Treize noyades en un week-end : l’apprentissage de la natation en question
Le nombre record de noyades observé depuis samedi relance les inquiétudes sur le niveau de natation des Français, alors que le bilan de l'été 2025 est déjà alarmant.
Treize personnes sont décédées par noyade depuis samedi 21 heures, selon un expert. Ce nouveau drame survient alors que Santé publique France a enregistré 1 418 noyades l'été dernier, une hausse de 14 % par rapport à 2024.
L’essentiel
- 13 personnes sont mortes par noyade depuis samedi 21 juin 2026, selon l’expert @ritatima7.
- 1 418 noyades ont été recensées par Santé publique France entre juin et septembre 2025, dont 409 décès (+14 % et +16 % vs 2024).
- 33 enfants et adolescents sont décédés en cours d’eau ou plan d’eau en 2025, contre 20 en 2024.
- Un tiers à la moitié des enfants de 11 ans ne savent pas nager correctement, selon une question à l’Assemblée nationale.
- 5 000 maîtres-nageurs sauveteurs manquent à l’appel, estime Axel Lamotte (FFMNS).
Un week-end meurtrier
Le week-end des 20 et 21 juin 2026 restera comme l’un des plus noirs pour les baignades en France. Treize personnes ont perdu la vie par noyade depuis samedi 21 heures, selon un message posté sur X par l’expert en sécurité aquatique @ritatima7. Ce chiffre, encore provisoire, pourrait alourdir un bilan déjà très lourd.
Les circonstances exactes de ces accidents n’ont pas été précisées dans l’immédiat. Mais la canicule qui a frappé une grande partie du pays depuis la mi-juin a poussé des milliers de Français à se jeter à l’eau, souvent dans des zones non surveillées.
Le bilan 2025, déjà un record inquiétant
Ce nouveau drame intervient alors que Santé publique France a publié, au printemps dernier, son bilan de l’été 2025 : 1 418 noyades ont été enregistrées entre juin et septembre, dont 409 décès. Soit une hausse de 14 % du nombre total de noyades et de 16 % des décès par rapport à l’été 2024. La canicule du 19 juin au 8 juillet 2025 avait déjà provoqué 355 noyades et 106 décès, des chiffres en hausse respective de 135 % et 172 % sur la même période de 2024.
Le 23 juillet 2025, TF1 Info faisait état de 702 noyades et 193 décès depuis le 1er juin, soit une augmentation de 45 % par rapport à 2024. Un rythme qui s’est confirmé tout au long de l’été, culminant avec ce week-end de juin 2026.
Des victimes adultes, mais aussi des enfants
Selon Santé publique France, neuf noyades mortelles sur dix concernent des adultes. Mais la part des jeunes reste préoccupante : 33 enfants et adolescents sont décédés par noyade en cours d’eau ou plan d’eau en 2025, contre 20 en 2024. Une augmentation de 65 % en un an.
Les plages, lacs et rivières non surveillées sont les lieux les plus dangereux. Les noyades y sont souvent silencieuses et rapides, surtout chez les jeunes enfants. La méconnaissance de la nage chez les plus de 11 ans interpelle : selon une question écrite déposée à l’Assemblée nationale, entre un tiers et la moitié des enfants de 11 ans ne savent pas nager correctement.
Pénurie de maîtres-nageurs et lacunes dans l’apprentissage
Pour expliquer cette hécatombe, les professionnels pointent un manque chronique de personnel qualifié. « Il manque au moins 5 000 maîtres-nageurs sauveteurs en France », estime Axel Lamotte, président de la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs (FFMNS), interrogé par TF1. Cette pénurie réduit le nombre de créneaux d’apprentissage dans les piscines municipales et freine la mise en place des cours de natation scolaire.
Le gouvernement a pourtant déployé les programmes « Aisance aquatique » et « Savoir nager », qui ont bénéficié à plus de 300 000 enfants en 2024-2025. Mais ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du défi : un enfant sur trois entre en 6e sans savoir nager.
Les champions olympiques appellent à un « plan piscine »
Face à cette situation, les nageurs de renom montent au créneau. Alain Bernard et Florent Manaudou, champions olympiques, ont lancé un appel commun pour un « vrai plan piscine » national. Dans une vidéo diffusée par France Télévisions, ils réclament davantage de bassins et un enseignement systématique de la natation dès l’école primaire. « Savoir nager devrait être aussi fondamental que savoir lire et écrire », y affirme Florent Manaudou.
Le gouvernement a pris acte de ces demandes. Une question écrite posée le 25 septembre 2025 à l’Assemblée nationale attend encore une réponse détaillée. En attendant, la vigilance reste de mise, surtout en cette période de forte chaleur.
Contexte en France
La France compte environ 4 000 piscines publiques, soit une pour 16 000 habitants, un ratio inférieur à celui de nombreux voisins européens. Le taux d’équipement varie fortement selon les départements : les zones rurales et littorales sont souvent moins bien dotées. Par ailleurs, la saison estivale concentre 80 % des noyades, avec un pic lors des épisodes de canicule. En 2025, la canicule de fin juin a multiplié par plus de deux le nombre d’accidents par rapport à une période normale.
Les services de secours appellent à la plus grande prudence : se baigner uniquement dans les zones surveillées, respecter les consignes de sécurité et ne jamais laisser un enfant seul près de l’eau. La prochaine étape pourrait être l’examen au Parlement d’une proposition de loi visant à renforcer l’obligation d’apprentissage de la natation à l’école, portée par plusieurs députés.