Trévillach : 90 % des vignes d’un viticulteur détruites, dont des ceps centenaires
Gilles Troullier a perdu plus de 8 hectares sur 9 dans l'incendie de juillet, incluant des carignans de près de 100 ans irremplaçables
L'incendie de Trévillach, déclenché le 4 juillet 2026, a ravagé 4 900 hectares dans les Pyrénées-Orientales. Parmi les 180 exploitations touchées, celle de Gilles Troullier, viticulteur installé entre Trévillach et Tarerach, a vu 90 % de ses vignes partir en fumée, dont des ceps centenaires qu'il ne pourra jamais remplacer.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Gilles Troullier, viticulteur à Trévillach, a perdu plus de 8 hectares de vignes sur 9 ou 10, soit 90 % de son exploitation.
- Parmi les pertes figurent des ceps de carignans âgés de près de 100 ans, considérés comme irremplaçables.
- L'incendie, déclenché le 4 juillet 2026, a parcouru 4 900 hectares et touché 307 exploitations agricoles dans les Pyrénées-Orientales.
- Le bilan agricole global fait état de 146 hectares de vignes et 165 hectares de vergers détruits, pour un montant de dégâts estimé jusqu'à 30 millions d'euros.
- Les viticulteurs réclament des fonds d'urgence, la replantation nécessitant plusieurs années avant de retrouver une production comparable.
Gilles Troullier se tient au milieu de ses parcelles calcinées. Plus de 8 hectares de vignes sur les 9 ou 10 qu’il exploitait ont brûlé dans l’incendie qui a ravagé le secteur de Trévillach début juillet. Parmi les pertes, des ceps de vieux carignans âgés de près de 100 ans. « Ça, ce n’est pas remplaçable », résume le viticulteur catalan dans L’Indépendant.
L’incendie s’est déclenché le 4 juillet à 19h31 et n’a été fixé que le 11 juillet à 18h30, selon la préfecture des Pyrénées-Orientales. Entre ces deux dates, 4 900 hectares de végétation ont été parcourus par les flammes, mobilisant jusqu’à 860 sapeurs-pompiers et d’importants moyens aériens. Aucune victime humaine grave n’est à déplorer, mais le bilan agricole est lourd.
Une exploitation dévastée en quelques heures
Gilles Troullier exploite ses vignes entre Trévillach et Tarerach, deux communes situées en plein cœur de la zone touchée. Le feu a parcouru ses parcelles sans distinction, ne laissant debout qu’une infime partie de son vignoble. Sur les 9 à 10 hectares qu’il cultivait, seul un hectare environ a été épargné.
Les pertes sont estimées à environ 30 millions d’euros. Le viticulteur n’était pas assuré contre ce type de sinistre. « On ne recoltera rien cette année », constate-t-il. Mais au-delà de la perte économique immédiate, c’est le patrimoine viticole qui a disparu. Les ceps de carignans centenaires, plantés par les générations précédentes, représentaient une part essentielle de son exploitation. Ces vignes anciennes produisaient des raisins de qualité, valorisés dans les appellations locales. Leur disparition compromet l’avenir de la propriété sur le long terme.
L’impossibilité de replanter à l’identique
Remplacer des ceps centenaires relève de l’impossible. La vigne met plusieurs décennies à atteindre sa pleine maturité et à développer les qualités organoleptiques recherchées par les vignerons. Les carignans anciens, adaptés au terroir catalan et résistants aux conditions climatiques locales, ont une valeur patrimoniale que ne peuvent pas reproduire des plants récents.
« Il faudra replanter, mais ça prendra des années avant de retrouver une production comparable », explique Gilles Troullier. Sans compter le coût de la replantation, qui s’ajoute aux pertes déjà subies. Le viticulteur se retrouve dans une impasse financière : il doit investir massivement pour reconstituer son vignoble, sans garantie de revenus à court terme.
