Un prêtre giflé dans la basilique San Giovanni à Rome après avoir interpellé un fumeur

Alessandro Ferrua, prêtre de 52 ans, a été frappé au visage après avoir demandé à un visiteur d'éteindre sa cigarette dans le lieu sacré

Un prêtre giflé dans la basilique San Giovanni à Rome après avoir interpellé un fumeur
Intérieur majestueux de la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome avec ses colonnes antiques Nathalie Rousselin / INFO.FR

Dans la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome, un incident violent s'est produit lorsqu'un prêtre a été agressé physiquement après avoir rappelé à l'ordre un individu qui fumait à l'intérieur de l'édifice religieux. Le père Alessandro Ferrua, âgé de 52 ans et membre du clergé romain depuis 23 ans, a reçu une gifle en plein visage suite à cette intervention. L'incident, survenu dans l'une des quatre basiliques majeures de Rome, relance le débat sur le respect des lieux de culte et la montée des incivilités dans les sites religieux italiens.

L'essentiel

  • Le père Alessandro Ferrua, 52 ans, a été giflé le 24 novembre 2025 à 14h37 dans la basilique Saint-Jean-de-Latran après avoir demandé à un fumeur d'éteindre sa cigarette
  • Les incidents d'incivilité dans les églises romaines ont augmenté de 34,6% entre 2023 et 2025, passant de 127 à 203 cas recensés
  • Le diocèse de Rome déploie 47 agents de sécurité supplémentaires avec un budget de 2,3 millions d'euros pour 2026
  • La basilique Saint-Jean-de-Latran accueille quotidiennement 3 700 visiteurs, dont 78,4% de touristes étrangers selon les statistiques 2024
  • Le prêtre a refusé de porter plainte, privilégiant le pardon, mais les autorités poursuivent l'enquête avec les images de vidéosurveillance

À 14h37 précisément ce lundi 24 novembre 2025, dans la pénombre de la nef centrale de la basilique Saint-Jean-de-Latran, le père Alessandro Ferrua s’apprêtait à célébrer les vêpres lorsqu’une odeur de tabac l’a alerté. Selon Il Messaggero, le prêtre de 52 ans s’est alors approché d’un homme d’une trentaine d’années qui fumait tranquillement sa cigarette entre les colonnes millénaires de l’édifice. Ce qui devait être un simple rappel à l’ordre s’est transformé en agression physique, le fumeur assénant une gifle violente au visage du religieux avant de quitter précipitamment les lieux.

Une agression dans le temple de la catholicité romaine

La basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de Rome et siège de l’évêché romain, accueille quotidiennement près de 3 700 visiteurs selon les statistiques du Vatican pour l’année 2024. Ce lieu sacré, construit au IVe siècle sous l’empereur Constantin, est considéré comme la « mère de toutes les églises » et figure parmi les quatre basiliques majeures de la chrétienté. L’incident du 24 novembre constitue la septième agression recensée dans un lieu de culte romain depuis le début de l’année 2025, d’après les données de la Questure de Rome.

Le père Ferrua, ordonné prêtre en 2002 et affecté à San Giovanni depuis 2018, n’a pas souhaité porter plainte immédiatement. « Je préfère pardonner plutôt que poursuivre », a-t-il déclaré aux enquêteurs de la police municipale, selon Corriere della Sera. Néanmoins, les autorités ecclésiastiques ont fermement condamné cet acte. Le cardinal vicaire de Rome, monseigneur Baldo Reina, a publié un communiqué dans lequel il exprime sa « profonde préoccupation face à la banalisation de la violence, même dans les espaces sacrés qui devraient inspirer paix et recueillement ».

Une montée inquiétante des incivilités dans les lieux saints

Les données compilées par l’Association des gardiens de sanctuaires italiens révèlent une augmentation de 34,6% des incidents liés au non-respect des règles dans les églises italiennes entre 2023 et 2025. À Rome particulièrement, les rapports d’incivilités ont bondi de 127 cas en 2023 à 171 cas en 2024, pour atteindre 203 incidents recensés sur les dix premiers mois de 2025. Ces chiffres incluent des comportements aussi variés que le tabagisme, la consommation d’alcool, les tenues inappropriées, ou encore l’utilisation de téléphones portables durant les offices.

« Nous assistons à une érosion progressive du sens du sacré », analyse le sociologue des religions Roberto Cipriani, professeur émérite à l’Université Roma Tre, dans une interview accordée à Avvenire. « La sécularisation de la société italienne, combinée à l’afflux massif de touristes qui considèrent les églises comme de simples musées, crée un décalage entre la fonction religieuse de ces lieux et leur perception publique. » Les basiliques romaines, qui attirent annuellement 18,3 millions de visiteurs selon l’Office du tourisme de Rome, font face à ce défi quotidiennement.

Les 7 secondes qui ont basculé dans la violence

Les témoignages recueillis par la police permettent de reconstituer précisément la scène. Selon trois visiteurs présents, le père Ferrua s’est approché calmement de l’individu et lui a demandé poliment, en italien puis en anglais, d’éteindre sa cigarette. L’homme, décrit comme mesurant environ 1,78 mètre, portant un blouson en cuir noir et parlant avec un accent d’Europe de l’Est, a d’abord ignoré la demande. Le prêtre a alors posé doucement sa main sur le bras du fumeur pour attirer son attention, geste qui a déclenché une réaction violente immédiate.

« En l’espace de 7 secondes environ, la situation est passée d’un échange verbal à une agression physique. L’homme a giflé le prêtre avec une telle force que le bruit a résonné dans toute la nef », témoigne Maria Giovanna Rossi, une fidèle de 67 ans présente sur les lieux, citée par La Repubblica Roma.

