Canicule et toiles d’araignée : la débâcle des hôtels du Tour
Des coureurs dorment sur les balcons, d'autres dans des chambres infestées de cafards. Bienvenue au Tour 2026.
Le 13 juillet, journée de repos du Tour, les coureurs découvrent leurs chambres dans le Massif Central. Résultat toiles d'araignée, climatisation en panne, nuits dehors.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Les frères Johannessen (Uno-X) dorment sur leur balcon face aux toiles d'araignée et cafards
- UAE a investi 26 000 euros en draps réfrigérés, mais la climatisation fait sauter les plombs
- Quatre équipes signalent des problèmes de climatisation en pleine canicule à 40°C
- L'ASO attribue 500 hôtels de façon aléatoire pour loger 4 500 personnes chaque jour
- Magnus Cort note l'hôtel 1/7, deuxième année consécutive qu'Uno-X critique le Cantal
Anders Halland Johannessen pousse la porte de sa chambre au Lioran. Il filme avec son téléphone. Au sol, de la poussière. Au plafond, des toiles d’araignée. Dans la salle de bain, un cafard. Pas de climatisation. Pas de Wi-Fi. Son frère Tobias entre derrière lui, regarde autour, lâche un rire jaune. « Ça pourrait être pire, c’est le nôtre » - commente Anders sur Instagram. Les deux coureurs de l’équipe Uno-X Mobility dormiront sur le balcon.
À quelques kilomètres de là, à Vic-sur-Cère dans le Cantal, l’équipe UAE Team Emirates de Tadej Pogačar découvre un autre problème. L’hôtel n’a pas de climatisation. Ou plutôt: elle fait sauter les plombs dès qu’on l’allume. Dehors, le thermomètre affiche 40°C. À l’intérieur des chambres, 35 degrés. L’équipe avait investi 26 000 euros dans des draps rafraîchissants - 3 000 euros l’unité. Elle avait apporté ses propres climatiseurs portables. Résultat: coupure de courant. Les coureurs transpirent dans leurs chambres, draps high-tech ou pas.
Une nuit sous les étoiles
Silvan Dillier - coureur d’Alpecin-Premier Tech, dort dehors lui aussi. Pas pour les toiles d’araignée cette fois, mais pour le bruit. Le climatiseur portable de sa chambre fait un vacarme insupportable. Il choisit le parking. Anders Johannessen, lui, publie son score de sommeil sur Instagram. À l’hôtel: 65. Dehors sur le balcon: 80. Au moins quatre équipes, UAE Team Emirates, Uno-X Mobility, Alpecin-Premier Tech, Bahrain-Victorious, signalent des problèmes de climatisation. En pleine journée de repos, censée permettre la récupération des coureurs.
Magnus Cort - coéquipier des frères Johannessen chez Uno-X, note l’hôtel une étoile sur sept. « L’un des pires endroits où il ait séjourné » - dit-il. Ce n’est pas la première fois. En 2024 - il avait déjà critiqué un hôtel dans le Cantal, qu’il qualifiait de « vieux bunker abandonné » avec « une petite odeur de moisi ». Un membre de l’équipe Uno-X avoue ne pas avoir retiré ses claquettes de la journée à cause de la saleté de la salle de bain. Sur l’ensemble du Tour, Uno-X cumule 46 à 47 étoiles d’hébergement, loin des standards attendus par les formations WorldTour.
Hygiène: quand les standards disparaissent
Toiles d’araignée, cafards, poussière, moisissures: les images partagées par Anders Johannessen montrent des chambres qui ne respectent aucune norme d’hygiène hôtelière. L’ASO impose des critères de réservation, quinze chambres minimum par équipe - parking de 200 mètres carrés, mais aucun standard sanitaire n’est vérifié avant l’arrivée des coureurs. Les inspections se font 18 mois à l’avance - mais ne contrôlent pas l’entretien des lieux. Résultat: des établissements classés « acceptables » sur le papier deviennent inhabitables en pratique. Un membre d’Uno-X garde ses claquettes toute la journée pour éviter le contact avec le sol de la salle de bain. Quatre équipes réclament désormais des standards minimums obligatoires.
La loterie ASO
Christian Prudhomme - directeur du Tour de France, justifie. « Il n’y a pas des hôtels cinq étoiles partout » - dit-il. L’ASO, organisateur de la course, réserve environ 500 hôtels sur les trois semaines du Tour. Elle doit loger 4 500 personnes chaque jour: coureurs, staff, organisation. Soit 1 850 lits par étape. Les réservations se font 18 mois à l’avance - avec des critères précis: minimum quinze chambres par équipe - parking de 200 mètres carrés. L’attribution est aléatoire, censée équilibrer luxe et bas de gamme. Une équipe dans un deux étoiles ce soir sera dans un trois le lendemain.
