Tunis : des milliers de manifestants réclament le départ de Kaïs Saïed
Cinq ans après son coup de force constitutionnel, le président tunisien fait face à une contestation nourrie par la crise sociale et la canicule
Environ 2500 Tunisiens ont manifesté dans les rues de Tunis le 25 juillet 2026, cinq ans jour pour jour après les mesures exceptionnelles prises par Kaïs Saïed. Entre revendications politiques et colère sociale, les protestataires ont repris les slogans de 2011.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Environ 2500 personnes ont manifesté à Tunis le 25 juillet 2026 contre le président Kaïs Saïed, selon France 24.
- La manifestation marquait le cinquième anniversaire des mesures exceptionnelles du 25 juillet 2021.
- Les protestataires ont scandé « Dégage » et « Le peuple veut la chute du régime », slogans de la révolution de 2011.
- La mobilisation intervient dans un contexte de canicule intense depuis le 10 juillet, aggravant pénuries d'eau et coupures d'électricité.
- L'initiative Nafass et plusieurs partis d'opposition, dont Ennahdha, ont organisé le rassemblement.
Le 25 juillet 2026, plusieurs milliers de Tunisiens ont défilé dans les rues de Tunis pour dénoncer la politique du président Kaïs Saïed et réclamer son départ. Selon France 24 et plusieurs médias locaux, environ 2500 personnes ont répondu à l’appel de l’initiative Nafass et de divers mouvements d’opposition, dont le parti islamiste Ennahdha.
La date choisie n’est pas anodine : elle marque le cinquième anniversaire des mesures exceptionnelles du 25 juillet 2021, quand Kaïs Saïed avait suspendu le Parlement et limogé le gouvernement, une décision qualifiée de coup de force par ses opposants.
« Dégage » : le slogan de 2011 de retour dans les rues
Les manifestants ont scandé des slogans rappelant la révolution de 2011, notamment « Dégage » et « Le peuple veut la chute du régime », rapporte Africa Eye. Ces formules, devenues iconiques lors du Printemps arabe qui avait chassé Ben Ali du pouvoir, résonnent à nouveau dans la capitale tunisienne.
Au-delà des revendications politiques - libération des prisonniers d’opinion, retour à un régime démocratique, démission du président - , la mobilisation traduit une lassitude profonde face à la dégradation du quotidien. « À Tunis, le ‘Dégage’ revient hanter le pouvoir de Kaïs Saïed », titre le média panafricain Twala.
Canicule et crise sociale : le cocktail explosif
La manifestation intervient dans un contexte de crise sociale aiguë. Depuis le 10 juillet 2026, une vague de chaleur intense frappe la Tunisie, aggravant les pénuries d’eau et provoquant des coupures d’électricité récurrentes, selon RFI Afrique et APAnews. Les protestataires ont directement pointé ces défaillances dans leurs slogans.
L’inflation croissante, les difficultés d’approvisionnement en produits de base et les incendies survenus dans plusieurs régions du pays ont exacerbé les tensions. La gestion de ces crises par les autorités est vivement contestée, comme le souligne Twala dans sa couverture de l’événement.
La Tunisie traverse une période de turbulences économiques depuis plusieurs années, marquée par un endettement élevé et des négociations difficiles avec le Fonds monétaire international. Le pouvoir d’achat des ménages s’est effrité, alimentant un mécontentement populaire croissant.
Contexte en Tunisie : cinq ans de présidence Saïed
Kaïs Saïed, élu en 2019 sur un programme anti-système, a progressivement concentré les pouvoirs entre ses mains. Le 25 juillet 2021, il invoquait l’article 80 de la Constitution pour suspendre l’Assemblée des représentants du peuple et gouverner par décrets. Cette démarche, soutenue par une partie de la population à l’époque, a depuis fait l’objet de critiques croissantes.
En 2022, le président a fait adopter par référendum une nouvelle Constitution, renforçant ses prérogatives au détriment du Parlement. L’opposition dénonce une dérive autoritaire, tandis que plusieurs figures politiques, journalistes et militants ont été arrêtés ces dernières années.
Le 25 juillet 2026 coïncidait également avec le 69e anniversaire de la proclamation de la République tunisienne, un symbole que les manifestants ont investi pour réclamer un retour aux valeurs démocratiques.
Une mobilisation face à la répression
L’organisation de cette manifestation a nécessité une coordination entre plusieurs groupes d’opposition, malgré un climat de répression. L’initiative Nafass, fer de lance de l’appel à manifester, regroupe diverses sensibilités politiques et associatives hostiles à la ligne de Kaïs Saïed.
Les autorités tunisiennes n’ont pas officiellement communiqué sur le déroulement de la journée. Les images circulant sur les réseaux sociaux montrent un cortège dense dans les artères de la capitale, encadré par les forces de l’ordre.
La mobilisation du 27 juillet s’inscrit dans une série de contestations sporadiques observées depuis 2021, bien que d’ampleur variable. La convergence entre revendications politiques et colère sociale pourrait marquer un tournant dans l’opposition à Kaïs Saïed.
Réactions en France et en Europe
La situation tunisienne est suivie de près par Paris et Bruxelles. La Tunisie, partenaire clé de l’Union européenne sur les questions migratoires, a bénéficié d’accords financiers récents visant à stabiliser son économie et à gérer les flux migratoires en Méditerranée.
Toutefois, les dérives démocratiques pointées par plusieurs ONG internationales embarrassent les capitales européennes, qui tentent de concilier coopération sécuritaire et promotion des valeurs démocratiques. La mobilisation du 27 juillet 2026 pourrait relancer le débat sur le positionnement de l’Europe face au régime de Kaïs Saïed.
La diaspora tunisienne en France, forte de plusieurs centaines de milliers de personnes, observe avec inquiétude l’évolution de la situation dans son pays d’origine. Des rassemblements de soutien ont été organisés à Paris et dans d’autres villes françaises au cours des dernières années.
Les prochaines semaines diront si la mobilisation du 27 juillet constitue un point de bascule ou un épisode isolé dans la contestation du pouvoir de Kaïs Saïed. La rentrée politique tunisienne, à l’automne, s’annonce sous tension.