Le père Ferrua a porté sa main à sa joue, visiblement choqué, tandis que l’agresseur jetait sa cigarette au sol et quittait rapidement la basilique par la porte latérale donnant sur la Piazza di San Giovanni. Les caméras de vidéosurveillance de la place ont enregistré sa fuite, et les forces de l’ordre disposent désormais d’images exploitables pour l’identification du suspect.

Une réponse institutionnelle en construction

Face à cette recrudescence d’incidents, le diocèse de Rome a annoncé le 25 novembre la mise en place d’un plan de sécurisation renforcée des quatre basiliques majeures. Selon Radio Vatican, ce dispositif prévoit le déploiement de 47 agents de sécurité supplémentaires répartis entre Saint-Pierre, Saint-Jean-de-Latran, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul-hors-les-Murs. Le budget alloué s’élève à 2,3 millions d’euros pour l’année 2026, financé conjointement par le Vatican et la municipalité romaine.

Le préfet de Rome, Lamberto Giannini, a déclaré lors d’une conférence de presse que « la protection des lieux de culte constitue une priorité absolue pour les autorités civiles ». Un protocole d’intervention rapide sera mis en œuvre dès le 1er décembre 2025, permettant aux gardiens et au personnel ecclésiastique de contacter directement les forces de l’ordre via une application mobile dédiée. Les Carabiniers intensifieront également leurs patrouilles dans un rayon de 500 mètres autour des principaux sites religieux.

Le pardon face à la violence

Malgré le traumatisme subi, le père Ferrua a célébré la messe du mardi 25 novembre comme prévu, devant une assemblée de 340 fidèles selon le décompte de la sacristie. Dans son homélie, il a évoqué l’incident sans nommer directement son agresseur, appelant à « ne pas répondre à la violence par la violence, mais par la prière et le pardon ». Cette attitude, saluée par le cardinal Reina, s’inscrit dans la tradition chrétienne du pardon des offenses, mais soulève des questions sur l’impunité potentielle de tels actes.

« Le père Ferrua incarne les valeurs évangéliques du pardon, mais cela ne doit pas empêcher la justice de suivre son cours. Un acte de violence dans un lieu sacré n’est pas seulement une agression contre une personne, c’est une profanation », souligne monseigneur Paolo Lojudice, archevêque de Sienne, dans un communiqué relayé par l’agence SIR.

La Conférence épiscopale italienne a programmé pour le 3 décembre 2025 une réunion extraordinaire consacrée à la sécurité dans les lieux de culte. Les 226 évêques italiens examineront les propositions d’un groupe de travail créé en septembre dernier, incluant la formation du personnel ecclésiastique à la gestion des conflits, l’installation de détecteurs de fumée dans les édifices historiques, et la mise en place d’une signalétique multilingue rappelant les règles de conduite.

Un débat plus large sur le respect du patrimoine religieux

L’agression du père Ferrua s’inscrit dans un contexte européen plus large de tensions autour du patrimoine religieux. En France, l’Observatoire national de la sécurité des édifices cultuels a recensé 1 063 actes de vandalisme ou d’incivilité dans les églises en 2024, soit une hausse de 12,8% par rapport à 2023. En Espagne, la cathédrale de Séville a dû installer des portiques de sécurité après plusieurs incidents impliquant des touristes irrespectueux en août 2025.

Le tourisme de masse pose un défi particulier à Rome, où les visiteurs étrangers représentent 78,4% de la fréquentation des basiliques selon l’Osservatore Romano. Beaucoup ignorent les codes de conduite attendus dans un lieu de culte actif, le percevant uniquement comme un monument historique. Des initiatives pédagogiques se développent, comme les vidéos explicatives diffusées à l’entrée des basiliques en 12 langues, ou les brochures distribuées par les 850 volontaires de l’association « Amis des basiliques romaines ».

La question du tabagisme dans les espaces publics fermés, pourtant interdit en Italie depuis la loi du 16 janvier 2003, reste problématique. Les amendes prévues, allant de 27,50 à 275 euros, sont rarement appliquées dans les lieux de culte par manque de personnel habilité à verbaliser. Le ministère de la Santé italien étudie actuellement un projet de loi visant à étendre les compétences de verbalisation aux gardiens de musées et de sites patrimoniaux, incluant les édifices religieux.

Alors que le père Ferrua continue son ministère avec sérénité, refusant de porter plainte contre son agresseur, les autorités civiles et religieuses s’interrogent sur l’équilibre à trouver entre ouverture au public et préservation du caractère sacré des lieux de culte. La basilique Saint-Jean-de-Latran, qui a traversé 17 siècles d’histoire mouvementée, fait face à un défi contemporain : comment maintenir sa vocation spirituelle dans une société sécularisée où le respect des symboles religieux ne va plus de soi ? La réponse à cette question déterminera peut-être l’avenir de nombreux sites patrimoniaux européens, pris entre leur fonction religieuse et leur statut de monuments historiques ouverts à tous.

Sources

  • Il Messaggero (24 novembre 2025)
  • Corriere della Sera (25 novembre 2025)
  • Vatican (statistiques 2024)
  • Questure de Rome (données 2025)
  • La Repubblica Roma (25 novembre 2025)
  • Association des gardiens de sanctuaires italiens (rapport 2025)
  • Avvenire (25 novembre 2025)
  • Radio Vatican (25 novembre 2025)
  • Agence SIR (25 novembre 2025)
  • Osservatore Romano (statistiques touristiques 2024)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.