Le 5 janvier 2026, alors que la neige paralyse le Val-de-Marne et qu'une partie du corps médical est en grève, le docteur Gabriel Terdjman, 79 ans, ne s'attend pas à vivre la première garde à vue de sa carrière. Ce généraliste respecté, installé depuis plus d'un demi-siècle à Chennevières-sur-Marne, a refusé une réquisition téléphonique pour établir un certificat de décès, pensant avoir affaire à une arnaque. Le numéro masqué était en réalité celui de la police. Une affaire qui révèle les tensions croissantes entre forces de l'ordre et médecins dans un contexte de désertification médicale.
L'essentiel
- Le docteur Gabriel Terdjman, 79 ans, généraliste à Chennevières-sur-Marne depuis plus de 50 ans, a été placé en garde à vue pendant 24 heures le 5 janvier 2026
- Le médecin a refusé une réquisition téléphonique pour établir un certificat de décès, pensant avoir affaire à une arnaque en raison du numéro masqué
- La veille, à 20h30, ce même praticien avait accepté gratuitement d'établir un certificat de décès malgré la neige, refusant 1 000 euros de la famille du défunt
- L'incident s'est produit dans un contexte de grève médicale et de paralysie du Val-de-Marne par la neige, aggravant les tensions entre médecins et forces de l'ordre
- Le médecin devra comparaître devant un délégué du procureur, une première dans sa carrière commencée en 1976
Le mardi 5 janvier 2026, le cabinet du docteur Gabriel Terdjman affiche complet. Dehors, la neige paralyse le Val-de-Marne. À l’intérieur, ce généraliste de 79 ans poursuit ses consultations malgré le mouvement de grève qui touche une partie du corps médical. Selon Le Parisien, ce praticien spécialiste de la médecine sportive, qui a traversé toutes les crises sanitaires depuis 1976, ne se doute pas encore qu’un simple coup de fil va basculer sa journée.
La veille au soir, à 20h30 précisément, le docteur Terdjman avait pourtant fait preuve d’un dévouement exemplaire. Malgré les conditions météorologiques déplorables, il avait accepté d’établir gratuitement un certificat de décès pour un patient qu’il ne connaissait pas. Un geste de solidarité qui contraste cruellement avec ce qui va suivre.
Un numéro masqué qui déclenche la méfiance
Ce mardi matin, alors que les consultations s’enchaînent, le téléphone du cabinet sonne. À l’autre bout du fil, une voix demande au médecin de se déplacer en urgence pour constater un décès. Le problème : l’appel provient d’un numéro masqué. Dans un contexte où les arnaques téléphoniques se multiplient, le praticien refuse poliment et raccroche. Une décision qui va lui coûter cher.
Car ce numéro masqué était en réalité celui des forces de l’ordre. Une réquisition en bonne et forme, que le médecin aurait dû accepter sous peine de sanctions. Quelques heures plus tard, des policiers se présentent à son cabinet. Le docteur Terdjman, médecin respecté par ses patients et ses pairs depuis plus de cinquante ans, est placé en garde à vue pour refus d’obtempérer à une réquisition.
« Même si je suis d’accord avec le mouvement, comme je n’aime pas prendre mes patients en otage, mon cabinet est plein », confie le praticien selon Le Parisien.
Vingt-quatre heures de garde à vue pour un septuagénaire
L’interpellation fait l’effet d’un coup de tonnerre. Le docteur Terdjman, qui n’a jamais eu le moindre démêlé avec la justice en près de cinquante ans d’exercice, se retrouve menotté et conduit au commissariat. Il y passera 24 heures complètes en garde à vue, traité comme un délinquant ordinaire. Une humiliation que le praticien a du mal à digérer.
L’ironie de la situation n’échappe à personne : la veille même, ce médecin avait accepté bénévolement de se déplacer dans des conditions difficiles pour établir un certificat de décès. La famille du défunt, reconnaissante, avait même proposé de lui verser 1 000 euros pour ce service rendu en pleine tempête de neige. Le médecin avait évidemment refusé, fidèle à sa conception du serment d’Hippocrate.