D’autres exploitants sont dans la même situation. Le Mas Molins, situé entre Tarerach et Rodès, a perdu 60 % de ses vignes sur environ 7 hectares, selon Ici.fr. Comme Gilles Troullier, les propriétaires du domaine font face à une reconstruction longue et incertaine.
Un bilan agricole catastrophique dans le département
Au total, 180 exploitations ont été touchées par l’incendie, selon la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales. Le bilan agricole fait état de la destruction de 146 hectares de vignes et 165 hectares de vergers. Les dégâts sont estimés jusqu’à 30 millions d’euros.
La Chambre d’agriculture, la FDSEA et les syndicats de vignerons ont formulé des demandes de fonds d’urgence auprès des pouvoirs publics. Une session extraordinaire du conseil départemental s’est tenue le 22 juillet pour traiter les conséquences du sinistre, rapporte Ouillade.eu. Les exploitants réclament des aides rapides pour faire face aux pertes et engager les travaux de réhabilitation.
Le dispositif des calamités agricoles a été activé, mais les agriculteurs soulignent que les indemnisations ne couvriront qu’une partie des pertes. Pour beaucoup, la difficulté ne réside pas seulement dans le manque à gagner immédiat, mais dans l’incapacité financière de replanter à court terme, comme le note Pleinchamp.
Contexte dans les Pyrénées-Orientales
L’incendie de Trévillach est qualifié de plus gros feu des Pyrénées-Orientales depuis 50 ans, selon Selectra. Le département, situé en zone méditerranéenne, est régulièrement confronté à des risques incendie élevés durant l’été. Cette année, les conditions climatiques particulièrement sèches ont aggravé la situation. Le 29 juillet, les Yvelines ont été placées en vigilance orange feux de forêt, rappelant la vulnérabilité de plusieurs départements français face à ce type de sinistre.
Les Pyrénées-Orientales comptent environ 3 500 exploitations viticoles, réparties sur près de 23 000 hectares. La viticulture représente un pilier économique du département, avec des appellations reconnues comme les Côtes-du-Roussillon ou les vins de Banyuls. La perte de 146 hectares de vignes, bien que limitée en proportion, touche des exploitations familiales fragiles, souvent non assurées et dépendantes de la qualité de leur production.
Le sinistre a également mis en lumière la fragilisation des coupures de feu naturelles, essentielles pour limiter la propagation des incendies. Les autorités locales réfléchissent à un renforcement des dispositifs de prévention et de surveillance, notamment dans les zones agricoles exposées.
Une reconstruction sur plusieurs années
Pour Gilles Troullier, comme pour les autres viticulteurs touchés, la reconstruction s’annonce longue. Il faudra d’abord nettoyer les parcelles, arracher les ceps morts, préparer le sol, puis replanter. Une vigne replantée ne produit des raisins exploitables qu’au bout de trois à cinq ans, et il faut compter une dizaine d’années pour qu’elle atteigne une maturité satisfaisante.
En attendant, les exploitants devront trouver des sources de revenus alternatives ou puiser dans leurs réserves financières. Certains envisagent de diversifier leurs cultures, d’autres espèrent bénéficier d’aides publiques suffisantes pour tenir le coup. Mais tous partagent la même certitude : les ceps centenaires ne reviendront jamais.
Le conseil départemental et les organismes agricoles promettent un suivi rapproché des dossiers. Les premières indemnisations devraient intervenir dans les mois à venir, sous réserve de l’instruction des dossiers de calamités agricoles. Reste à savoir si ces aides permettront réellement aux exploitants de repartir sur des bases solides.
Sources
- L'Indépendant : J'ai perdu des ceps de près de 100 ans, ça ce n'est pas remplaçable : 90 % des vignes de ce viticulteur catalan ont brûlé dans l'incendie de Trévillach
- L'Indépendant : Incendie dans les Pyrénées-Orientales : jusqu'à 30 millions d'euros de dégâts, 600 hectares de vergers et 150 hectares de vignes touchés, le monde agricole
- Ici.fr : On ne récoltera rien : le Mas Molins a perdu 60 % de ses vignes dans l'incendie de Trévillach