L’Ukraine frappe 35 navires et des dépôts pétroliers russes en 96h
Douze tankers de la flotte fantôme visés en mer d'Azov dans la nuit du 9 juillet, alors que Kyiv étend ses frappes sur les infrastructures énergétiques russes
Dans la nuit du 9 juillet 2026, des drones ukrainiens ont frappé douze tankers russes en mer d'Azov et plusieurs dépôts pétroliers, jusqu'à 1500 km du front. Moscou évoque 73 drones abattus et restreint ses exportations de diesel.
L’essentiel
- 35 navires frappés en 96 heures, dont 12 tankers de la « flotte fantôme » russe touchés dans la nuit du 9 juillet en mer d’Azov, selon l’État-major général ukrainien.
- Deux pétroliers endommagés dans la baie de Taganrog, équipages évacués, confirme le gouverneur de la région de Rostov, Yury Slyusar.
- Dépôts pétroliers touchés à Mikhaylovsk (Stavropol), Bataysk (Rostov) et dans la région de Tver, certains à plus de 500 km du front.
- Une station de pompage à Ufa, à près de 1500 km de la frontière ukrainienne, également visée selon Volodymyr Zelensky.
- La Russie affirme avoir abattu 73 drones et a interdit temporairement ses exportations de diesel jusqu’au 31 juillet.
Kyiv a mené dans la nuit du 9 juillet 2026 l’une de ses opérations de drones les plus étendues depuis le début de la guerre contre les infrastructures pétrolières et maritimes russes. Douze tankers de la flotte dite « fantôme » - ces navires qui contournent les sanctions occidentales pour exporter le pétrole russe - ont été touchés en mer d’Azov, ainsi qu’un cargo et un remorqueur. L’État-major général ukrainien porte à 35 le nombre de navires frappés en seulement 96 heures.
Ce qui s’est passé en mer d’Azov
Selon le ministère ukrainien de la Défense, les frappes de la nuit ont visé la flotte fantôme russe alors qu’elle mouillait dans la baie de Taganrog, au large de la région de Rostov. Le gouverneur de Rostov, Yury Slyusar, a confirmé que deux pétroliers avaient été endommagés, que leurs équipages avaient été évacués et qu’un incendie s’était déclaré sur au moins un des navires, selon des informations reprises par Boursorama et Jordan News. Ces tankers servent notamment au transport de produits pétroliers russes destinés à contourner les sanctions internationales imposées depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Des dépôts pétroliers visés jusqu’à 1500 km du front
Les drones ukrainiens n’ont pas seulement visé la mer d’Azov. Le président Volodymyr Zelensky a indiqué que les forces de défense ukrainiennes avaient frappé deux dépôts pétroliers, l’un à Stavropol, l’autre à Tver, tous deux situés à environ 500 kilometres de la ligne de front. Un stock de réserve de carburant, à environ 800 kilometres du front, ainsi qu’une station de pompage à Ufa, à près de 1500 kilometres de la frontière ukrainienne, ont également été touchés.
Parmi les installations endommagées figure le dépôt Lukoil-Yugnefteprodukt à Mikhaylovsk, dans le kraï de Stavropol, à l’origine d’un important incendie. Un terminal pétrolier, le Yug Rusi à Bataysk, dans l’oblast de Rostov, a lui aussi pris feu après une frappe, selon l’État-major général ukrainien. Des dépôts dans la région de Tver ont également brûlé dans la nuit, rapportent plusieurs médias dont Noovo Info.
Un bilan humain à Saratov
Ces frappes n’ont pas été sans conséquences humaines. Une personne a été tuée et plusieurs autres blessées à la raffinerie de Saratov après une frappe de drone ukrainienne dans la nuit du 8 au 9 juillet, a indiqué le gouverneur régional Roman Busargin. La chaîne Al Jazeera a également relayé l’information des frappes sur les deux dépôts de Tver et Stavropol.
La réponse russe : 73 drones abattus, exportations de diesel suspendues
Le ministère russe de la Défense affirme que ses unités de défense aérienne ont intercepté 73 drones ukrainiens au cours de la nuit. Moscou a par ailleurs annoncé une interdiction temporaire des exportations de diesel, valable jusqu’au 31 juillet 2026, une mesure présentée comme une réponse directe aux frappes répétées sur les infrastructures pétrolières russes. Selon Al Jazeera, cette décision intervient alors que plus de 90% des régions russes connaissent déjà des rationnements de carburant, une situation qui s’aggrave depuis plusieurs mois.
Ce que Zelensky appelle des « sanctions à longue portée »
Le président ukrainien a qualifié ces opérations de « sanctions à longue portée », un terme qui résume la logique de Kyiv : faute de pouvoir compter sur de nouvelles sanctions économiques occidentales significatives contre Moscou, l’Ukraine cible directement les capacités russes à financer et alimenter son effort de guerre. Les dépôts et stations de pompage visés, certains à des centaines de kilomètres du front, montrent une volonté de frapper en profondeur le système logistique pétrolier russe, plutôt que les seules positions militaires proches de la ligne de contact.
Contexte dans la guerre russo-ukrainienne
Ces frappes s’inscrivent dans une stratégie ukrainienne qui s’est intensifiée au fil des mois : cibler les raffineries, dépôts et navires liés à l’exportation de pétrole russe, principale source de revenus de l’économie de guerre du Kremlin. La « flotte fantôme », composée de tankers vieillissants sans assurance occidentale, permet à Moscou de continuer à vendre son pétrole malgré l’embargo européen. En frappant simultanément cette flotte en mer d’Azov et des dépôts terrestres à plus de 1000 kilomètres de la frontière, comme celui d’Ufa, l’Ukraine démontre une capacité de frappe longue portée qui s’est nettement renforcée. Pour un lecteur français, ces attaques illustrent aussi l’impact indirect du conflit sur les marchés de l’énergie : les restrictions russes sur les exportations de diesel, décidées en réaction, peuvent peser sur les cours mondiaux des produits raffinés, dans un contexte où l’Union européenne cherche depuis 2022 à réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes.
Ces frappes coordonnées confirment une intensification de la guerre énergétique entre les deux pays, alors que les pourparlers de paix restent au point mort. La suite dépendra notamment de la réaction de Moscou sur le terrain militaire, et de l’ampleur des mesures économiques russes face à la pénurie de carburant qui touche déjà l’essentiel du territoire.