Saïed vante la croissance tunisienne, les chiffres nuancent le tableau
Le président tunisien a salué croissance et réserves en devises face au gouverneur de la Banque centrale, malgré des chiffres officiels divergents
Reçu le 6 juillet au palais de Carthage, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie a remis à Kaïs Saïed le rapport annuel 2025. Le président s'est félicité des indicateurs macroéconomiques, tout en reconnaissant que les Tunisiens n'en ressentent pas encore les effets.
L’essentiel
- Rencontre : Kaïs Saïed a reçu le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhair Nouri, le 6 juillet 2026 au palais de Carthage pour la remise du rapport annuel 2025 de l’institution.
- Croissance : le communiqué présidentiel évoque un taux de croissance de 2,5 % pour 2025, contre 3,2 % initialement prévus par l’État.
- Réserves : la présidence annonce 103 jours d’importation en devises, alors que le site de la BCT affichait 98 jours le jour de la rencontre.
- Inflation : le président a salué une inflation maîtrisée, malgré une baisse à 5,3 % selon les données de l’Institut national de la statistique publiées le 5 juillet 2026.
- Dette : Kaïs Saïed a souligné le remboursement dans les délais de toutes les échéances de la dette nationale.
Le palais de Carthage a reçu, le 6 juillet, une visite protocolaire mais scrutée de près par les observateurs économiques tunisiens : celle de Fethi Zouhair Nouri, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), venu remettre au président Kaïs Saïed le rapport annuel de l’institution pour l’exercice 2025.
Ce que Kaïs Saïed a retenu du rapport
Selon le communiqué de la présidence, relayé par plusieurs comptes officiels tunisiens, le chef de l’État a mis en avant une série d’indicateurs jugés positifs : un taux de croissance de 2,5 %, une inflation qu’il qualifie de maîtrisée, une hausse des réserves en devises et le respect de toutes les échéances de remboursement de la dette. Le média tunisien @TounesKhadra a publié l’essentiel de ce communiqué sur X.
Le président a toutefois pris soin de tempérer ce satisfecit. Il a insisté, rapporte le communiqué, sur le fait que ces résultats « ne prennent tout leur sens que s’ils se traduisent concrètement dans le quotidien des Tunisiens ». Une nuance reprise par plusieurs médias locaux, comme Webdo, qui titrait sur le décalage entre statistiques et ressenti de la population.
Des chiffres qui ne collent pas tout à fait
C’est là que la version présidentielle s’écarte des données publiées par les institutions elles-mêmes. Business News relève que la croissance de 2,5 % annoncée reste inférieure aux 3,2 % initialement projetés par l’État tunisien pour 2025. Même écart sur les réserves en devises : la présidence parle de 103 jours d’importation couverts, alors que le site de la BCT affichait ce jour-là 98 jours. Sur l’inflation, l’écart est plus net encore : quand Kaïs Saïed évoque une inflation « maîtrisée », l’Institut national de la statistique (INS) publiait le 5 juillet des chiffres montrant une remontée à 5,3 %, la veille même de la rencontre au palais de Carthage.
Ces divergences ne remettent pas en cause l’existence d’une amélioration macroéconomique réelle par rapport aux années précédentes de tension budgétaire, mais elles interrogent sur la lecture qu’en fait la présidence, plus favorable que les données brutes des institutions financières elles-mêmes.
Contexte en Tunisie
Cette rencontre s’inscrit dans un climat où la Tunisie sort progressivement d’une période de fortes tensions sur ses finances publiques, marquée par des difficultés d’accès aux marchés internationaux et des négociations répétées avec ses créanciers. Le respect des échéances de dette, mis en avant par Kaïs Saïed, est un point sensible pour un pays qui avait dû, ces dernières années, mobiliser des financements bilatéraux pour honorer ses engagements. Le gouverneur de la BCT a par ailleurs présenté au président les conclusions de la participation tunisienne à un congrès financier organisé par la Banque de Russie à Saint-Pétersbourg, selon Webdo, signe d’une diversification des partenariats financiers recherchée par Tunis.
Pour les Tunisiens, cette communication présidentielle intervient alors que le pouvoir d’achat reste la préoccupation quotidienne numéro un, dans un pays où l’inflation sur les produits de première nécessité pèse directement sur les ménages les plus modestes. C’est précisément ce que Kaïs Saïed a semblé anticiper en exigeant que les chiffres macroéconomiques « se traduisent par une amélioration tangible » du quotidien, selon L’Économiste Maghrébin.
Le peuple paie, sans en profiter
Point notable du communiqué, repris par Webmanagercenter : le chef de l’État a souligné que la population tunisienne n’avait pas profité des emprunts extérieurs contractés par l’État, mais qu’elle en subissait bien les charges financières, via le remboursement. Une formule qui rejoint le message central de la rencontre : afficher la rigueur budgétaire tout en reconnaissant, implicitement, que les bénéfices tardent à se matérialiser pour les ménages.
Pour les lecteurs français suivant l’actualité tunisienne, cet épisode illustre une tension classique entre communication officielle et données publiées par les institutions techniques, un phénomène observé dans plusieurs économies sous contrainte financière. La prochaine publication des chiffres de l’INS et de la BCT permettra de vérifier si l’écart entre discours et statistiques se resserre.