Sauf que le système coince. Stig Kristiansen - directeur sportif de Uno-X, ne mâche pas ses mots: les conditions sont « en dessous de ce qu’on peut attendre d’une grande course comme le Tour ». Christoph Roodhooft - directeur sportif d’Alpecin, réclame un « minimum acceptable ». Adrie van der Poel - père du coureur Mathieu van der Poel et proche d’Alpecin-Premier Tech, estime que de telles conditions ne sont « pas dignes du Tour ».
Quand l’équité justifie l’inacceptable
Christian Prudhomme défend l’attribution aléatoire au nom de l’équité. Mais cette logique ignore la réalité du terrain. Affirmer « il n’y a pas des hôtels cinq étoiles partout » ne répond pas aux demandes de Stig Kristiansen et Christoph Roodhooft: ils ne réclament pas le luxe, mais des chambres propres avec une climatisation fonctionnelle. L’ASO promet d’équilibrer les attributions sur trois semaines, mais cet équilibre statistique ne compense pas une nuit à 35 degrés en pleine canicule. Le système aléatoire garantit que chaque équipe connaîtra de mauvaises conditions à un moment donné. C’est précisément ce que contestent les formations: pourquoi accepter des établissements indignes plutôt que d’imposer un seuil minimal?
Des investissements rendus inutiles
Le paradoxe est là: les équipes WorldTour investissent des dizaines de milliers d’euros dans la récupération. UAE dépense 26 000 euros en draps rafraîchissants à 3 000 euros l’unité. Groupama-FDJ transporte ses propres matelas et oreillers. Alpecin et UAE apportent leurs climatiseurs portables. Mais elles n’ont aucun contrôle sur l’essentiel: où elles dorment. L’ASO impose un système aléatoire qui transforme ces investissements en dépenses vaines. Les draps high-tech d’UAE ne servent à rien quand le réseau électrique de l’hôtel fait sauter les plombs. Les matelas de Groupama-FDJ finissent dans des chambres à 35 degrés sans ventilation. C’est la 113e édition du Tour. Quarante degrés dans le Massif Central. Et des coureurs qui préfèrent le balcon à leur lit équipé de technologie à 3 000 euros.
L’ASO promet la livraison de climatiseurs aux équipes affectées. Trop tard pour la journée de repos. Anders et Tobias Johannessen ont déjà passé la nuit dehors. Silvan Dillier aussi. Les toiles d’araignée, elles, sont toujours là.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (9)
« La 113e édition du Tour de France est marquée par une canicule intense, avec des températures avoisinant les 40°C dans certaines régions, comme le Massif Central. »
sudouest.fr ↗ ↩
« Côté Bahrain, il faisait 35 degrés dans les chambres, ce qui a empêché les coureurs de dormir »
rmcsport.bfmtv.com ↗ ↩
« Bien qu'elle ait investi dans des draps rafraîchissants (plus de 26 000 euros) et apporté ses propres climatiseurs portables, leur utilisation a provoqué des coupures de courant dans l'hôtel. »
total-velo.com ↗ ↩
« Ces équipements ont même provoqué des coupures de courant dans un hôtel. »
total-velo.com ↗ ↩
« Au moins quatre équipes se sont plaintes de ne pas avoir de climatisation dans leur hôtel: Red Bull-Bora-Hansgrohe, Bahrain-Victorious, UAE Team Emirates-XRG et UnoX Mobility. »
rmcsport.bfmtv.com ↗ ↩
« He gave the team’s rest day stop-over a rating of one star out of seven. “It is amongst the worst places I have stayed,” »
cyclingweekly.com ↗ ↩
« Magnus Cort, un autre coureur d'Uno-X Mobility, a qualifié un hôtel dans le Cantal de "l'un des pires endroits où il ait séjourné" en 2024, et en 2026, il a de nouveau évoqué des odeurs de moisi et des insectes. »
sudouest.fr ↗ ↩
« Chaque jour, ASO doit loger environ 4 500 personnes, incluant les coureurs et le personnel, ce qui représente environ 500 hôtels à réserver sur trois semaines. »
leparisien.fr ↗ ↩
« « Il n'y a pas des hôtels cinq étoiles partout ». »
20minutes.fr ↗ ↩