes similaires en France ces derniers mois.
Réactions et sécurité renforcée
Interrogé par Le Figaro, Stéphane Douce, responsable des relations publiques de Delair, s’est voulu rassurant : « Les autorités compétentes ont pris le dossier en main, nous n’avons pas de commentaires à faire. Notre activité n’a pas été impactée. » Il indique néanmoins que l’entreprise a pris « toutes les mesures nécessaires pour renforcer la sécurité ».
L’enquête se poursuit sous l’égide de la DGSI pour déterminer d’éventuels liens entre la tentative d’incendie et l’espionnage présumé.
Sources
- Le Parisien : Cocktails Molotov et soupçon d'ingérence russe : un suspect arrêté à proximité d'une usine livrant des drones à l'Ukraine
- France 3 Régions : Des cocktails Molotov contre une usine de drones pour la guerre en Ukraine près de Toulouse ; un Biélorusse arrêté, une ingérence russe soupçonnée
- Le Figaro : Haute-Garonne : un homme, soupçonné d'agir pour le renseignement russe, incarcéré après l'espionnage présumé d'une usine française de drones
- Actu.fr : Un fabricant de drones militaires basé près de Toulouse cible d'une tentative d'espionnage au profit de la Russie