« La famille voulait me donner 1 000 euros, j’ai évidemment refusé », raconte-t-il avec une pointe d’amertume, selon Le Parisien.
Une affaire révélatrice des tensions entre médecins et forces de l’ordre
Au-delà du cas personnel du docteur Terdjman, cette affaire met en lumière les tensions croissantes entre le corps médical et les forces de l’ordre. Dans un contexte de désertification médicale, les réquisitions pour constater des décès se multiplient. Les médecins, déjà surchargés, peinent à répondre à toutes les sollicitations, d’autant plus lorsqu’elles arrivent via des numéros masqués qui ressemblent à s’y méprendre à des tentatives d’escroquerie.
Le 5 janvier 2026, le Val-de-Marne était particulièrement touché par cette pénurie. La neige avait paralysé une partie du département, et le mouvement de grève réduisait encore davantage le nombre de praticiens disponibles. Dans ces conditions, trouver un médecin acceptant de se déplacer pour constater un décès relevait du parcours du combattant pour les autorités.
Mais fallait-il pour autant placer en garde à vue un médecin de 79 ans qui, la veille encore, avait fait preuve d’un dévouement exemplaire ? La question divise. Pour certains, la loi est la loi : une réquisition est une obligation légale, et son refus doit être sanctionné. Pour d’autres, la proportionnalité de la réponse policière interroge, surtout dans un contexte où le corps médical est déjà sous pression.
Une convocation devant le délégué du procureur
L’histoire ne s’arrête pas à la garde à vue. Après 24 heures passées au commissariat, le docteur Terdjman a été relâché, mais il devra répondre de ses actes devant un délégué du procureur. Une procédure qui pourrait aboutir à une amende, voire à une inscription au casier judiciaire pour ce médecin jusqu’alors irréprochable.
Cette affaire intervient dans un contexte particulièrement tendu pour la profession médicale. Depuis plusieurs mois, les médecins dénoncent une dégradation de leurs conditions d’exercice, entre charges administratives croissantes, rémunérations jugées insuffisantes et pression constante pour assurer la permanence des soins. Les réquisitions, perçues comme une contrainte supplémentaire, cristallisent une partie de ces frustrations.
Le cas du docteur Terdjman n’est pas isolé. D’autres médecins ont récemment fait l’objet de poursuites pour des motifs similaires, alimentant un climat de défiance entre le corps médical et les autorités. Certains praticiens n’hésitent plus à quitter les zones sous-dotées, aggravant encore la crise de la démographie médicale dans certains territoires.
Un symbole des dysfonctionnements du système de santé
Au-delà de l’anecdote, cette garde à vue pose une question plus large : comment organiser la permanence des soins dans un système de santé à bout de souffle ? Les réquisitions, initialement prévues pour des situations exceptionnelles, sont devenues monnaie courante dans certains départements. Un symptôme de la désorganisation qui frappe le système de santé français.
Le docteur Terdjman, installé à Chennevières-sur-Marne depuis plus de cinquante ans, incarne cette génération de médecins de famille qui ont fait vivre la médecine de proximité. À 79 ans, il pourrait légitimement profiter d’une retraite bien méritée. Mais face à la pénurie de praticiens, il continue d’assurer ses consultations, refusant d’abandonner ses patients.
Cette affaire ubuesque soulève également la question des moyens de communication utilisés par les forces de l’ordre. Dans une époque où les arnaques téléphoniques se multiplient, peut-on reprocher à un septuagénaire d’avoir raccroché face à un numéro masqué ? Les autorités ne devraient-elles pas adapter leurs pratiques pour éviter ce type de malentendus ?
Reste à savoir quelle suite sera donnée à cette affaire. Le docteur Terdjman, qui a toujours exercé dans le respect de la déontologie médicale, se retrouve aujourd’hui dans une situation qu’il n’aurait jamais imaginée. Sa mésaventure pourrait-elle faire jurisprudence et conduire à une réflexion sur les modalités des réquisitions médicales ? Dans un système de santé déjà fragilisé, cette question mérite d’être posée.
Sources
- Le Parisien (30 janvier 2026)