Tunisie : manifestations anti-Saïed à Tunis pour le 25-Juillet
Cinq ans après les mesures exceptionnelles, des centaines de Tunisiens ont défilé dans la capitale pour réclamer le départ du président, dans un contexte de crise économique et de canicule.
Ce 25 juillet 2026, la Tunisie commémore le 69e anniversaire de sa République et le 5e anniversaire du coup de force constitutionnel de Kaïs Saïed. Plusieurs centaines de manifestants ont convergé vers l'avenue Habib Bourguiba pour réclamer son départ, sur fond de crise sociale aggravée par la canicule et les coupures d'électricité.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Plusieurs centaines de manifestants ont défilé à Tunis le 25 juillet 2026 pour réclamer le départ du président Kaïs Saïed.
- Cette date marque le 69e anniversaire de la République tunisienne et le 5e anniversaire des mesures exceptionnelles de 2021.
- Le président a gracié 2 929 détenus, dont l'ancien président de la Fédération de football Wadi Jary et l'ex-candidat présidentiel Ayachi Zammel.
- La mobilisation intervient sur fond de crise économique, canicule exceptionnelle et coupures d'électricité récurrentes.
- Des rassemblements pro-Saïed ont également eu lieu, illustrant la polarisation politique du pays.
Plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés ce samedi dans le centre de Tunis pour réclamer le départ du président Kaïs Saïed, à l’occasion du cinquième anniversaire de ses mesures exceptionnelles du 25 juillet 2021. La mobilisation, appelée par des organisations de la société civile sous le slogan « Ça suffit le gâchis ! », s’est déroulée pacifiquement sur l’avenue Habib Bourguiba, artère centrale de la capitale tunisienne.
Selon Business News, les appels à manifester fixaient rendez-vous à 18 heures place de la République. Les slogans réclamaient le renversement du régime, dans un climat marqué par l’exaspération face à la dégradation du quotidien. Le journaliste Malek K. a relayé l’ampleur de la mobilisation sur X, évoquant plusieurs milliers de personnes en marche.
Une date à double symbolique
Le 25 juillet revêt une double signification en Tunisie. Selon La Presse de Tunisie, cette date marque le 69e anniversaire de la proclamation de la République en 1957, fête nationale officielle. Mais depuis 2021, elle commémore également le jour où Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et concentré les pouvoirs entre ses mains, dans ce que ses opposants qualifient de coup d’État constitutionnel.
Cette année, l’Assemblée des représentants du peuple a réaffirmé son soutien aux réformes institutionnelles lors des célébrations officielles, selon l’agence TAP. En parallèle, le président a accordé une grâce présidentielle à 2 439 détenus et une libération conditionnelle à 490 autres, soit 2 929 bénéficiaires au total d’après Business News. Parmi eux figurent Wadi Jary, ancien président de la Fédération tunisienne de football, et Ayachi Zammel, ancien candidat à la présidentielle, rapporte Webdo.tn.
Canicule et coupures, catalyseurs de colère
La mobilisation du 25 juillet intervient dans un contexte social explosif. Le pays traverse une crise économique aggravée par une canicule exceptionnelle, des coupures d’eau et d’électricité récurrentes, ainsi qu’une baisse marquée du pouvoir d’achat, selon Business News. Les délestages électriques, en pleine vague de chaleur, ont exacerbé le mécontentement populaire.
Le Figaro souligne que ces températures caniculaires échauffent les esprits, tandis que RFI relève la montée de la colère cinq ans après le tournant autoritaire pris par Kaïs Saïed. Les manifestants dénoncent une gestion défaillante des infrastructures et l’absence de solutions face à la crise énergétique.
Contexte en Tunisie
La Tunisie, berceau du Printemps arabe en 2011, peine à sortir d’une décennie de turbulences politiques et économiques. Depuis juillet 2021, Kaïs Saïed gouverne par décrets, après avoir dissous le Parlement et réécrit la Constitution. Sa mainmise sur les institutions a été validée par référendum en 2022, mais dans un climat de faible participation.
Le pays de 12 millions d’habitants fait face à un endettement croissant, une inflation galopante et un chômage élevé, particulièrement chez les jeunes. Les négociations avec le Fonds monétaire international s’enlisent, tandis que les services publics se dégradent. La population tunisienne, qui avait massivement soutenu la transition démocratique, exprime aujourd’hui une lassitude face à l’instabilité persistante.
Un clivage qui se creuse
Face aux manifestations de l’opposition, des rassemblements pro-Saïed ont également eu lieu dans la capitale, marqués par des youyous et des appels à la fermeté du président. La polarisation politique divise profondément la société tunisienne entre partisans d’un pouvoir fort et défenseurs d’un retour à un système parlementaire.
Les prochaines semaines diront si cette mobilisation du 25 juillet constitue un tournant dans la contestation du régime. Pour l’heure, l’avenue Habib Bourguiba, théâtre de la révolution de 2011, redevient le lieu d’expression d’une Tunisie en quête de réponses à ses crises multiples.